16 juil. 2010

Son 1er (et sûrement pas son dernier)


Hâte de recevoir et lire cet opus de l'excellente Marlène Tissot.
Voici ce qu'elle en dit: "Mon nouveau-né, tout petit mais conçu avec beaucoup d'amour, chez un éditeur pas comme les autres : "Celui qui préférait respirer le parfum des fleurs" n°46 dans la collection 8pA6 de La Vachette Alternative. 13 petits poèmes hommage à Elliott Smith. Voilà, je suis émue..."

14 juil. 2010

Entre flux & regard

J’hésite entre un camescope
&
Un stéthoscope
Pour
Suivre des yeux
Quelques passants
Plus ou moins pressés
Jusqu’à les voir disparaître à l’angle
Du distributeur de billets
&
De la boulangerie
Où le sourire et les seins de la serveuse
Rivalisent de rondeur avec
Les cannelés tout chauds
Un jogger fait du surplace
Puis file sur l’autre rive
À un rythme toujours régulier
Quand le feu passe au vert
Je suis
À la fenêtre
Torse nu
En slip
&
Je fume
Ma treizième cigarette
Depuis ce matin
Je ne pense pas pourtant que je pourrais m’asseoir
Sur un banc
Pendant d’aussi longues minutes
En donnant quelques miettes de plus aux pigeons
Gras
Comme le fait ce vieil homme
Solitaire
Le soleil tape sur la ville
Ecrasée d’inconfort
D’odeurs
&
De phantasmes morts nés
J’hésite encore entre mouvement
&
Immobilité

10 juil. 2010

Quelques (presque) nouveautés














Eric Dejaeger nous offre son Seigneur des ânes aux Editions Maelstrom.

JM Flahaut a sorti Aliéné(s) aux toutes nouvelles Editions des Etats Civils (issues de la revue numérique éponyme).

Hélène Dassavray sort Des contes et des faits.

Thomas Vinau (au texte) & Magali Planès (aux illustrations) sortent Nuisibles.
Et Patrice Maltaverne a publié "Prélude à un enterrement sur la lune" avec des dessins de Patrice Vigues, aux -36è Editions.
Leurs sites sont en lien ici (sur votre droite).




Abdelkader Djemai (1948)





























Quelques-uns de ses livres:
-Un été de cendres (1995)
-31, rue de l'Aigle (1998)
-Camping (2002)
-Gare du Nord (2003)
-Le nez sur la vitre (2004)
-Zorah sur la terrasse (2010)
.
Abdelkader Djemai est né en 1948 à Oran et vit en France depuis 1993.
Enseignant puis journaliste, il a publié son 1er roman à l'âge de 30 ans.
"Pour Abdelkader Djemaï, ses romans lui permettent à la fois de dire la mémoire algérienne avec la langue française et d’écrire pour les siens parce qu’ils sont loin de lui."




Microbes #60



Joyeux anniversaire: l'excellente revue fondée et animée par les sieurs Eric Dejaeger & Paul Guiot fêtera ses 10 ans d'existence en Septembre.
Longue vie!


Préparé par Marc Bonetto, le 60ème numéro du Microbe est sorti.
Un beau sommaire: collages de Santa et textes d’Alexis Alvarez, AppAs, Florence Boutet, Hamid Chafi, Bernard Deglet, Patrick Frégonara, Cathy Garcia, Nadia et Alain Giorgetti, Christine Jeanney, Jean L’Anselme, Michel Lequenne, Serge Maisonnier, Véra Mund, Alban Orsini et Thomas Vinau.

Les abonnés « + » ont également reçu "Tristana, d’un trait", mi(ni)crobe signé Thierry Roquet.
Il s'agit du 25è mi(ni)crobe de la collection.

Pour tous renseignements, contactez Eric D.



6 juil. 2010

passe quand même

tu es assise à côté de lui
sur le siège du mort
non pas qu'il soit plus
vivant que toi
et ce siège-là te va bien
mais tu ne veux pas mourir
dans une carlingue défoncée
sur l'autoroute A6
tu ne dis rien
tu regardes le paysage défiler
le front collé de biais à la vitre
tu ne retiens même pas
le nom
des villes à proximité
le temps est changeant
tu regardes l'heure
tu jettes un oeil de temps en temps
vers le tableau de bord et tu tentes de deviner
la vitesse et tu marques un point dans ton
for intérieur et tu sens que ça l'énerve
&
tu penses que rien ne change
vraiment
tu demandes si tu peux allumer une clope
parce que tu t'ennuies
parce que tes doigts s'agitent
parce que ton corps s'agite
il te répond souvent par des monosyllabes
il répond ouais
&
c'est pas plus mal
parce que
ça t'évite de te sentir
obligée de lui sortir des trucs intellligents
ou drôles ou simplement usuels
&
il te dit qu'on est arrivés
dans moins de cinquante kilomètres
&
tu fais semblant de n'avoir rien
entendu de n'avoir rien
à ajouter
&
de toute façon
le temps passe quand
même

1 juil. 2010

les draps par terre

il y a des fleurs
le long de la route
des réverbères tous
les dix mètres
c'est la nuit
il y a des boutiques
aux yeux baissés
des bouts de papier
abandonnés des empreintes
de pas ou d'huile
c'est la nuit
il y a encore quelques
passants un chat silencieux
&
des insectes
par centaines
&
la lune
borgne
&
derrière moi
ta chaleur
s'endormant
tout
en travers du lit
&
les draps
par terre comme
une évidence

30 juin 2010

dans la chambre
forte
ils gardent le secret
de leur amour

petite mine

le docteur l'a
examiné
et lui a trouvé
un kyste poétique
(assez purulent)
j'ai ouvert la porte
(où tu pissais)
en même temps que ma gueule
(de bois dur)
avant de fermer les yeux
(les deux alternativement)
et de glisser
mes doigts
le long
de ta petite culotte
en poils
de crocodile
ou d'albatros
à deux euros
cinquante
(je n'ai plus de monnaie
à présent pour / ...)
et d'en sortir indemne
et d'en sortir encore
plus amoureux
m'a regardé de travers
j'ai dû me pencher
m'a lancé fils de pute
j'ai nié de toutes mes forces
l'a sorti son couteau
j'ai dit c'est pour aller où ?
l'a planté dans mon bide
j'ai pas compris pourquoi (puis j'ai compris quand même)
l'a goûté mon sang
lui ai tendu une paille
l'a tout bu le salaud
et avec quoi je vais vivre moi ?

