16 juil. 2010

Son 1er (et sûrement pas son dernier)


Hâte de recevoir et lire cet opus de l'excellente Marlène Tissot.
Voici ce qu'elle en dit: "Mon nouveau-né, tout petit mais conçu avec beaucoup d'amour, chez un éditeur pas comme les autres : "Celui qui préférait respirer le parfum des fleurs" n°46 dans la collection 8pA6 de La Vachette Alternative. 13 petits poèmes hommage à Elliott Smith. Voilà, je suis émue..."

14 juil. 2010

Entre flux & regard

J’hésite entre un camescope
&
Un stéthoscope
Pour
Suivre des yeux
Quelques passants
Plus ou moins pressés
Jusqu’à les voir disparaître à l’angle
Du distributeur de billets
&
De la boulangerie
Où le sourire et les seins de la serveuse
Rivalisent de rondeur avec
Les cannelés tout chauds
Un jogger fait du surplace
Puis file sur l’autre rive
À un rythme toujours régulier
Quand le feu passe au vert
Je suis
À la fenêtre
Torse nu
En slip
&
Je fume
Ma treizième cigarette
Depuis ce matin
Je ne pense pas pourtant que je pourrais m’asseoir
Sur un banc
Pendant d’aussi longues minutes
En donnant quelques miettes de plus aux pigeons
Gras
Comme le fait ce vieil homme
Solitaire
Le soleil tape sur la ville
Ecrasée d’inconfort
D’odeurs
&
De phantasmes morts nés
J’hésite encore entre mouvement
&
Immobilité

10 juil. 2010

Quelques (presque) nouveautés














Eric Dejaeger nous offre son Seigneur des ânes aux Editions Maelstrom.

JM Flahaut a sorti Aliéné(s) aux toutes nouvelles Editions des Etats Civils (issues de la revue numérique éponyme).

Hélène Dassavray sort Des contes et des faits.

Thomas Vinau (au texte) & Magali Planès (aux illustrations) sortent Nuisibles.
Et Patrice Maltaverne a publié "Prélude à un enterrement sur la lune" avec des dessins de Patrice Vigues, aux -36è Editions.
Leurs sites sont en lien ici (sur votre droite).




Abdelkader Djemai (1948)





























Quelques-uns de ses livres:
-Un été de cendres (1995)
-31, rue de l'Aigle (1998)
-Camping (2002)
-Gare du Nord (2003)
-Le nez sur la vitre (2004)
-Zorah sur la terrasse (2010)
.
Abdelkader Djemai est né en 1948 à Oran et vit en France depuis 1993.
Enseignant puis journaliste, il a publié son 1er roman à l'âge de 30 ans.
"Pour Abdelkader Djemaï, ses romans lui permettent à la fois de dire la mémoire algérienne avec la langue française et d’écrire pour les siens parce qu’ils sont loin de lui."




Microbes #60



Joyeux anniversaire: l'excellente revue fondée et animée par les sieurs Eric Dejaeger & Paul Guiot fêtera ses 10 ans d'existence en Septembre.
Longue vie!


Préparé par Marc Bonetto, le 60ème numéro du Microbe est sorti.
Un beau sommaire: collages de Santa et textes d’Alexis Alvarez, AppAs, Florence Boutet, Hamid Chafi, Bernard Deglet, Patrick Frégonara, Cathy Garcia, Nadia et Alain Giorgetti, Christine Jeanney, Jean L’Anselme, Michel Lequenne, Serge Maisonnier, Véra Mund, Alban Orsini et Thomas Vinau.

Les abonnés « + » ont également reçu "Tristana, d’un trait", mi(ni)crobe signé Thierry Roquet.
Il s'agit du 25è mi(ni)crobe de la collection.

Pour tous renseignements, contactez Eric D.



6 juil. 2010

passe quand même

tu es assise à côté de lui
sur le siège du mort
non pas qu'il soit plus
vivant que toi
et ce siège-là te va bien
mais tu ne veux pas mourir
dans une carlingue défoncée
sur l'autoroute A6
tu ne dis rien
tu regardes le paysage défiler
le front collé de biais à la vitre
tu ne retiens même pas
le nom
des villes à proximité
le temps est changeant
tu regardes l'heure
tu jettes un oeil de temps en temps
vers le tableau de bord et tu tentes de deviner
la vitesse et tu marques un point dans ton
for intérieur et tu sens que ça l'énerve
&
tu penses que rien ne change
vraiment
tu demandes si tu peux allumer une clope
parce que tu t'ennuies
parce que tes doigts s'agitent
parce que ton corps s'agite
il te répond souvent par des monosyllabes
il répond ouais
&
c'est pas plus mal
parce que
ça t'évite de te sentir
obligée de lui sortir des trucs intellligents
ou drôles ou simplement usuels
&
il te dit qu'on est arrivés
dans moins de cinquante kilomètres
&
tu fais semblant de n'avoir rien
entendu de n'avoir rien
à ajouter
&
de toute façon
le temps passe quand
même

