2 mai 2013

la panoplie de l'anti-héros


Je passe
devant
la fenêtre
sale
devant
la tasse de café
vide sur
la table
devant
la petite araignée qui
tisse une toile
presque invisible
devant
l'armoire aux poètes
suicidés
déglingués
devant ce
qui nous mène par
le bout du nez
devant l'acharnement
du manque
devant ta pile
de médicaments
mystérieux

et ce n'est pas de l'indifférence
vois-tu

je passe devant
tout un tas de choses
qui n'en demeurent pas moins
là
bel et bien là

on n'efface pas d'un coup de
baguette magique
l'ombre de Brautigan
&
la panoplie complète de l'anti-héros

on les fait cohabiter
au mieux

1 mai 2013

réflexe

ciel d'automne
au printemps
pluie battante

envie d'écrire
des mots sans savoir
où aller où finir

envie de jouir
tout simplement
sans pression ?

envie de petits riens
de quelque chose
et la chanson besoin de rien, envie de toi

qui me vient
comme réflexe conditionné
par la mémoire, putain de mots

ciel d'automne
au printemps
nuit tombante


des progrès à faire


On se fait face
dans la pièce
à l'écart du bruit
ambiant

-Notre entreprise est en pleine expansion, on cherche 3 postes, votre profil...
etc

l'entretien se passe
cordialement
sans questions trop
embarrassantes
enfin disons que c'est
juste du réchauffé - j'ai l'habitude maintenant.

puis elle me regarde
un peu gênée :
-Excusez-moi d'être aussi directe mais comment dire...
-Oui ?
-Vous avez 45 ans... et on a la désagréable impression que vous stagnez professionnellement...
-Je suis bien d'accord avec vous.

elle ne s'attendait sans doute pas
à ce que j'aille dans son sens
aussi vite
sans montrer
aucune rebéllion
aucune honte
aucun remords

me contentant d'un sourire
sincère
qui en dit long
trop long pour elle
-Vous n'envisagez donc que des boulots alimentaires, en fin de compte ?
-Oui, c'est exact...mais ça ne m'empêche pas d'aimer ensuite - parfois - le boulot que je fais.

elle a un de ces regards
dubitatifs
qui laisse peu de chance
à l'espoir

parce que
savoir convaincre
faire sa pute
ce n'est pas donné
à tout le monde

j'ai des progrès à faire, je crois

NON
j'en suis sûr



Chronique...



Il y avait une petite rivière ici
Dans le temps elle prenait sa source par là-bas
Jure le vieil homme
Montrant du doigt
L’eau stagnante d’un caniveau
Souillé
De pisse.

(Extrait d'un truc en cours)

4 Crétineries d'un mercredi pluvieux


Je gare ma voiture
juste
devant chez moi
je sors une grosse corde
que j'accroche au mur
solidement
je démarre
en tirant
mon appartement
loin de la ville.

***

Elle lit dans les
lignes de ma main
me dit qu'il faut
filer droit au but
ne plus tergiverser
ne plus hésiter une
seule seconde
-c'est écrit là me dit-elle
je ne savais pas les lignes
de ma main aussi
bavardes...
moi qui suis plutôt
timide.

***

Il pleut
des phrases toutes
faites
dans une grisaille
de mots
inutiles

***

Je consulte mon compte
bancaire et je le trouve
bien maigrichon
celui-là
presque rachitique
je me demande s'il ne lit pas
en cachette
les magazines de mode
féminin
avec d'anorexiques mannequins
en couverture

30 avr. 2013

Clin d'oeil du doigt


-Le ventromnipotent ou la toute puissance des obèses.

-L'imprimante religieuse finit par bouffer tout ce qui s'écrit de "sacré".

-Le canapéteur permet d'étouffer les borborygmes anaux devant une émission de télé à la con.

-Après un licen-ciment, il faut bétonner ses arrières !

-Dans les cime-tiers, on ne meurt pas à moitié..

-J'enlève ma robe de chambre, j'enfile mon slip de rue.

-A t'elle retrouvé ses rêves berbères sous les réverbères ?

D'un jour comme ça

des jours comme ça
il y en a
qu'il faut vivre
 à côté de
ses pompes
ou de quelqu'un
n'ayant qu'un ciel
d'hiver pour unique saison
il y a parfois un peu de soleil

à faire
frémir les pages
qui s'étirent
dans le sombre
dedans
d'où rien ne sort
même pas la raison du mystère ; c'est comme ça

non rien ne sort
en fin de compte
c'est-à-dire
qu'il n'y a pas grand-chose
à en tirer
des jours comme ça
ni de soi ni des autres
on a déjà creusé
vécu 
attendu
survécu 
plusieurs fois à cet endroit familier
c'est-à-dire

qu'on ne sent plus
la différence entre
l'entame de l'aube
et la nuit qui paraît

et c'est d'un jour comme ça
qu'il est
fou d'espérer quoi que ce soit



25 avr. 2013

10th STREET (Eric Dejaeger)


De nombreux médecins
prescrivent à leurs patients
neurasthéniques
un détour par
la Rue des Idées Perdues
dont l'on sort
l'esprit complètement
nettoyé
récuré
désinfecté
aseptisé
mais sans plus la moindre
imagination.