10 juin 2010

Souci du détail

à coller ses yeux sous une loupe au stuc des murs
en croyant qu'il est probable qu'il est possible
d'y trouver des indices des éclaboussures minuscules
parce que le temps presse
parce que le corps n'est plus là
parce qu'il ne lâchera pas l'affaire
la femme le regarde faire et se
demande s'il sert vraiment à quelque chose ici
mais elle pointe l'objectif de l'appareil
vers le doigt tendu indiquant ce qu'il faut faire:
prends-ça en photo, Rachel.
prends-ça aussi, ça peut-être intéressant
chaque fois le flash crépite
après une matinée ainsi passée
à scruter chaque recoin de la pièce sombre
ils s'en vont
chacun de leur côté
lui s'assied à la terrasse d'un bar
commande une bière bien fraîche
et lui viennent des tas de pensées sur les affaires
jamais résolues et qui l'obsèdent
à n'en plus dormir certaines nuits des bouts de pensées
qui défilent et en terminant sa bière il a envie de dire STOP
à cette infernale machine du cerveau
il se lève il marche longuement il traverse
des quartiers il veut marcher
jusqu'à faire le vide et quand il rentre
chez lui sa femme est endormie
sa fille est endormie
et un mot est laissé sur le table:
"je sais que tu veux faire de ton mieux
mais s'il te plaît renonce. Pour nous. Je t'aime."
j'aimerais ne pas singer autant
le jour qui suit avec celui
d'avant ce n'est pas dramatique
après tout il suffit de se laisser porter
par cette sorte d'ennuyeux mouvement
de flux et de reflux
en un périmètre limité
les habitudes ont la vie dure
la caissière juste en face
(je l'aperçois de ma fenêtre)
fait défiler les produits domestiques
à une allure folle
les jours de pointe
sur le déroulant mécanique
la mère avec sa poussette
(je l'aperçois de ma fenêtre)
traîne chaque matin ou
chaque après-midi des sacs
emplis de courses en essayant
de calmer l'enfant qui s'étrangle
(lui aussi je le vois quand il bouge)
l'étrange vapeur qui suinte des rues
coule à un rythme
régulier
parfois fait la buée
à ma fenêtre quand j'y pose le nez ou un doigt
de curiosité
le jour qui suit avec celui
d'avant ce n'est pas dramatique

21 mai 2010

les oiseaux font
le guet
pour que personne
ne s'envole
les voisins font
le guet
pour que personne
ne sorte
j'ai agité
un drapeau blanc
et
leur ai lu
un poème
de Blaise
Cendrars
elle a
glissé
sur le trottoir
s'est
retrouvée
perchée
en haut d'un toit
voyant le
monde
sous un autre
angle
(discours d'un monde à l'envers)
il y a ceux
qui
vendent
de la mauvaise
came
il y a celles
qui vendent
leurs corps
(comme elles peuvent)
&
il y a ceux
qui prennent
les deux
le soir venu
on tire
la couverture
sur la ville
&
on lit
les pages
écrites
aux fenêtres
d'un doigt
il y a
cette femme
en bas de chez moi
assise
contre un mur
il y a
des fenêtres
et
des gens
autour
se vider
les couilles
pour
se remplir
les poches
(discours d'un échange)
l'éducation
qu'on donne
n'est ni bonne
ni mauvaise
en soi
elle est simplement
au dessus
de nos moyens
(discours de la paternité pour une pré-ado)
le travail c'est
la santé
ceci explique
sans doute
pourquoi
je suis
souvent
malade
(discours d'un sans emploi)
Noyer
sa peine
dans l'alcool
et la boire
cul-sec
(en se souvenant
de nos comas
éthyliques)
(discours des années 90)
A chaque jour
suffit
sa pine

(discours de la chaudasse)
est-ce que les mots
dans un poème
ont
la liberté
de partir
&
de revenir
un peu en retard
désolé
(j'ai failli ne pas venir
ne pas me lever - fâcheuse
habitude)
j'ai découpé
les morceaux
(ceux que vous
m'avez demandés)
j'ai suivi les
flèches
j'ai grimpé les
escaliers
je n'ai croisé
personne
les mouches m'ont
suivies
je vous apporte
un peu de
mes entrailles
en cadeau
un peu en retard
vraiment
désolé
vous m'en voulez
toujours ?

immeuble

il est arrivé dans le hall
immense
où circule déjà
beaucoup de monde
dans un désordre
organisé
il montre son badge
à la sécurité
des hommes élégants qui trimballent
de petites sacoches en cuir
s'arrêtent parfois
pour saluer
des femmes vêtues de robes lègères
et élégantes
les voix semblent étouffées
par une sourdine
commanditée
devant l'ascenseur
il se poste
parmi d'autres
il fait la queue
chacun semble fasciné par
les numéros d'étages
"4" "3" "2" "1"
un petit bruit (discret)
la porte s'ouvre
une voix enregistrée
dit bonjour
la porte se ferme
blotti dans un angle
en silence (essayer de fixer le regard
vers le vide intérieur)
il attend patiemment
de pouvoir sortir
en espérant ne bousculer
personne
il salue poliment
en réponse à un bonne journée
une fois dans son bureau
du 8è étage
il se met à son aise
il jette un oeil par
la fenêtre
il énumère dans sa tête
les tâches
qu'il a à accomplir
aujourd'hui
il suit le vol
imprévisible
des étourneaux
il s'assied devant son ordinateur
et avant toute chose il
sort un petit calepin
dans lequel il
consigne
soigneusement
ses premières impressions

20 mai 2010

revenu d'un souvenir d'enfance

pas l'habitude d'y revenir
pourtant
pas l'habitude de clarifier le temps
qui me paraît si loin (si effacé)
mais un matin (et je crois bien
que c'était ce matin)
cela faisait suite à un rêve qui aurait
mal tourné
m'est revenue cette scène
avec mon frangin quand nous
étions enfants
au fond du jardin la pente
étant descendante
la maison vue d'en bas nous semblait
gigantesque
monstrueuse
elle devenait une demeure
étrangère
autoritaire truffée de
présences maléfiques
(et il s'amusait visiblement à me foutre
la trouille en pointant du doigt
un cimetière "possible"
à proximité)
nous nous tenions près
de la petite rivière
dans l'ombre de la fin d'après-midi
nichée sous quelques arbres vieux
et voûtés
une petite rivière facile à enjamber
que mon frangin sauta d'un bond aérien
il me demanda de le suivre
à l'aventure
dans le grand champ de poussières de pierres
et de terre séchée (et plus loin
d'autres champs d'autres terrains vagues
des gens qu'on ne connaissait pas)
mais je restai bloqué un pied
de chaque côté de la rivière
et me mis à chialer
tandis que lui riait et se foutait
de moi et je ne parvenais
toujours
pas à choisir un abord de la rive
j'ai dû resté bloqué là quelques secondes
quelques minutes
je ne m'en souviens plus je
ne me
souviens plus de la
suite et c'est sans importance
je ne retiens que ça
cette sensation finale du souvenir
comme si elle
était un écho au temps présent
(vivace autant qu'inéluctable) et
que j'étais encore d'une certaine façon
cet enfant suspendu entre des
choix impossibles
(mais c'est sans doute une interprétation
parmi d'autres)

