16 mai 2013

Opération secrète


les éboueurs
ont repéré
un lourd sac plastique
hermétiquement fermé
&
pestilentiel

ils se sont longuement
dévisagé avant
d'appeler les flics :
-on dirait une sale odeur de cadavre

quand la police
scientifique
a ouvert le lourd sac plastique
pestilentiel

une masse colossale
de chiffres
d'euros comptables
et de comptes bancaires
s'est déversé sur le trottoir

avec un bout d'adresse
mal déchiré
provenant de l'Elysée...





Un tout dévasté ?


je m'installe à ma table de travail
c'est-à-dire que je fixe
l'écran de l'ordinateur
une bonne partie de la journée
(ç'a un côté un peu monomaniaque).
(et certainement aussi un aspect maladif)

je t'entends paisiblement ronfler
dans le lit
(tu n'es pas allée bosser aujourd'hui).
(tu as perdu énormément de poids ces derniers temps)

pourtant
il reste un coin de ciel bleu
au milieu des nuages
sombres
(acte de résistance voué à l'échec ?)

je lis des articles d'actualité
des faits divers
des informations sur les people
les résulats de foot
je lis les décès survenus cette année
les années précédentes sur Wikipédia
mais aussi les biographies
succinctes de poètes déjà morts
et enterrés

pourtant
il reste une chance de s'en sortir
sans sombrer
complètement
(est-ce qu'on y croit vraiment ?)

j'ai besoin d'une n-ième clope
d'un n-ième café noir sans sucre
d'apprendre à respirer convenablement
j'ai besoin de
ne plus sentir cette boule au bide
j'ai besoin de quelque chose de
constructif
de te prouver que tu
n'es pas toute seule
à surnager dans cette merde

pourtant
il n'y a bien que mes poèmes
(certains d'entre eux, tout au plus)
qui sachent
vivre au dessus du vide
(est-ce qu'ils ont un avenir ?)
(est-ce qu'ils font partie d'un tout dévasté ?).


15 mai 2013

Rien n'a vraiment changé


je collectionnais
les magazines
quand j'étais adolescent
les Pariscope
les Onze-Mondial
Les Historia
les France Football
du mardi et du vendredi
les Télé 7 Jours
des fêtes de fin d'année
je cachais aussi
quelques photos un peu érotiques
souvent en noir et blanc
découpées dans les magazines
d'information de mon père

je les empilais dans
une double armoire
ça pesait son poids
ça n'avait aucun sens
d'empiler ainsi
des magazines que je ne rouvrais
quasiment jamais

j'ai continué à collectionner
ces mêmes magazines
et d'autres
en habitant
un studio de 20m2

et puis
j'ai fini par tout jeter
à la poubelle
ça n'avait aucun sens de tout
jeter ainsi

c'était comme effacer
une partie de moi
qui ne ressemblait certes à rien
de consistant
mais qui avait pris toute
la place de la
consistance

c'était prendre le risque
de déclencher
un obus
et d'y creuser un
trou de
mémoire
sur tout le reste

aujourd'hui
je ne collectionne
plus rien
mais je note
scrupuleusement
sur l'ordinateur
tout ce qui m'arrive dans
les moindres détails les
plus insignifiants

ça n'a aucun sens
d'empiler ainsi
mémos sur mémos
année par année

ça n'a aucun sens


fort sens commercial


c'est bien payé
mais
c'est pas pour moi
l'annonce précise
qu'il faut être doté
d'un fort sens commercial

je sors une bière du frigo
je demande à ma femme
pourquoi je ne suis pas
doté d'un fort sens commercial

elle me sourit gentiment
-t'as d'autres qualités, mon amour
-peut-être, mais pas pour l'annonce
-t'en fais pas, tu trouveras bien quelque chose
-ouais, ouais

je bois une longue lampée de bière
je demande à ma femme
si elle m'aime toujours
même si j'ai pas un fort sens commercial
-y'a pas que le fric dans la vie, me dit-elle

puis
elle approche

son souffle est sur
ma nuque
-j'ai envie de toi

sa main est sur
ma queue
fièrement dressée
-je t'avais bien dit que t'avais d'autres qualités, mon amour

