2 juil. 2017

Un corbeau

Les cri rauques d'un
corbeau
posé sur un toit
de tuiles rouges
est-ce un présage
insistant
que je ne verrais
pas
c'est mon
éveil au matin
gris
j'ai mal dormi
mais
j'ai rêvé
Tais-toi corbeau!
de quoi donc
je ne me souviens déjà plus
de ce dernier rêve
s'il signifiait quelque
chose
s'il était moi
plus ou moins
s'il tournait une page
au hasard
&
d'où je vois
la ville
ces milliers
des milliers de
fenêtres
plongées
en notre étrangeté
&
d'un point minuscule
visage ou mot ou corps
en faire
le nœud
d'une étouffante
tristesse.

12 juin 2017

5 trucs brefs parce que c'est lundi

L’ermite

C’est un homme qui  ne sort quasiment pas de chez lui. N’y reçoit jamais personne. Ne travaille plus depuis des lustres. Subsiste par miracle. Se lave rarement. N’en éprouve aucun besoin. Garde les mêmes habits, puants, d’un jour à l’autre. Parfois, nu tout simplement. Sa barbe est longue, hirsute et sale. Il ouvre grand les fenêtres uniquement la nuit. L’homme se tient alors assis sur une chaise bancale. A la lumière faiblarde et vacillante d’une lampe de chevet, il aperçoit quelques insectes entrer et lui tenir compagnie. Il les regarde avec une certaine tendresse. Il regarde chaque chose avec une certaine tendresse. Et chaque fois qu’il a faim, il s’excuse d’abord puis se sert sur les murs de chez lui pour un moucheron, une araignée, un moustique, un papillon, un cafard, qu’il croque avec amour ou gobe d’un coup sec.


Une plume ne prend pas de poids
Elle ne veut pas grossir. Ni d’un gramme, ni d’un milligramme. Son poids est une obsession. Un drame, un pas vers la folie. Elle ne mange quasiment rien et ce qu’elle mange, soit elle le vomit, soit elle le pèse pour en déterminer et en calculer la moindre incidence, la moindre micro-calorie. Quand on lui dit qu’elle a perdu quelques kilos, qu’elle maigrit à vue d’œil, elle n’en croit pas un mot. « Vous mentez ! » lance-t-elle, furieuse. Des années à vivre comme ça. Des années à se nourrir à peine. Elle ne changea pas même d’avis quand, un soir, elle parvint à se faufiler sans effort sous la porte de sa chambre. Depuis, elle s’endort, là où le vent la porte, là où le vent la pose, sans jamais plus froisser les draps.


Et l’histoire continue
Un homme dépressif rencontra une femme dépressive. Ils s’aimèrent de façon tout-à-fait dépressive. Ensemble, ils eurent des enfants dépressifs. Qui se suicidèrent tous les uns après les autres. Ce qui rendit l’homme encore plus dépressif, sa femme encore plus dépressive. L’homme se suicida. Peu après, sa femme en fit autant. L’homme laissa derrière lui quelques poèmes particulièrement dépressifs. Qui aidèrent peut-être, à leur façon, certains lecteurs dépressifs, certaines lectrices dépressives, à en finir également une bonne fois pour toutes.


Quand un inconnu vient vous voir
Dès demain, j’entame ma tournée d’adieux. Je saluerai d’abord la boulangère, ses pâtisseries, l’épicier arabe, le coiffeur, la pharmacienne, le moniteur de l’auto-école, le poivrot du comptoir, la bibliothécaire qui met mes recueils en avant, le serveur du restaurant, les clients qui profitent de leur pause-déjeuner, les caissières de la supérette, même les plus antipathiques, sans oublier les chiens qui se soulagent près des réverbères et les gras pigeons à nos pieds. Puis j’irai saluer un à un les vingt-huit mille et quelques habitants restants de la ville. Je ne veux oublier personne.


What the fuck ?
J’ai roulé jour et nuit, sans m’arrêter. J’ai dû rouler trop loin et sortir des ornières. De ma vitre, je n’aperçois plus la route. Plus les arbres. Juste quelques étoiles, une planète inhabitée et un spationaute, à la dérive dans l’espace, qui me fait un signe de la main.




11 juin 2017

Quelques aphorismes d'un dimanche matin ensoleillé, torse nu, avec béquille

De la légèreté
Puis-je poser une question lourde de sens sur ton épaule et la laisser s’envoler comme un papillon ?


La tempête récoltée
Qui s’aime levant, se déteste couchant.


On verra ça bien plus tard
Qui sait surseoir peut s’asseoir. Jusqu’au soir.