10 mai 2010

ils sont là, distants mais là, on les sent, inflexibles, venimeux, parasites, dans les arbres, nichés sous les feuilles, calfeutrés dans les branches, étendus par les ombres, ils ont de longues mains griffues, des serres, des crocs affutés, du sang à boire, une langue gluante qui se déploie, ils ont des yeux perçants, calfeutrés quand ils sont traqués, étirés quand ils fuient, ils ne fuient plus, ils sont là, distants mais là, dans un terrier, sous le sol, dans des galeries creusées par d'autres, qu'ils ont prises d'assaut, affamés, toujours affamés, tuant tout sur leur passage, hurlant, gémissant, jusqu'à ce que tout se taise alentour, hormis le bruit sec de leurs écorchures sur les corps tièdes, sur les os froids, hormis leurs courses frénétiques, qu'on dit sexuelles, sans trop savoir, sans qu'on les voit, ils sont là, c'est certain, ils nous font tourner la tête, ne sont pas partis, ils rôdent, ils ne comptent plus partir, ils n'ont plus peur, ils nous ont vus, ils sont à l'affût, nous ont vus

8 mai 2010

peut-être sous contrôle

peut-être dire
&
peut-être dire
mieux les arguments
&
peut-être regarder
bien en face
&
peut-être ne pas
ciller
&
peut-être ne pas faire
attention aux battements
du coeur aux pensées
parasites aux bouffées de
violence
&
peut-être se faire avoir
quand même

7 mai 2010

laverie et coup de poing

la machine chez nous est en panne. je passe à la laverie à deux pas. je ne mets pas de majuscule: je n'en mérite pas, je baisse la tête. je porte le sac de linge, je ne suis pas sisyphe, je suis sur le trottoir, temps maussade, vendredi matin, j'ouvre la porte, je fais bonjour, une seule personne est déjà là, elle me répond pas, je choisis la machine "6", la plus proche des séchoirs, je dépose le linge, je glisse deux euros dans la fente, je vais mettre un point à la phrase pour respirer un peu. ce sera fini dans 45 minutes. ça démarre. je sors fumer une clope. un mec me demande une clope. j'en file une. avant qu'il ne s'en aille je lui demande de rester un peu pour que je puisse faire une description de lui dans le texte. il me dit pas possible je suis pressé rien à foutre de ton texte mais merci pour la clope. pas grave je réponds je vais t'inventer une tronche pas possible. donc: un mec très con me demande une clope, il est moche comme un cul, gras, très gras, dans les 147 kilos, a des verrues partout, pue la pisse et la sueur mélangées, il a l'allure d'un serial killer en train de chercher une proie à violer à tuer à découper. tu l'auras voulu je lui hurle. je mets une parenthèse dans tout ceci, une parenthèse en cours: le mec est revenu vers moi, menaçant, j'ai pas flanché, il m'a filé un coup de poing dans le nez. je saigne. j'ai horriblement mal. pas de ma faute si le texte est un peu à cette image de moi et qu'il vous sort par les trous de nez poing barre point final.

5 mai 2010

Au dîner

Au dîner,
les pieds sous la table
le dos sur le dossier de la chaise,
il regarde les miettes de pain
à proximité de son assiette
-Y'en a beaucoup, dis donc
-De quoi ?
-Des miettes. C'est du pain d'hier ?
-Oui
Puis
Ils se taisent de longs instants
Puis ils
regardent l'heure
avalent rapidement leur pain
avec le fromage puis le yaourt
Puis
il repense à ce qu'elle lui
a dit au téléphone quand il était
là-bas de ne pas trop
s'en faire pour demain
que tout va bien se
passer
-Oui, tu as sans doute raison
il avait alors répondu
Elle lui avait répété de pas trop
s'en faire que tout va bien se
passer hein
-OK, je vais pas me laisser faire
Elle tente un sourire
Puis
elle le regarde fixement:
-Y'a effectivement beaucoup de miettes
Il tente un sourire
juste histoire de faire semblant
d'y croire
tout comme elle

courants d'air

dans le bus
191 de 7h37 c'est pas comme
dans le bus
191 de 18h54
ou de 22h34
non seulement l'heure (n'est pas la même
mais l'inclinaison du soleil (s'il est là, droit devant ou en hauteur
mais l'angle de la lune (si elle est jaune ou bleue
mais l'oblique des visages (selon l'agressivité
mais la déformation des voix (selon la fatigue
mais le bruit d'ouverture des portes (plus ou moins énervant
mais la fréquence des arrêts (selon les présences
mais la qualité du conducteur (variable mathématique aléatoire
NE SONT PAS LES MEMES
Alors
oui vraiment
dans le bus
191 de 7h37 c'est pas comme
dans le bus
191 de 18h54
ou de 22h34
et je confirme
que je ne suis pas
le même non
plus
ne pas oublier la fin de la parenthèse )
Les longs trottoirs
se sont rangés
dans un caddie
près du supermarché
En attendant le jour
qu'on les déplie
qu’on les piétine
De mille façons

Ca me ferait du bien, paraît-il

Je pourrais pousser
la porte

Sortir d'ici

et me retrouver dehors
en quelques secondes

Alors ?

Il n'est pas encore l'heure (9h55)
je me dis

Il n'était pas non plus l'heure
(hier, avant-hier)

Alors ?

Je suis bien chez moi
chez nous
j'irais faire qui
dehors ?
J'irais faire quoi
d'essentiel ?

Ici
chez moi chez nous
Il y a le lit (à faire)
l'aspirateur (à passer)
des textes (à lire, à écrire, à corriger)
Ici
pas de regard, juste la fuite (je sais, tu as raison)

Alors ?

Ca me ferait du bien, paraît-il
de sortir
mais je suis bien
ici
chez moi, chez nous
(on en reparlera plus tard, ok ?)

Joyeux Anniversaire, Dada !