1 juil. 2010

les draps par terre

il y a des fleurs
le long de la route
des réverbères tous
les dix mètres
c'est la nuit
il y a des boutiques
aux yeux baissés
des bouts de papier
abandonnés des empreintes
de pas ou d'huile
c'est la nuit
il y a encore quelques
passants un chat silencieux
&
des insectes
par centaines
&
la lune
borgne
&
derrière moi
ta chaleur
s'endormant
tout
en travers du lit
&
les draps
par terre comme
une évidence

30 juin 2010

dans la chambre
forte
ils gardent le secret
de leur amour

petite mine

le docteur l'a
examiné
et lui a trouvé
un kyste poétique
(assez purulent)
j'ai ouvert la porte
(où tu pissais)
en même temps que ma gueule
(de bois dur)
avant de fermer les yeux
(les deux alternativement)
et de glisser
mes doigts
le long
de ta petite culotte
en poils
de crocodile
ou d'albatros
à deux euros
cinquante
(je n'ai plus de monnaie
à présent pour / ...)
et d'en sortir indemne
et d'en sortir encore
plus amoureux
m'a regardé de travers
j'ai dû me pencher
m'a lancé fils de pute
j'ai nié de toutes mes forces
l'a sorti son couteau
j'ai dit c'est pour aller où ?
l'a planté dans mon bide
j'ai pas compris pourquoi (puis j'ai compris quand même)
l'a goûté mon sang
lui ai tendu une paille
l'a tout bu le salaud
et avec quoi je vais vivre moi ?

10 juin 2010

Souci du détail

à coller ses yeux sous une loupe au stuc des murs
en croyant qu'il est probable qu'il est possible
d'y trouver des indices des éclaboussures minuscules
parce que le temps presse
parce que le corps n'est plus là
parce qu'il ne lâchera pas l'affaire
la femme le regarde faire et se
demande s'il sert vraiment à quelque chose ici
mais elle pointe l'objectif de l'appareil
vers le doigt tendu indiquant ce qu'il faut faire:
prends-ça en photo, Rachel.
prends-ça aussi, ça peut-être intéressant
chaque fois le flash crépite
après une matinée ainsi passée
à scruter chaque recoin de la pièce sombre
ils s'en vont
chacun de leur côté
lui s'assied à la terrasse d'un bar
commande une bière bien fraîche
et lui viennent des tas de pensées sur les affaires
jamais résolues et qui l'obsèdent
à n'en plus dormir certaines nuits des bouts de pensées
qui défilent et en terminant sa bière il a envie de dire STOP
à cette infernale machine du cerveau
il se lève il marche longuement il traverse
des quartiers il veut marcher
jusqu'à faire le vide et quand il rentre
chez lui sa femme est endormie
sa fille est endormie
et un mot est laissé sur le table:
"je sais que tu veux faire de ton mieux
mais s'il te plaît renonce. Pour nous. Je t'aime."
j'aimerais ne pas singer autant
le jour qui suit avec celui
d'avant ce n'est pas dramatique
après tout il suffit de se laisser porter
par cette sorte d'ennuyeux mouvement
de flux et de reflux
en un périmètre limité
les habitudes ont la vie dure
la caissière juste en face
(je l'aperçois de ma fenêtre)
fait défiler les produits domestiques
à une allure folle
les jours de pointe
sur le déroulant mécanique
la mère avec sa poussette
(je l'aperçois de ma fenêtre)
traîne chaque matin ou
chaque après-midi des sacs
emplis de courses en essayant
de calmer l'enfant qui s'étrangle
(lui aussi je le vois quand il bouge)
l'étrange vapeur qui suinte des rues
coule à un rythme
régulier
parfois fait la buée
à ma fenêtre quand j'y pose le nez ou un doigt
de curiosité
le jour qui suit avec celui
d'avant ce n'est pas dramatique

21 mai 2010

les oiseaux font
le guet
pour que personne
ne s'envole
les voisins font
le guet
pour que personne
ne sorte
j'ai agité
un drapeau blanc
et
leur ai lu
un poème
de Blaise
Cendrars
elle a
glissé
sur le trottoir
s'est
retrouvée
perchée
en haut d'un toit
voyant le
monde
sous un autre
angle
(discours d'un monde à l'envers)
il y a ceux
qui
vendent
de la mauvaise
came
il y a celles
qui vendent
leurs corps
(comme elles peuvent)
&
il y a ceux
qui prennent
les deux
le soir venu
on tire
la couverture
sur la ville
&
on lit
les pages
écrites
aux fenêtres
d'un doigt
il y a
cette femme
en bas de chez moi
assise
contre un mur
il y a
des fenêtres
et
des gens
autour
se vider
les couilles
pour
se remplir
les poches
(discours d'un échange)
l'éducation
qu'on donne
n'est ni bonne
ni mauvaise
en soi
elle est simplement
au dessus
de nos moyens
(discours de la paternité pour une pré-ado)
le travail c'est
la santé
ceci explique
sans doute
pourquoi
je suis
souvent
malade
(discours d'un sans emploi)
Noyer
sa peine
dans l'alcool
et la boire
cul-sec
(en se souvenant
de nos comas
éthyliques)
(discours des années 90)
A chaque jour
suffit
sa pine