Eric Dejaeger : Son blog

Mon petit dernier


Collection "Confetti", publiée chez Asphodele Edition.
Au catalogue des "Confettis" : Jany Pineau, Jean-Jacques Nuel, Esther Ka pour les tout récents... mais aussi Thomas Vinau, Marlène Tissot, Guillaume Siaudeau, Cathy Garcia pour ne citer qu'eux...
Un confetti : 2 euros.
Il s'agit d'une mini-nouvelle de 10 pages, format poche.

23 avr. 2013

dans le désordre

dans le désordre
c'est une journée
de vingt-quatre heures
commencée tôt cette nuit
Millwall-Blackburn cocher 1 - N ou 2
un attentat en Libye
un projet d'attentat déjoué au Canada
un texto de Pôle-Emploi
pour assister à une formation de secrétariat
la poussière sur l'ordinateur
la carte de visite du docteur Ch.
les nuages qui cachent le soleil
le lit pas fait
le vote en faveur du mariage pour tous
la voix de Thierry Beccaro -
ma fille malade regarde
le jeu Motus / des mots de sept lettres -
journée
par exemple
c'est sept lettres
et vingt-quatre heures
alors que désordre
ça ne fait pas gagner
à la télé mais
le temps passe plus vite
jusque tard dans la nuit.
je choisis d'abord Millwall cocher 1

8 avr. 2013

Facile

Un chat court par les toits aux
tuiles décolorées
pour dénicher de la bouffe
quelque part
il me fait face
à présent
avant de disparaître
derrière une cheminée
qui fume
comme je fume tiens et
puis pourquoi
j'ai la carte de visite du Dr Chass...
pliée
en deux
avec un numéro de téléphone et une adresse
et la date du prochain rendez-vous
dans la main ?
je n'ai plus qu'à me
souvenir de l'un et
à oublier l'autre
après tout

Si seulement je pouvais m'en souvenir

C'est dommage que
je ne puisse pas
durablement
me souvenir de
mes rêves
les plus étranges
ces rêves

dans lesquels je ne suis
qu'une sorte d'image
sans corps
sans logique
projetée dans
un "je" parlant de
moi comme si on se

connaissait vraiment
et
ce n'est pas que
je fuie absolument
la réalité le quotidien
les responsabilités
de père de mari d'employé de chômeur
mais cette réalité-là

attire vers elle
les heures à venir les
douceurs
perdues d'avance
jusqu'à fragmenter
toute pensée
sur soi
en un déchet amer

plus sombre
plus dérangeant
plus étrange que
n'importe lequel de

mes rêves

si seulement je
pouvais
m'en souvenir







31 mars 2013

3 Crétineries de Pâques


Elle n'a pas de jardin
vit seule
ne fête jamais Pâques
mais elle attire la
curiosité 
des gosses du voisinage
avec sa bouche en cul de poule
Sur sa porte d'entrée, elle a écrit :
"je ne ponds rien de comestible
Allez donc vous faire foutre !".

***

Après avoir englouti toute la boîte de
chocolats
il se dit qu'il irait bien
"faire ses Pâques"
au confessionnal
du coin
c'est-à-dire dans
la cuvette des chiottes.

***

Ils ont planqué des oeufs dans le jardin
puis un doute
terrible les prend :
"Et si les enfants découvraient un cadavre
enterré chez nous ?".
"Lequel ?" lui répond l'autre.

30 mars 2013

Après une semaine sans lâcher l'affaire


c'est de plus en plus souvent
comme ça
nuit trop courte, sommeil fracassé
par les murmures venus
de l'âge, de la situation, d'un réel trop brutal
puisque la dérision, la légèreté ne font plus effet

la nuit finissante est fraîche
les ombres ne crient pas 
au destin sombre
les oiseaux n'existent pas encore
la vie se coince entre le vide 
et l'incertain
alors 
trois cafés corsés sans sucre, quatre clopes
coup sur coup
c'est pour rester dans l'objectif fixé
d'un contrat d'intérim
à la con, à la con, à la con
(mais c'est un contrat, un contrat, un contrat)