Alias Saida (35 ans)

4 mai 2010

Celui qui ne comprenait pas (Marlène Tissot)

Il y a les jeunes qui
n’aiment pas les vieux
et les vieux qui
ne supportent pas les jeunes
lui, il n’est ni vieux ni jeune
il ne comprend pas pourquoi
les gens, souvent
ont peur de ce qu’ils
ne sont plus
ou méprisent ce qu’ils
finiront par devenir

Rachid Taha




3 mai 2010

j'ai peur mais
je n'ai pas peur de vivre
je n'ai pas peur de vivre mal
je n'ai pas peur de vivre longtemps
déjà je vis
et je vis mal
et je vis mal depuis longtemps
longtemps s'est incrusté
longtemps est comme figé
longtemps je vis avec
il n'y a plus qu'à suivre

j'ai peur mais pourquoi
qu'est-ce-que vivre mal
qu'es-ce-que vivre
tout simplement
ce n'est pas simple justement
ce n'est pas simple du tout
ce sont des mots
qui viennent
sans rejet sans projet
ce sont des mots
en deçà de la peur
en deçà de se dire
pourquoi
j'ai peur avec
je ne sais pas je ne sais que dire
ça depuis longtemps
Le ciel
Est dégagé ce soir
Les étoiles ont les yeux
Qui brillent
C’est un soir empli
D’émotions
Sa vie
Quand elle dort
Est plus insaisissable
Qu’une ombre
Chinoise

Le dernier Dan Fante



Titre: LIMOUSINES BLANCHES ET BLONDES PLATINE
Auteur: Dan Fante
Traducteur: Philippe Aronson
Parution avril 2010
Nbre de pages: 320 pages
Prix: 19 euros
"Écrire, pour Dan Fante, n’est pas un divertissement, c’est une question de survie. Depuis qu’il a retrouvé la machine à écrire de son père dans la maison familiale, les mots se sont mis à jaillir en un flot continu qu’il ne peut arrêter. Limousines blanches et blondes platine raconte cela. On y retrouve Bruno Dante, le double de Dan, à Los Angeles, au volant non plus d’un taxi (Régime sec), mais d’une limousine. Les virées en bagnole, les incidents, les tranches de vie s’enchaînent. Pour autant, sa folie et sa colère demeurent. Son frère Nick meurt, les fantômes reviennent… Ne reste que l’écriture pour calmer la peur et rester en vie." (13è Note éditions)

2 mai 2010

entrecequiseretient
l'espaceconfinédu
dedans
entrecequinoussort
l'espaceconfinédu
dehors
entre les deux
une ou plusieurs
présences
à mi-chemin
du réel
&
du plus que plus que
lointain

Scène d'ici ou d'ailleurs

Il fait sombre.
Les escaliers sont étroits
et raides.
Il est à la cave
en train de faire des trous
dans le mur.
J'approche.
Il s'interrompt.
-Salut p'pa, tu fais quoi, là ?
-Tu vas? Je vais y accrocher mes tableaux.
La perceuse se remet en route
et fait un bruit de
tous les diables en même temps
que la dense poussière alentour
empêche de respirer convenablement.
Ca me fait tousser
le paquet de clopes déjà fumé
le goudron dans les poumons
les résidus dans l'air sur la route.
-Tu veux pas les mettre plus en évidence ?
-Hein ?
Je lui fais un signe de la tête
pour lui signifier pas grave et que je remonte à l'étage.
Avec la lampe de poche pour l'éclairer
il est concentré comme jamais.
-On n'y voit rien dans ta cave et c'est trop humide.
Mais il ne m'entend plus.
Je me sers une bière dans le frigo
et quelques gâteaux secs.
-M'man, j'savais pas que vous aviez des tableaux.
-Tu parles, y'a jamais eu d'tableaux.
-Ca fait longtemps qu'il est comme ça, papa?
Maman répond pas et demande si je vais rester pour
la nuit.
-J'pense pas.
-Ton frère vient pas souvent nous voir, non plus...
un jour il nous faudra renoncer
il faudra faire place
nette
entreposer tous nos souvenirs
dans la chair d'un fauve
et les remplacer par des corps
flottants des corps longuement
immergés
dans les gaz transparents
afin de terminer le voyage
sans poser les questions qui
retiennnent

ne pas finir comme ça

Mô tourne en rond
dans le hall
allant et venant
d'un bout à l'autre
du couloir
il compte ses pas
il ne parle à personne
il n'a envie de rien faire
s'arrête parfois pour lire des
mots qui sonnent comme des
recommandations
dans l'embrasure d'une porte
la porte 141
une femme de dos
accompagnée d'un jeune enfant
disent au revoir à
demain sans doute
avant de refermer doucement
la porte
la porte 141
il a vu déjà l'homme dans cette chambre
que les infirmières ont du mal à calmer
la nuit quand les lumières
s'éteignent il hurle qu'il a peur des
monstres du malin dans l'armoire
dans les chiottes dans sa tête
partout
Mô ne sait plus quand il est arrivé
là ce devait être un dimanche
il y a deux semaines
il y a un mois
il se sent mieux mais les médecins
ne partagent pas son avis ce sont
des abrutis qui
m'abrutissent
quand il passe devant un petit bureau
celui des secrétaires
en blouse banche elles
aussi
deux voix
rigolent
parlent haut & fort
de dieu sait quoi
Mô songe à se faire la malle
car ce n'est plus possible de
devoir attendre ainsi
la prochaine visite
de sa femme de sa fille ses
amis ses parents sans savoir
si le monde
continue bien sans lui
là-bas
c'est important de
savoir
dans la petite salle au fond du couloir
une vieille femme en robe de chambre
lit une revue de mode elle parle toute
seule elle semble absente
et Mô ne voudrait pas
finir comme elle

1 mai 2010

Roger Vailland (1907-1965)




Quelques-uns de ses livres, en vrac:
-Les mauvais coups
-Drôle de jeu
-Un jeune homme seul
-Eloge du cardinal de Bernis
-Bon pied, bon oeil
-325.000 francs
-Le regard froid

Barbecue sauvage après la fin du monde

La nuit est claire et froide
ce soir
Nous sommes assis autour du feu
qui crépite
d’impatience tout
comme nous
taciturnes
en milliers d'étincelles
La lune pleine nous fait de
l'oeil et nos dernières gesticulations
de vie la laissent indifférente
Nous veillons le feu pour
ne pas qu'il s'éteigne
Nous avons froid
Nous ne parlons pas
Nous en avons perdu l’habitude
La viande est rare à présent
l'herbe est rare
les bois sont rares
Nous avons faim
nous crevons la dalle
nos estomacs sont vides
depuis des jours
et
des jours
Il ne nous reste que des vieilles femmes
et
des vieux hommes
malades
et
malingres
sous la tente
Nous nous levons alors
pour embrocher
l'un d'entre eux sur les braises
du feu
qui crépite
Il est déjà loin le temps
quand nous nous excusions
presque
de devoir agir de la sorte
avec les plus jeunes.