(discours de la chaudasse)
est-ce que les mots
dans un poème
ont
la liberté
de partir
&
de revenir
un peu en retard
désolé
(j'ai failli ne pas venir
ne pas me lever - fâcheuse
habitude)
j'ai découpé
les morceaux
(ceux que vous
m'avez demandés)
j'ai suivi les
flèches
j'ai grimpé les
escaliers
je n'ai croisé
personne
les mouches m'ont
suivies
je vous apporte
un peu de
mes entrailles
en cadeau
un peu en retard
vraiment
désolé
vous m'en voulez
toujours ?

immeuble

il est arrivé dans le hall
immense
où circule déjà
beaucoup de monde
dans un désordre
organisé
il montre son badge
à la sécurité
des hommes élégants qui trimballent
de petites sacoches en cuir
s'arrêtent parfois
pour saluer
des femmes vêtues de robes lègères
et élégantes
les voix semblent étouffées
par une sourdine
commanditée
devant l'ascenseur
il se poste
parmi d'autres
il fait la queue
chacun semble fasciné par
les numéros d'étages
"4" "3" "2" "1"
un petit bruit (discret)
la porte s'ouvre
une voix enregistrée
dit bonjour
la porte se ferme
blotti dans un angle
en silence (essayer de fixer le regard
vers le vide intérieur)
il attend patiemment
de pouvoir sortir
en espérant ne bousculer
personne
il salue poliment
en réponse à un bonne journée
une fois dans son bureau
du 8è étage
il se met à son aise
il jette un oeil par
la fenêtre
il énumère dans sa tête
les tâches
qu'il a à accomplir
aujourd'hui
il suit le vol
imprévisible
des étourneaux
il s'assied devant son ordinateur
et avant toute chose il
sort un petit calepin
dans lequel il
consigne
soigneusement
ses premières impressions

20 mai 2010

revenu d'un souvenir d'enfance

pas l'habitude d'y revenir
pourtant
pas l'habitude de clarifier le temps
qui me paraît si loin (si effacé)
mais un matin (et je crois bien
que c'était ce matin)
cela faisait suite à un rêve qui aurait
mal tourné
m'est revenue cette scène
avec mon frangin quand nous
étions enfants
au fond du jardin la pente
étant descendante
la maison vue d'en bas nous semblait
gigantesque
monstrueuse
elle devenait une demeure
étrangère
autoritaire truffée de
présences maléfiques
(et il s'amusait visiblement à me foutre
la trouille en pointant du doigt
un cimetière "possible"
à proximité)
nous nous tenions près
de la petite rivière
dans l'ombre de la fin d'après-midi
nichée sous quelques arbres vieux
et voûtés
une petite rivière facile à enjamber
que mon frangin sauta d'un bond aérien
il me demanda de le suivre
à l'aventure
dans le grand champ de poussières de pierres
et de terre séchée (et plus loin
d'autres champs d'autres terrains vagues
des gens qu'on ne connaissait pas)
mais je restai bloqué un pied
de chaque côté de la rivière
et me mis à chialer
tandis que lui riait et se foutait
de moi et je ne parvenais
toujours
pas à choisir un abord de la rive
j'ai dû resté bloqué là quelques secondes
quelques minutes
je ne m'en souviens plus je
ne me
souviens plus de la
suite et c'est sans importance
je ne retiens que ça
cette sensation finale du souvenir
comme si elle
était un écho au temps présent
(vivace autant qu'inéluctable) et
que j'étais encore d'une certaine façon
cet enfant suspendu entre des
choix impossibles
(mais c'est sans doute une interprétation
parmi d'autres)

10 mai 2010

ils sont là, distants mais là, on les sent, inflexibles, venimeux, parasites, dans les arbres, nichés sous les feuilles, calfeutrés dans les branches, étendus par les ombres, ils ont de longues mains griffues, des serres, des crocs affutés, du sang à boire, une langue gluante qui se déploie, ils ont des yeux perçants, calfeutrés quand ils sont traqués, étirés quand ils fuient, ils ne fuient plus, ils sont là, distants mais là, dans un terrier, sous le sol, dans des galeries creusées par d'autres, qu'ils ont prises d'assaut, affamés, toujours affamés, tuant tout sur leur passage, hurlant, gémissant, jusqu'à ce que tout se taise alentour, hormis le bruit sec de leurs écorchures sur les corps tièdes, sur les os froids, hormis leurs courses frénétiques, qu'on dit sexuelles, sans trop savoir, sans qu'on les voit, ils sont là, c'est certain, ils nous font tourner la tête, ne sont pas partis, ils rôdent, ils ne comptent plus partir, ils n'ont plus peur, ils nous ont vus, ils sont à l'affût, nous ont vus