Pour le plaisir
Le crime ne paie pas ; c’est dire si certains font ça de façon bénévole et tout-à-fait désintéressée.


Canicule et humeur 
Nous avons tous des zones d’ombre pour nous abriter de la chaleur.


Drogue dure
La force des habitudes est d’anesthésier les sentiments extrêmes. Comme une injection faite à heure fixe. Un shoot à la vie normée.


A trop fumer
Je souffre d’une maladie chronicotine.


Terre nourricière
Chaque matin, prendre un grand bol d’air avec un nuage de lait.


Question d’angles
Vue de très loin, la Terre paraît minuscule. Il en est de même avec dieu.


Halte-là !
Nous filons déjà droit vers la mort. Nul besoin de nous y pousser davantage.


Portrait
Je suis un non criminel endurci.


J’aime Richard Brautigan mais...
Ce qui me sépare le plus de lui, pour l’instant, en dehors du talent, c’est son suicide.




Un superbe collier de perles de Perrin Langda pour sa bien-aimée

Collier de poèmes
pour Tiphaine

tes yeux en amande
tes formes tendres comme de la frangipane
ta croûte craquante de galette bien dorée

quand je passe
mes ongles
dans tes cheveux noirs
comme du vinyle
j’ai presque l’impression
d’être John Lennon
qui vient de rencontrer
Yoko Ono

il y a assez d’or sur ta peau
pour tous les pauvres
mais je le garderai pour
moi

l’alignement
de tes grains
de beauté
est tous les jours
de bon augure
pour qui
s’y aligne

tiens
un papillon
s’est posé
sur la boule
de ton nez
comme une
paire de
lunettes

jolie carrosserie
si l’on considère
tes lobes d’oreilles
qui rebiquent
comme les deux ailerons
d’une bagnole tunée

ne t’inquiète pas poupée
je suis là pour te protéger
de mes angoisses

ton souffle sur les dunes des Badlands
une caresse sur le ventre du Nevada
main au fond des forêts du Yellowstone Park
je léchais les gorges roses du Grand Canyon
l’Empire State Building se dressait au loin
Old Faithful se réveillait
du souvenir d’un road trip
sur ton
corps

c’est un peu comme si
nous nous connaissions
depuis la nuit des temps
comme si j’avais tellement
écouté tes histoires
imaginé tes souvenirs
ressenti tes peines
réfléchi à tes pensées
qu’elles étaient même
devenues les miennes
comme si les mots
« tu es une partie
de moi-même »
n’étaient pas qu’une
simple expression

je me suis
toujours
senti bien
près de toi
tandis que
tu tricotais
en toute
tranquillité
l’écharpe
de notre vie
avec le fil
des jours

petite graine de pollen d’hibiscus
j’ai eu un sacré coup de pot
le vent t’a fait traverser deux océans
pour te déposer dans mes lorraines

quand tu me regardes
avec les yeux ronds
d’une petite fille étonnée
l’arc de tes paupières
tire une flèche invisible
tout droit dans le cœur
du petit garçon que
je ne pensais plus être

(extraits d’un petit recueil de 34 poèmes
écrits pour les 34 ans d'une certaine personne)
Perrin Langda

Lecture avec Jim Flahaut à Hellemmes ce Samedi 17 Juin à 19h

Sur invitation de l'irremplaçable FX Farine, Jean-Marc Flahaut & moi ferons une lecture de nos textes dans un bistrot chaleureux "Le Polder", à Hellemmes, près de Lille.
Lecture prévue de 19h à 20h environ.

Si vous êtes dans le coin, ce sera plaisir de vous y voir.
Vous me reconnaîtrez : j'aurai une béquille pour ma jambe droite.





10 juin 2017

Johnny Flynn & Laura Marling - The Water





All that I have is a river
The river is always my home
Lord, take me away
For I just cannot stay
Or I'll sink in my skin and my bones

The water sustains me without even trying
The water can't drown me, I'm done
With my dying

Please help me build a small boat
One that'll ride on the flow
Where the river runs deep
And the larger fish creep
I'm glad of what keeps me afloat

The water sustains me without even trying
The water can't drown me, I'm done
With my dying

Now deeper the water I sail
And faster the current I'm in
That each night brings the stars
And the song in my heart
Is a tune for the journeyman's tale

The water sustains me without even trying
The water can't drown me, I'm done
With my dying

Now the land that I knew is a dream
And the line on the distance grows faint
So wide is my river
The horizon a sliver
The artist has run out of paint

Where the blue of the sea meets the sky
And the big yellow sun leads me home
I'm everywhere now
The way is a vow
To the wind of each breath by and by
The water sustains me without even trying
The water can't drown me, I'm done
With my dying

19 mars 2017

3 textes de FX Farine qui mériteraient de faire partie d'un manus' et d'une publication !