Jouer du piano ivre... (Charles Bukowski)


30 avr. 2010

sursis

ça se clipse avec un petit bruit
ça ne fait pas mal
il a l'habitude
il s'assied replace sa main droite
sur le poignet droit
sa main gauche sur le poignet
gauche
son oeil droit dans son orbite droite
son oeil gauche dans
l'orbite gauche
son pied droit
juste au dessous de la cheville droite
son pied gauche sous
la cheville gauche
il se lève va jusqu'à la glace
tire sur ses lèvres
de sorte de voir un sourire apparaître
il manque encore quelques pièces
irrémédiablement perdues
il a mis un pansement pour cacher le trou
béant au niveau du sexe
et des poumons
et du nez
il ne se souvient plus comment
il s'appelle les mots reviennent pourtant
par moments
des mots gutturaux des blebleblebe
des rhrhrhr
il sort se promener dans la rue
le soleil ne tape plus aussi fort
sur le système sur sa
peau fragile
il marche péniblement
claudique
s'arrête
reprend sa route
il est juste soulagé d'appartenir encore
à ce monde-là
en poussant
un profond soupir
l'association organise chaque vendredi
soir une collecte
de sentiments
qu'on place
dans une corbeille duveteuse
à l'attention des plus démunis

malgré la pénurie de tendresse
et
d'empathie
depuis la crise économique
et bien avant
dit-on
l'association se refuse à mettre
la clé sous la porte

par crainte
des voleurs
et des
opportunistes
disposés à justifier n'importe quoi
pour se faire
aimer
il est entré dans une colère folle
parce qu'on lui avait tous
marché
sur les pieds
sans le faire exprès
et que le chien lui avait
pissé dessus trois
fois
comment pouvait-on deviner
que ses pieds s'étaient
pris dans les racines
d'un arbre et qu'ils
poussaient ainsi depuis des années
au rythme des
saisons ?

sous l'évier

on a retrouvé le
bouchon muqueux
sur une vieille bouteille
de Corbières
déjà entamée
et
l'accouchement a
pu se faire
dans un placard
de la cuisine
(après plusieurs
gorgées)
c'est souvent que des gens
disparaissent en
plein jour
sans qu'on retrouve
quoi que ce soit
avant des années
dans la boîte aux lettres
à mon attention
un mot griffonné dans une
enveloppe "cherche-moi"
derrière la porte
un oeil
sans visage
observe
les allées
et
venues
de deux
jambes
l'une cherchant
ses collants
l'autre
lui courant
derrière

à la charge

c'était l'année dernière
et l'année d'avant
et plus loin
je voulais qu'on fasse un enfant
j'ai insisté pour qu'on s'y mette
j'ai voulu la convaincre qu'on était fin prêts
qu'elle n'avait pas à s'en faire
que je trouverais bien un boulot mieux payé
que je m'occuperais des couches et
des biberons
que je commençais à vieillir quand même et
elle aussi et elle m'a répondu
qu'elle avait vu justement quelques cheveux
blancs
sur son crâne qu'elle en avait horreur qu'elle les arrachait
chaque fois sans attendre
et surtout qu'elle ne sentait en elle aucun
instinct maternel sans compter toutes ces prescriptions
médicales en me montrant sa boîte à pharmacie
qu'il fallait mieux DONC
y renoncer tout de suite
j'ai dit OK mais je savais déjà que
je reviendrai à la charge cette année
l'année prochaine
et celle d'après

Tout un programme

je me coupe les ongles des pieds
dans la salle de bain
elle se pointe derrière moi
de sa démarche traînante et
trouve que j'ai les pieds sales
mais ça n'empêche qu'elle m'aime quand
même dit-elle et quand elle se met à rire
on entend un bruit sec venu de dehors
elle me demande c'était quoi
j'en sais rien peut-être un coup de feu
je me coupe le dernier ongle du pied gauche
je me lave les mains
je nous regarde dans la glace
j'ai pas souvent réponse à ses questions
mais j'ai bien envie qu'on fasse l'amour
avant qu'elle ne prenne ses médocs
et puis il n'y a rien d'autre à faire
ici
à cette heure-là du soir alors je pose une
main sur son cul et je l'embrasse
goulûment

précède le sommeil tranquille

Notre lit près de la fenêtre
le miaulement d'un chat
les regards se tournent vers l'extérieur
nuit
nous ne voyons pas grand-chose
nos corps sans parole se réchauffent
les pieds
&
les lèvres
Tu as mis un pull avant de t'allonger
peut-être pensons-nous à la même
chose
peut-être
pas
tu m'as soufflé à l'oreille
que nous étions bien là tous
les deux
au troisième étage
il n'y aura pas de glissement
de terrain il n'y aura rien
de mauvais
&
le glaçon lunaire a déjà fondu
dans la chaleur de
ces derniers instants
nuit noire

29 avr. 2010

d'abord un voile

la nuit pose sa pénombre

sur le jour

les révèrbères s'allument
les phares s'allument
les lampes s'allument

pour ne pas qu'il

perde pied & qu'on sache où
le dénicher

qu'on ne le retrouve pas
pendu au petit matin

que ferions-nous de son cadavre ?

et chacun s'est séparé ensuite

il s'est mis à pleuvoir
quand il est sorti du métro
à pleuvoir à verse et une chaleur
moite et un vent violent
et des éclairs dans le ciel et le bruit
du tonnerre qui approchait il entendait
les gens répéter qu'il pleuvait vraiment fort et
que c'était un temps de chien

il est entré dans le Relai H en
attendant et il a feuilleté des revues les unes
après les autres et il a vu une grosse caméra
qui le suivait il a regardé en direction du caissier
à lunettes un bonhomme d'une cinquantaine d'années
qui le scrutait méchamment et il est
retourné près des gens qui répétaient
encore que le temps était carrément pourri
qu'on était mieux sous le porche que ça n'allait
quand même pas durer toute la soirée
il a allumé une clope il s'y est pris à plusieurs reprises
à cause du vent et il a aperçu un clochard
qui venait vers lui et il a hésité avant de lui
filer son avant-dernière clope le clochard a dit
merci de sa voix rauque avant de retourner
s'asseoir près du mur poisseux et sale et
la pluie semblait vouloir diminuer d'intensité

Ces mains (de Guillaume Siaudeau)

On ne peut pas oublier ces mains. Ses mains. Qui se sont frottées à l'osier, qui ont construit des paniers comme on bâtit des empires. Simplement. Qui ont plongé dans la gueule des brochets pour en extraire hameçons poisseux et vifs à l'agonie. Ces mains qui ont taillé du bois, enlevé des épines, passé le motoculteur sur les champs de mine des jardins. Des mains ridées. Les plus ridées qu'on connaisse aussi bien. Des mains de grand-père quoi. Qui ont dépecé des lapins et caressé les œufs du poulailler, quand les poules étaient encore rentables. Ces mains comme des vieilles branches crochues qui ne sortiraient jamais de l'automne. Qui n'ont pas changé d'un iota. Qu'on touche parfois des yeux quand les paupières sont closes. Ces mains qui ont cueilli plus de fleurs que nos pieds n'en ont écrasé. Ces mains qui n'existent plus. Mais qu'on n'oublie pas. Car tant qu'il y a des brochets et de l'osier dans les souvenirs, il y a encore ces mains sacrées, juste à côté, qui tiennent un verre de vin rouge et qui tremblent.