à ce moment-là
j'ai bien failli
la croire





Frigo là-haut ?

plusieurs fois
le soleil a couché
avec la pluie
et de leur union
hasardeuse
est née
une tripotée
d'arc-en-ciels
embryonnaires
portés disparus
depuis

Une petite histoire de mouche

il était une fois
une mouche à merdes
qui en avait marre
de renifler les excréments
elle resta un an sans rien faire
d'autre que regarder
 les autres mouches à merdes
qui ne sachant faire que ça
reniflaient les excréments
elle mourut
écrasée
comme une merde
à défaut d'avoir été mouche

Grand Seigneur

le siège sur lequel je suis assis
est une reproduction
de style Louis XV
ce qui me donne l'impression
de gouverner
la royaume des
pixels
&
de Navarre
devant l'écran de l'ordinateur

En attendant...


les jours passent
plus ou moins
vite
plus ou moins
identiques
c'est banal
lancinant

et l'horizon dans tout ça ?

d'un côté le carcan
de l'autre la phobie
au milieu c'est une tête
lestée
de tension
vague

qui se dit :
mieux vaut
s'enfermer
ici
volontaire
(mais la volonté se fout bien
d'elle-même)

alors que tant d'autres
y sont déjà
les pieds et les poings
déliés

puisque

la vie poursuit son
cours
juste à côté
(c'est ailleurs, c'est si loin)
(ce sont des bruits, des pas
des gens abstraits en somme
on ne se connaît pas)

on chercherait en vain
ici
l'alchimie
d'une réussite
&
le soupçon
d'un renouveau
(un modèle neuf et bien ficelé)

s'enfermer
volontaire
en attendant mais
que faire
d'autre
quand l'attente
paraît
interminable

et

qu'elle mène à
une voie sans issue
(c'est le serpent qui
se mord la queue) ?

8 mai 2013

Impro



je laisse glisser
les mots

les uns après les autres
sans trop savoir
si ça va donner
quelque chose

parfois
les mots
se bousculent
avec fluidité

s'estimant en droit
de venir noircir
la page

puisqu'ils le
veulent

puisque ce sont
les mêmes
que d'habitude
à peu de choses près

quant aux autres
mots
ceux
qui pourraient
fournir d'autres images
ils ne sortent pas
si facilement
que ça

est-ce de la
retenue
est-ce de l'
ignorance

et quand la page
est bien noircie
comme c'est le cas 
à présent

je me rends bien
compte
que quelque chose
cloche vraiment

qu'il y a un
blocage
que des connections
nouvelles
ne se font pas

qu'une paresse
finit par remplacer
l'impuissance
à faire mieux



et ça leur donne la dalle


avec toute cette pluie
qui se déverse
sur la ville
les hommes et les femmes
le nez à la vitre
voient

pousser
de plusieurs centimètres
les hommes et les femmes
dehors

qu'ils comparent à des
carottes à des
navets à des
brocolis

ils n'ont pas de jardin
par ici
et ça leur donne
faim.


7 mai 2013

comme aujourd'hui, brouillard...


Demain
sera
tristesse
comme
aujourd'hui
brouillard

quel poids porteras-tu sur
les épaules ?

quelle pensée t'obsédera
au point d'en perdre
l'appétit ?

quelle sensation ton corps
quelle image ton passé
quel sourire pour adoucir

ce qui ne se dit pas ?



5 mai 2013

D'être quelqu'un à tes yeux ?


Je sais que je tiens-là
une justification
aussi absurde que romantique
à mon manque d'ambition
professionnelle

et à tout ce qui en
découle
de négatif -
par exemple dans le
regard des autres -

oui, j'écris des poèmes
oui, j'écris de courts textes en prose
non, je ne fais rien d'autre
pour alimenter le compte en banque

suis-je encore
digne
d'être quelqu'un à tes yeux ?

Anniversaire !