Chef de service
Il était venu au dehors
avec moi
fumer sa clope
en fin de journée
sur le trottoir

devant le bâtiment ensoleillé
tout ce qui l'intéressait
c'était la rayure sur la carrosserie
de la voiture
de service
et voir si son prédécesseur
l'avait laissée
dans un état suffisamment convenable
pour son usage
personnel.

Scènes d'un matin ordinaire

Après trois cafés
au boulot
je ne suis
toujours pas réveillé
bien qu'un réparateur de radiateurs
fasse vrombir son aspirateur
dans mon bureau
ponctuant ses réparations périlleuses
d’invariables « putains d’sa mère ! »
qui résonnent
bientôt aussi de l’autre côté du couloir
je n’ai même pas
encore ouvert
mes stores
sur le ciel bleu
du dehors
le crâne en compote
les yeux gonflés de fatigue
(Hier soir j’ai couru comme un forcené
surpris par la nuit qui
est tombée précipitamment)
mais ce matin
je suis en lambeaux
sur les réseaux sociaux
j’ai lu un texte
de Frédérick Houdaer
(qui m'a foutu une sacrée claque !)
je ne sais pas si on ressent
dans mon poème
la vie qui palpite encore sous
la peau
comme les feuilles des arbres qui frémissent
au dehors
ah merde, faut remettre les têtes !

la tête et le corps, c’est différent !

faut savoir de quoi, tu m’parles !

les deux plombiers finissent par
s’engueuler
les clics clics intempestifs
de leurs clés à molette
et leurs têtes qui tombent difficilement
de l’autre côté du couloir
ont bientôt raison de ce poème
sans queue, ni tête
ni chute non plus
la pince, tu peux la ranger !

c’est obligé !

c’est pas du tout le même travail !!!

Une collègue passe
leur dit bonjour
avec sa robe à fleurs
et ses deux petits seins splendides
ils ne prennent même pas le soin de les saluer !


Coaching personnalisé
(à Heptanes Fraxion)

Si je me vends mieux
je mange mes 5 fruits et légumes par jour
si je salue mon prochain
alors qu'il m'écrase les pieds dans le métro
(comme une merde de paillasson)
si je connais les préceptes des 25
religions
le classement des équipes du Championnat de France
de football et de pétanque dans l’ordre
et dans le désordre
si je récite par cœur
tous les noms des dictateurs
et des charlatans qu’il faudrait
trucider plutôt qu’instrumentaliser
si je milite pour les 150 heures de travail
hebdomadaire en comptant le travail la famille le courage
la maison les amis les ennemis la poésie à entretenir le déficit
du sommeil et l’abrutissement collectif
si je parle aux francs-maçons aux clodos aux déportés
aux gravures de mode à mon frangin à mon kiné mutique
à ma moto de compétition et à mon ange gardien
si je piétine les morts
la pluie le déluge
et que je remue leurs cendres encore chaudes
dans mon ventre
et que j'embrasse tendrement follement goulûment
les vivants
es-ce que je suis sauvé
est-ce que je suis
sauvé ?

Chuck Berry - Rock And Roll Music

Bye, bye Chuck Berry - Memphis, Tennessee (1959)

3 mars 2017

Raymond K. is dead !

Raymond Kopa, ancienne gloire du foot français, est décédé aujourd'hui, à l'âge de 85 ans.

Je n'étais pas né lorsqu'il a cessé sa carrière de joueur mais je connaissais son nom depuis belle lurette (il a joué à Reims, au Real Madrid).
Et il fut l'un des héros de l'équipe de France, 3è de la coupe du monde 1958(qui vit l'émergence d'un certain Pelé).




1 mars 2017

Cochran Brothers - I'm Ready

Quand un pote de collège me faisait notamment écouter ça (mais aussi Elvis etc) en cours de sciences Nat'... ce qui pouvait expliquer mes notes de 2/20 ;-)

Quelques films (en vrac) vus très récemment






                                         (ce dernier, sur recommandation de l'ami Fred Houdaer)

27 févr. 2017

180 mètres d'aphorismes exposés à Tournai



Message de Jipé Querton : "Travail passionnant que la sélection de 600 aphorismes qui seront suspendus à la bibliothèque de Tournai dès ce samedi 4 mars dans le cadre d'une exposition intitulée: "180 mètres d'aphorismes du Cactus Inébranlable (et quelques autres)".