*
Pour aller visiter son blog la meduse et le renard

Quelques sorties très attendues







-Shopping ! Bang Bang ! (Jean-Marc Flahaut & Daniel Labedan) (Editions A plus d'un Titre - 130 pages / 13 euros)
*
-Le Seigneur des Anes (Eric Dejaeger) (Editions MaelstrÖm reEvolution - 112 pages / 12 euros)
*
-Boucle d'oeil (Guillaume Siaudeau) (Editions Nuit Myrtide - 54 pages / 10 euros) (Illustrations de Magali Planès)
*
Plus d'infos sur ces 3 bouquins ici, encore ici et

disséminées là-haut

les voitures sont lancées à
vive allure

sur l'autoroute

en pleine nuit elles suivent
la voix lactée sans se soucier
des villes

des sorties
des péages

d'ailleurs il n'y a personne
en sens inverse il y a du monde
un peu partout

en pleine nuit elles ne suivent
que leur intuition sans se soucier
des inscriptions

des stations service
des pointillés sur la droite sur la gauche

les voitures sont lancées à
vive allure

sur l'autoroute

et les phares rouge ou jaune qu'on voit
sont le filant de leur étoile

il n'est pas sûr qu'on les retrouve
un jour
les instants d'avant essayer
de rester calme
ce n'est pas facile malgré le gobelet
de café et le sourire de l'hôtesse
d'accueil
entrer dans son bureau, c'est assez
intimidant il me fait signe
de m'asseoir je pose ma veste froissée
je m'assieds
il consulte ses fiches il me regarde
d'un air dur d'un air grave il tente parfois
de sourire
je ne sais pas ce qui
va sortir de ce silence pesant je
ne sais pas à quoi m'attendre
exactement
alors j'attends qu'il veuille bien
commencer j'essaie de me tenir
convenablement sans faire de bruit sans déranger
la fausse quiétude entre nous je
pense au pire mais j'y avais déjà songé
d'une certaine manière
il se racle la gorge
il revient sur des évènements vieux de
plusieurs années puis sur de plus récents
sa voix est hésitante
son débit monocorde
son regard m'évite à présent et j'ai
l'impression que quelque chose d'indéfinissable
et de retors s'est incliné vers moi
quand il m'a tendu un stylo pour signer
ce papier que j'ai signé quand même
ne pas rester plus longtemps assis
en face de lui.

28 avr. 2010

il se plaint d'avoir une couille enflammée
tellement douloureuse qu'elle pourrait
grossir à vue d'oeil puis se détacher subitement
comme une exoplanète perdue quelque part
il lui demande de faire gaffe la prochaine fois
qu'elle le suce à gorge déployée ce n'est
pas qu'elle s'y prenne mal mais on ne sait
pas grand chose du big bang et des fins fonds
de l'univers
elle se rend chez lui pour
la première fois elle monte les étages
en se tenant à la rampe car
les escaliers sont étroits quand
elle frappe à la porte plusieurs coups
c'est la porte
d'à-côté qui s'ouvre et une vieille
femme la dévisage sèchement
elle finit par lui dire
que ce n'est pas la peine de frapper
plus longtemps
il n'y a plus personne ici plus personne
à part moi
et elle referme la porte à double tour:
la mort est déjà venue petite et
elle avait tes yeux

fouiller dans les poubelles

pour y trouver de quoi manger
de quoi trinquer de quoi dormir
de quoi sentir de quoi baiser
de quoi parler de quoi partir
de quoi pour soi de quoi se changer
de quoi rêver
de quoi la merde
de quoi la vie
de quoi se cacher
jusqu'à l'aube
avant le camion
des éboueurs
les gens ne font pas attention à lui
mais il a l'impression du contraire
ils ne sont pas moins sales que lui
ils ne sont pas forcément plus mal
ins il se torchent le cul il n'est pas l
e seul dans ce cas il est dans les ch
iottes à s'essuyer le cul tandis qu'u
ne voiture passe avec un haut-parl
eur il ne comprend rien à ce qu'elle
dit il n'est pas le seul dans ce cas il
se répète ce qu'il faut faire les gens
ne font pas attention à lui pourquoi
l'impression du contraire ici ou là
assis sur le banc il regarde les toits
devenir des incisives et les oiseaux
des interrupteurs et le bitume une sorte
de livre illisible et quand une femme
lui demande si la place à coté
de lui est libre il fait un geste de la
main comme pour s'envoler
vers les pays moins chauds sur son banc
migrateur et seul

Elliott in a white suit (Marlène Tissot)

Le type au costume blanc
avec les cheveux sales
avait quelque chose
d’un ange mal déguisé
quelque chose d’un
papillon aux ailes froissées
perdu dans le ciel
un jour de grosse pluie

bleu ciel

le ciel bleu
s'est allongé dans un transat
au bord de la piscine

sous le parasol
le ciel bleu
s'endort paisiblement

tandis que volent
joyeusement

des insectes à califourchon
sur deux nuages
de fleurs

le ciel bleu
rêve qu'il est plus qu'un ciel
plus qu'un ciel bleu

pas si volatile

ils se parlent de choses
et d'autres

d'humeur légère

ils se taquinent ils
plaisantent

ils se forment un abri
solide entre leurs bras
entre leurs baisers

ça devrait ne jamais
cesser d'être

aussi volatile qu'une montée
vers l'orgasme

27 avr. 2010

ainsi la perception

les corps grondent
comme des cascades

dans le lointain

et le lointain s'approche
le bruit ne s'arrête pas

ce bruit

attire les voyageurs
et leurs pensées

dérivent

au fil de l'eau
dans le frémissement

des os

leurs propres os
laissés à la poussière du temps

les mots dans les bouteilles

quand la nuit tombe sur
mes épaules

que mes épaules tombent
sur le lit

que le lit tombe jusqu'
à la cave

je sens le corps humide des
araignées

tisser des mots dans les
bouteilles

une miette, une aile

des miettes sous la table
des miettes de pain
dur

mais les oiseaux n'entreront
pas sans me filer

leurs ailes
ça vaut bien une
miette

8 fois sonné

le radio réveil sonnera
huit fois d'affilée

la loupiote

me dit qu'il faut aller
me coucher
mantenant

et c'est lové contre
ton cul

chaud bien avant que tu n'éteignes
à la huitième sonnerie et

que tu me pousses de là

Microbes #59 - Un beau générique


Le 59ème numéro du Microbe est bouclé !