Tu viens d'avoir
trente-huit ans
aujourd'hui
tu observes dans la glace
les avancées
du temps
et tu en conclus
qu'il n'est vraiment pas nécessaire
de souffler toutes ces bougies
comme si c'était jour
de fête

Couches superposées

Une pensée
en amenant une autre
sans forcément un lien
entre elles
il m'est parfois très difficile
de savoir
si elles ne sont pas
seulement
les couches superposées
d'un vieux mur
peint
&
repeint
à plusieurs époques
différentes.

3 mai 2013

La métamorphose des cloportes (FXF)


La métamorphose des cloportes

Le miracle en poésie
c’est qu’un type
affreusement dégueulasse
peut s’avérer être
un excellent poète
et qu’un type
absolument formidable
peut au contraire
se révéler être
un très mauvais poète
Je pense me situer
entre les deux.

© François-Xavier Farine - 24/04/2013.

Pschiit !



La prédisposition au
Bonheur
Ce doit être un truc
Dont on parle
Sans l'avoir jamais vu
Et ça fait pschiit !

Sans haine, ni arme, ni violence ni rien de tout ça


A trop écouter les
faits divers
à la télé

voilà que
le fantasme naît

y'en a toujours un qui
finit par retenir notre attention
plus que les autres

fourgon blindé / attaque d'un distributeur...

des fois on en parle
en se disant qu'on pourrait
faire la même chose
on plaisante bien sûr

et puis des fois
on y pense plus sérieusement

parce que pour se sortir
de la merde
y'a pas trente-six solutions
elle doit être radicale

sauf

qu'on se heurte
à de gros problèmes
logistiques
ça ok

&

surtout
de conscience

sous ce mot
peut-être
la lâcheté
va savoir

ou bien

le besoin qu'on en a
n'est-il pas encore
si désespéré qu'on croit

en attendant d' y voir plus clair
velléitaire
de toujours

je relis Curzio Malaparte
quelques pages
de sa "Technique du coup d'état"

ça peut servir
un jour ou l'autre
sait-on jamais...






ordinateur chronophage

quelques mots
à l'emporte-pièce
mémoire, que faire, sortir, plus tard, chercher,
soleil, grilles, toujours le même
la même, enfance(s)s, déni
jamais, peut-être, plus tard
pourquoi, sans raison, trop loin, pourtant

justement le temps
qu'on n'a plus trop

le lien existe

sensible
à ce qui m'empêche
d'avancer

et c'est facile de comprendre que
ce qui m'en empêche
vraiment
d'avancer
aujourd'hui

c'est très simple :

le cul collé à cette chaise
confortable
devant l'ordinateur chronophage

Qui t'attend et se sent inutile


Assise à ton poste de travail
je t'imagine
en train de regarder
par l'une des fenêtres

l'herbe
taillée
arrosée par les
puissants jets d'eau

de suivre
le parcours précis du jardinier
penché sur les
lilas les roses & les gardénias

de lever les yeux au
ciel
un instant
pour savoir si les nuages
ressemblent à quelqu'un
que tu connais

et d'avoir
de fil en aiguille
une petite pensée pour moi
qui t'attends - et me sens inutile

puis de te concentrer
à nouveau
sur les nombreux objectifs
de ton planning quotidien

avant que le chef
revenu de ses statistiques
à la con à la clé
ne transmette tout son stress
à l'équipe

je ne peux rien pour toi
mais
je suis là
qui t'attends - et me sens inutile






2 mai 2013

Un message fort à faire passer !


Allongé dans
mon lit je rêve à des mondes
parallèles

le peuple des gouloulous
qui vit sur les
réverbères
ne rencontre jamais
le peuple des falalas
qui s'est installé
au milieu de la route
s'ils se rencontraient
...

Je tire subitement
de ma poche
un tract sur
lequel
est écrit
"NON au capitalisme sauvage !"

Je me souviens du mec
qui me l'a filé
ce tract
il ressemblait à n'importe qui
portant barbe grise mal rasée
lunette d'intello
jean cool
&
un message fort à faire passer
au plus de monde possible
OK

Puis je reviens
vers les mondes parallèles
parce que si les gouloulous
&
les falalas
lisaient le tract
peut-être que ça changerait
la donne dans ce monde
non ?