Au programme des phrases d'Eric Allard, Massimo Bortolini, Styvie Bourgeois, Patrick Boutin, Joaquim Cauqueraumont, Achille Chavée, Jean-Luc Dalcq, Eric Dejaeger, Michel Delhalle, Georges Elliautou, Jean-Philippe Goossens, Paul Guiot, Alain Helissen, Jacky Legge, Dr Lichic, Jean-Louis Massot, Mirli, Jean-Loup Nollomont, Francesco Pittau, Jean-Philippe Querton, Thierry Roquet, Dominique Saint-Dizier, Louis Scutenaire, André Stas, Marc Tilman, Freddy Tougaux/David Greuse...

Microbe #100, Microbe Sang ! Un bel adieu !




L’ultime Microbe, le SANG, est prêt. 
Il a été préparé de conserve par Paul Guiot et Éric Dejaeger. 
Une première en près de dix-sept ans ! 
Ce numéro est quasiment un double avec 36 pages au lieu des 20 habituelles.

Au sommaire : 
Jane Agou, 
Catherine Barsics
Marc Bonetto
Julien Boutreux,  
Fabrice Brunet
Rosa Chàvez, 
Serpil Çökelik
Jean-Marc Couvé
Pascal Dandois
Éric Dejaeger
Mireille Disdero
Agnès Doligez
Georges Elliautou
Antoine Gallardo
Cathy Garcia
Antoine Geniaut
Paul Guiot, 
Émeline Houel
JHubert
Hozan Kebo
Mary Jane Kelly
Roger Lahu
Jean L’Anselme
Céline Maltère
Cédric Merland,
 Fabrice Marzuolo
Marc Menu
Sophie Postre
Thomas Pourchayre
Thierry Radière
Olivier Robert
Thierry Roquet
Didier Trumeau &
Vipurine.
Collage de couverture : Robert Varlet.
Illustrations : Jean-Paul Verstraeten








18 févr. 2017

5 moments qui font le présent

Il m’arrive de chanter
de vieilles chansons
entendues dans mon enfance
je ne connais pas bien les paroles
alors j’invente
je chante en yaourt
mais
même avec des paroles inventées
débiles
grotesques
sans aucun sens
ces chansons-là restent
des chansons de mon enfance
au moins en partie

***

Notre amour a connu
des hauts
Notre amour a connu
des bas
Notre amour a connu
un long cheminement
chaotique
surgi de nos deux
têtes
qui semblent
s’être apaisées
mais pouvons-nous
vraiment
en être sûr ?

***

Toi la tendresse
c’est quand tu poses
ta main
sur ma bite
Moi la tendresse
c’est quand je
t’embrasse
sans arrière-pensée
je te dis souvent
en rigolant
que ta tendresse
n’en ai pas une
tu me réponds
que ma tendresse
vieillit trop vite
notre amour

***

Tu te regardes dans la glace
tu t’arraches
d’un coup sec
les cheveux blancs
tu crèves
entre tes deux pouces
les boutons noirs
tu n’aimes pas
non plus
ce pli marqué
entre tes yeux
je te regarde dans la glace
je vois tout autre chose

***

Le temps nous pousse
désormais
dans une direction
qui n’est pas forcément
celle
que nous aurions choisi
il y a vingt ans







29 janv. 2017

Où ça cause d'Eze

J'aperçois cette pancarte
nichée
dans un pan chevelu de verdure
"Chemin de Nieztsche"
j'y apprends que
le célèbre philosophe a séjourné à
Eze à partir de 1883
et
y a écrit une partie de
Ainsi parlait Zarathoustra
je demande à ma fille
de me prendre en photo
près de la pancarte
pour immortaliser ce moment
de rencontre improbable
j'ôte mes lunettes de soleil pour l'occasion
je ne suis ni philosophe
ni célèbre
je n'aurai jamais de chemin à mon nom
je ne suis rien qu'un touriste
d'un jour
en pleine digestion
qui s'en ira voir un peu plus haut
le jardin aux mille cactus
en cherchant un endroit discret
où écraser sa clope.


***

L'homme est un loup pour l'homme
Je crois que vous avez de la chance aujourd'hui ; je suis bien rassasié.

***

La femme est l'avenir de l'homme
Un jour moi aussi, je serai une femme.

***

Je garde mes idées pour moi. Je me retire de l’avis politique.

***

J’ai des pensées secrètes qui n'osent pas même se chuchoter à l'oreille.

***


J’écoute aux portes pour savoir si elles vont s’ouvrir ou se refermer.






25 janv. 2017

Paterson (Jim Jarmusch)

Film vu hier soir.