Au sommaire : Nicolas Brulebois, Théophile de Giraud, co errante, Christophe Esnault, Jason Heroux, Diana Magallón, Carmelo Marchetta, Louis Mathoux, Jean-Baptiste Pedini, Thierry Roquet, Guillaume Siaudeau, André Stas, Marlène Tissot, Philippe Vidal, Thomas Vinau.

Illustrations : Piet Linken


Les abonnés le recevront début mai.

Les autres ne recevront rien.

Pour tous renseignements, contactez Eric Dejaeger

au fond d'un verre coincé

la porte de la supérette porte coulissante s'ouvre et se ferme
au gré de leurs allées et venues ombres mouvantes
qui précèdent les pas se croisent sans rien dire
des façades ravalées d'autres abîmées des visages des couleurs
des silhouettes vues de haut une femme qui se tient droit
devant une devanture un homme promène
son petit chien roux comme sucre de canne lève la patte
sur un revèrbère un scooter vient faire une livraison en face
un cycliste se faufile dangereusement entre les voitures
une petite bande bruyante traverse le trottoir et ça se sait
klaxons en tous sens des voitures stationnées feux de détresse
sans au-delà le soleil penché sur un azur stagnant
comme au fond d'un verre le moucheron coincé
il a pris sa voiture pour aller au boulot
en plein dans les embouteillages du matin
il a écouté la radio il voulait de la musique
joyeuse qui lui donne envie de continuer à
rouler -même lentement- puisqu'il n'avait aucune
raison apparente de se sentir aussi pressé
d'en finir sauf qu'en plein dans les embouteillages
du matin il a écouté une émission sur
le malaise au travail et il avait beau vouloir
changer de station de radio et fumer une
clope en baissant la vitre et respirer un peu
l'air du dehors c'était un air qui lui rappelait
sans cesse combien sa tranquillité avait
un quelque chose de fracassé combien sa présence
là-bas émettait des signaux de detresse
plus ou moins perceptibles
quand le téléphone a sonné j'ai
décroché et une voix de vieille femme
a demandé à parler à Albert j'ai dit y'a
pas d'Albert ici elle a insisté pour parler
à Albert j'ai répété que c'était une erreur
mais elle a répondu que je mentais et qu'Albert
devait se cacher quelque part et la
voix de la vieille femme est devenue un sanglot
puis un second sanglot alors je lui ai dit qu'Albert
était parti de bonne heure dieu sait où
et qu'il finirait bien par rentrer un jour ou l'autre
et qu'il ne fallait pas s'en faire et que je devais
raccrocher à présent

se donner un air

la jeune fille avait l'air heureuse
en sortant de la boutique de fringues
nos regards se sont croisés
à ce moment-là
puis elle a disparu quelque part
avec une autre amie
et ça me fait penser que moi aussi
je disparais souvent
à mon propre regard devenu
un réseau inextricable d'images
floues
il suffirait de pas grand-chose
pour se donner un air heureux

avant qu'on vienne me chercher

du 35è étage les pas calfeutrés
des employés de bureau sur la
moquette les nombreux ordinateurs allumés
dans l'open space à la fenêtre
le soleil à portée de main
saisir les passants minuscules
eux
sans vertige
sans me voir
trouvent la force d'avancer cette nuit
et les autres nuits
j'ai mal dormi mal rêvé j'ai mal au dos
ça fait comme
le bruit sourd des marteaux-piqueurs
sur le trottoir
quelques paroles échangées un
café au goût de chaussette je suis là
pour un rendez-vous mais je préfère
les échaffaudages et voir
ce laveur de carreaux perché
au dessus du vide
il me sourit
et si la sangle qui
le retient devait péter d'un coup...

nous ne sommes attachés qu'à ce
qui veut bien nous retenir
dans le meilleur des cas...

26 avr. 2010

mante religieuse

elle regarde des émissions
sur les serial killers
elle lit des livres
sur les serial killers
elle lui assure qu'il n'a rien à craindre
que ce n'est pas de la fascination
elle rit de sa bouche sensuelle
et quand ils font l'amour
il garde toujours en arrière-fond
quand même
la possibilité qu'elle lui plante
une lame
dans le bide
et qu'elle se débarrasse de son cadavre
découpé avec une scie
dans une décharge publique
en conservant une couille en
guise de trophée
il enlève sa chemise
son tee-shirt
puis ses chaussettes
son pantalon
et son slip
Il s'allonge à poil
dans le lit défait
à côté de lui
une femme
est au téléphone
depuis longtemps
discute par monosyllabes
au dessus le plafond
se craquelle
imperceptiblement
tout autour les
borborygmes de la vie
bouffée par l'ennui

23 avr. 2010

prolongement

en ce moment des tas de gens
sont debout sur des quais à attendre
et ils savent ce qu'ils attendent
ils savent que leur attente est
soumise à un objectif précis l'arrivée
d'un train d'un métro
et aussi
peut-être les mêmes
peut-être pas
en ce moment des tas de gens sont assis
allongés
chez eux
devant la télé devant un livre
devant un mur et ils savent comme
moi qu'ils n'en finiront pas d'attendre
avant longtemps

le couple à la tâche

lui quand il mange peut pas s'empêcher
de s'en mettre un peu partout
là c'est son pull blanc tâché
d'un coulis de fraise
avalé ce midi la tâche en plein
milieu de son pull blanc n'importe
qui peut la voir
elle l'a vue sans tarder et s'est
mise à rire
un rire sans moquerie juste avec
regard de tendresse d'empathie presque
car elle aussi quand
elle mange elle peut pas
s'en empêcher mais pas cette fois
dis donc pas cette fois
alors lui
il lui demande de se faire une tâche en plein
milieu de son pantalon blanc
pour qu'ils soient sur un même pied
d'égalité

j'essaie

Je suis assis devant l'ordinateur et
j'essaie d'écrire un poème un
texte qui fasse référence à ma vie
et puis non qui soit fiction mais
qui fasse vrai
et puis non qui soit mélange de
ma vie et de fiction et que je
m'approprie le texte le poème
entièrement
sans qu'
aligner des mots devant l'ordinateur
tourne au grand n'importe quoi
et/ou que je me fasse violence pour ne
pas que ça devienne n'importe quoi
remarque je suis assis déjà
je vais pas tomber plus bas hein
combien même j'échouerais une fois
de plus.