une fois dans ma Clio grise de
12 ans d'âge
le ronronnement chaotique du moteur
se demande où je l'emmène
à cette heure
&
je lui réponds
les mains agrippées au volant
que je ne sais pas 
trop le choix qu'on a
alors on y va quand même

et les routes sont pleines de gens 
un peu comme ça

20 mars 2013

3 saynètes matinales


La gérante de la boutique de fringues
en face de chez nous
sort sur le trottoir
se fumer une clope
il n'y a pas grand monde dans sa boutique de fringues
peut-être une ou deux personnes
elle regarde passer les voitures
dans l'avenue bordée de petits immeubles
elle baille, elle a froid
puis elle retourne dans sa boutique de fringues
s'asseoir derrière la caisse enregistreuse
d'où elle fixe les robes devant elle
qui ne bougent pas d'un seul centimètre.

***

J'ai bu un café
j'ai fumé une clope
j'ai dû pisser un coup aussi
ah si, j'ai fait un tour sur le net
(mais pas longtemps)
et puis c'est à peu près tout
dis-je
au flic mal rasé, mal peigné
posté dans le miroir
-t'as glandé, quoi... et les offres d'emploi ?
-fais pas chier !
-et les offres d'emploi, hein nom de dieu ?
-Je suis fatigué, je vais me recoucher
-je ne te laisserai pas dormir en paix, grosse tache !
me lance le flic insinué jusque
dans mes pensées.

***

Le facteur pose son vélo
jaune
contre un mur
il ne ressemble pas du tout
à Charles Bukowski
il dépose le courrier
dans les boîtes aux lettres
il reprend son vélo
et ainsi de suite
jusqu'au mur suivant
s'il ressemblait à 
Charles Bukowski
je suis sûr qu'on ne recevrait pas
autant de mauvaises nouvelles.

14 févr. 2013

5 crétineries en un clin d'oeil


Le croissant de lune
s'est échappé
de la boulangerie.

***
Les amuse-gueule
s'accompagnent bien de
bouche-bée

***
Les gens trop
terre a terre
ne devraient vivre qu'au
rez-de-chaussée.

***
L'avion décolle
et c'est le papier
peint
qui fout le camp.

***
A la bonne heure !
Oui, mais laquelle ?

Hier soir


Le soleil
s'est couché
sans se laver les dents

ronflant des
lunes
épaisses

pissant quelques
gouttes
de pluie froide c'est

toute la
bière bue
seul là-haut et ce matin

la ville s'éveille
avec une sacrée
gueule de bois
(les arbres qu'on prend pour des révèrbères)
(le bus qui passe de l'autre côté)

J'ai échappé de peu à l'enfer !


Au tout début de l'entretien
le décor m'impressionne
La hauteur de la pièce
la moquette rouge
l'imposant bureau
le tableau de maître
(un vrai, un faux ?)
sur le côté
les manières de
gentleman
anachronique de
mon interlocuteur
quand il tient
mon curriculum
entre ses mains
soignées
puis très vite
tout ce vernis
outrancier
pour un CDD de 2 mois
non renouvelable
payé le smic
(ou à peine plus)
ma gonfle
à la 7è minute de l'entretien
je demande où
sont les toilettes
puis je descends vite fait
les escaliers
luxueux
avant de me retrouver sur
le trottoir
ou je respire un bon
bol d'air
près d'une crotte de clébard

6 févr. 2013

Gardez la monnaie !


rue froide, rue sale
rue Salazar
début d'après-midi

un bar
j'entre dedans
me réchauffer
c'est sombre, c'est petit, ça pue
la sueur
le renfermé

je commande une bière
pression
m'assieds à une table
(toutes libres sauf une)

jambes croisées
découvertes
cheveux courts
dégarnis
rouge à lèvres
flamboyant
sourire alangui
dents jaunies

en face
de ma table
branlante

c'est une pute
elle ressemble à une vieille pute
en tout cas
grasse
ogresse
sans gène
malade
elle respire bruyamment
elle me fixe

je lui rends son
sourire
(faux-cul)
je ne veux rien
d'elle
la bière est
dégueulasse
j'appelle le
serveur à
moitié somnolent
sur son comptoir

de ma poche je sors
une pièce de
deux euros
-Vous pouvez garder la monnaie.

Ouvrir la foule avec un lasso & un banjo


Les jours de
marché
avec mon Stetson sur la tête
clope au bec
boots aux pieds
et mon lasso de sept mètres
replié dans la main
je mène les dix mille vaches
dans les rues de
la ville
au milieu des
embouteillages
ma fille qui me suit
comme un singe miniature
joue parfois du banjo
sur le rythme de mes éperons
des klaxons
et des cris.