Et comme il est souvent question du poète William Carlos Williams dans le film de Jim Jarmusch :







William Carlos Williams                                                              

Dédicace pour un lopin de terre


  • Ce lopin de terre 
    qui fait face à ce bras de mer 
    est dédié à la présence vivante de 
    Emily Dickinson Wellcome 
    qui est née en Angleterre, s'est mariée, 
    a perdu son mari et avec 
    son fils de cinq ans
    est partie à New York à bord d'un deux-mâts,
    a dérivé jusqu'aux Açores; 
    s'est échouée sur les hauts fonds de l'Île de Feu, 
    a rencontré son second mari
    dans une pension de Brooklyn,
    est allée avec lui à Porto Rico
    a mis au monde trois autres enfants, perdu
    son second mari, vécu difficilement
    huit ans à Saint-Thomas, 
    Porto Rico, Saint-Domingue, suivi
    son fils aîné à New York, 
    perdu sa fille, perdu son "bébé", 
    pris les deux garçons de
    son aîné du second mariage
    les a élevés - qui avaient perdu
    leur mère - s'est battue pour eux
    contre l'autre grand-mère
    et les tantes, les a amenés ici
    chaque été, s'est
    défendue contre les voleurs, 
    les intempéries, le soleil, le feu, 
    contre les mouches, contre les filles
    qui venaient renifler par ici, contre
    la sécheresse, contre les mauvaises herbes, les tempêtes,
    les voisins, les belettes qui volaient ses poulets,
    contre la faiblesse de ses propres mains, 
    contre la force croissante des garçons, contre le vent, contre
    les pierres, contre les voyous, 
    contre les loyers, contre son propre esprit. 

    Elle a défriché cette terre de ses propres mains, 
    régné sur ce lopin d'herbe
    agoni d'injures son fils aîné
    jusqu'à ce qu'il l'achète, vécu ici quinze ans, 
    atteint une solitude ultime et - 

    Si vous ne pouvez apporter là
    que votre carcasse, passez votre chemin.

    (William Carlos Williams, Al que quiere!, traduction de Thierry Gillyboeuf, La Nerthe libraire éditeur, Collection classique)

24 janv. 2017

Mon recueil "L'ampleur des astres" qu'il est quand même à la Médiathèque du coin

Je viens de filer récemment mon recueil à la Médiathèque de ma ville.
En fait, une seconde fois... car égaré la première fois...c'était en octobre...
Le recueil est donc désormais intégré au catalogue de la médiathèque depuis avant-hier... avec une présentation... heu, comment dire... qui m'a fait marrer... on dirait un truc pour Fluide Glacial...
(mais je pense que si je n'avais pas filé le recueil gratos et que si je n'habitais pas le coin, jamais, O grand jamais, le recueil n'aurait figuré au catalogue....ce genre de trucs, c'est pas leur tasse de thé).




20 janv. 2017

Quelques irréflexions de l'ami Eric !

Des pensées bien senties, ma foi :

"Aucun salaire ne mérite travail".

"Qui se lave les mains après avoir été faire pipi devrait se nettoyer la verge plus souvent ou apprendre à uriner sans se mouiller les doigts".


"Après avoir ri de tout, il sombra dans une profonde dépression".

"Dans la façon de se nourrir comme dans n’importe quoi d’autre, l’intégrisme me fait gerber".
"Quand ils téléphonent, les kinés adorent tomber sur un répondeur pour y laisser un massage".
"En Suède, un tout petit objet volant téléguidé muni d’une auréole, c’est un saint drone de Stockholm".

Le blog d'Eric Dejaeger

This is Martin Bonner (de Chad Hartigan)

Un film très attachant.



19 janv. 2017

Quelques aphorismes par beau temps

Les soirs de grand vent, la tristesse revient. C’est curieux comme la tristesse aime les soirs de grand vent.

On pourrait percer le mystère de l’univers et l’accrocher au mur.

Ma voiture dort dehors tous les soirs. Je ne veux pas savoir avec qui.

J’aime regarder la télé. J’aime aussi regarder le meuble à côté et les murs.

Tu as raté ma vie.

J’ai peur du dentiste ; lui, n’a pas peur de moi. La vie est vraiment dégueulasse.

-Quels livres me conseilles-tu ?
-Les miens.
-Ils sont bons, au moins ?
-Même pas.

Nous marchons, sans le savoir, sur des cimetières. Nous dormons près des morts. Ils devraient nous être familiers.

Installer un hamac entre deux nuages et attendre qu’un peu de vent nous porte en douceur vers un ailleurs.

Nous vivons parfois sur le bas-côté de la déroute.