Mouais

il se lève de table
péniblement
en rotant plusieurs fois et la regardant
derrière son comptoir
à essuyer quelques verres de bière
elle semble sourire
il a laissé un petit pourboire
de quoi lui prouver sa générosité
sous les apparences hein
oui oui j'aurais pu m'casser sans rien donner
il reste un instant sur le pas
de la porte d'entrée
de la brasserie Chez Martine
les rayons du soleil lui
brûlent les yeux tandis que
le marché finit de battre son plein
pour quelques minutes encore
ça vend ça achète ça hurle
ça se bouscule ça fait mal de voir
tout ce monde
il traverse la route
marche sur les trottoirs
avec la lenteur de ceux
qui vivent à côté de leurs pompes
sans penser qu'il puisse y avoir
une flamme quelque part
à part celle du briquet
quand il allume la dernière
clope du paquet

22 avr. 2010

en espérant qu'elle tienne le coup

La plupart d'entre eux
allait à dos d'âne
(quand ils en avaient un)
sous un soleil de plomb
dans les sentes crevassées après
les multiples explosions
Ils se suivaient d'abord longtemps
avant de se séparer pour
une raison ou pour
une autre
-J'ai soif, j'en peux plus lui dit-elle.
Il se sont arrêtés pour boire un coup
dans une gourde
à l'ombre rare puis il
est remonté vite fait
sur le dos de sa femme
qui tenait déjà leurs deux enfants
endormis
dans ses bras
Il lui a demandé d'avancer plus vite
avant que la route ne disparaisse
tout-à-fait
de l'horizon
-Ca fait combien de temps qu'on s'enfonce ?
-J'en sais rien.
-J'ai le dos en compote.
-Tiens bon, chérie, avance.
Il n'avait de cesse de scruter
l'apparition d'une ville ou
de champs fleuris ou d'un
heureux messager venu en
sens inverse
la main en vissière
ainsi
assis
sur le dos de sa femme.
un doux parfum, gluant, jeudi, un café chaud, le soleil sur les vitres, Avril, des promeneurs exilés, quelques oiseaux sagement posés en rang, on va faire quoi après tu me demandes, il ne fait pas si chaud que ça je pense, et pour répondre à ta question, des précautions d'usage, on va s'en sortir, quelqu'un sonne chez nous, le facteur apporte un colis, tu descends, je t'attends, le soleil sans lassitude, je ne sais pas comment on va faire je pense, c'est pour toi tu me dis, deux livres commandés, j'ouvre le colis, je sens que tu n'es pas contente, à cause de l'argent que ça coûte, à cause de l'argent qu'on n'a pas pour le reste, on vendra cet appartement s'il le faut je pense, tu te blottis sous les draps, tu descends, je ne sais pas où, je t'attends, Avril, les heures passent, les jours passent, suspendus par la tête à un sombre invisible
il se demande ce qu'il va bien pouvoir faire aujourd'hui; alors, il écrit sur une feuille de papier: lui faire l'amour, remettre les draps en place, ranger du linge, passer l'aspirateur, cuire deux steacks sans les griller, ouvrir les stores, nettoyer la poussière sur les bibelots, envoyer un long mail à un pote, préparer un CV, un chèque de 117 euros, tenir l'état des comptes, lire un peu, retenir, sourire pour rien, juste histoire de décompresser, regarder le dehors, sortir peut-être avec elle, prendre quelques photos de leur vie et il ajoute: non, le vide n'est-il pas le socle à l'endroit exact de ce qui le recouvre légèrement ?
Il relit la feuille de papier. La chiffonne avant de la jeter à la poubelle. Et comme toujours, il agira selon ce qui est noté pour le rassurer et ce qu'il pensera improviser au dernier moment pour ne pas étouffer. Et comme toujours, il y aura de longs moments sans rien faire.

21 avr. 2010

Annie Ernaux (1940)


comme un coffre à jouets

il avait trouvé le moyen
de donner un sens à sa vie
un sens tout relatif peut-être
en y ajoutant des évènements qui ne
s'étaient pas produits
mais auxquels il avait fini par croire
à force de les raconter
à force de les écrire
à force de les rêver avant chaque sieste
avant chaque sommeil
devant chaque immobilité des sens
il ne savait pas si les autres y croyaient
avec la même
conviction que lui s'ils se posaient
encore des questions
ou pas
mais cela était de peu d'importance
à présent que sa mémoire était
complètement saturée
d'images
collées
les unes sur les autres
comme un coffre à jouets
qu'on retrouverait des années
pus tard
avec une (fausse) joie d'enfant.
C'est une sorte d'idée fixe
qui ne passe pas
un envoûtement de chaque
pensée
sur un magnétisme noir
depuis
qu'il se doute de quelque
chose.

Il les suit
il a besoin de savoir ce qu'elle fait avec

lui avec

l'autre dans

cet appartement
du troisième étage
il leur téléphone chaque
soir plusieurs
fois de suite
et raccroche aussitôt.

S'il lui offre un verre de scotch
avant de la sauter s'il la
fait jouir
plus de trois-quatre minutes s'ils
s'enquierrent de la
vie des autres
une fois repus
de la sienne par exemple.

Il n'est là ni pour
rectifier le tir
ni pour peser le
pour et le contre ni pour les
emmerder vraiment
il n'est là
que pour s'assouvir
d'une certaine manière.

14 avr. 2010

Trouvent

Trouvent des messages
écrits
des noms de rues
de gares des tarifs
des visages de profil
trouvent des indices
de leur passage
ici
des impressions
des boutiques ouvertes / fermées
des corps démonstratifs
ou
solitaires
ou
cachés
trouvent à graver
n'importe où
n'importe comment
la mémoire
d'avoir été un jour

Une forêt au fond de l'eau (de Marlène Tissot)

Assises sur la berge
à écouter le printemps
à regarder le reflet des grands arbres
sur la rivière
on n’était pas venues ici
depuis si longtemps
tu te souviens, elle me demande
quand tu étais petite et que
tu croyais qu’une forêt poussait là
au fond de l’eau
oui, je réponds, je me souviens
et je me dis
c’est sans doute qu’elle doit
- qu’elle devait –
m’aimer quand même un peu
pour se rappeler
d’un truc pareil
La froide statue représente un ancien chef d'état
un peu oublié
un pigeon gras est posé sur son chapeau
rigide
les voitures klaxonnent dans les embouteillages
du quartier
quelques touristes en famille lisent l'inscription
et prennent des photos
le vent soulève le soleil
de quelques centimètres au dessus des
toits la ville en cette fin d'après-midi
se bat contre la poussière

13 avr. 2010

Il va devant à droite
à gauche derrière
il cogne la tête ses poings partout ne sait pas
s'il a mal ne sait pas s'il
va devant à droite à gauche
derrière et pourquoi
la pièce est sombre
il cherche la lumière il cherche mais
il n'y a pas de lumière oui c'est
bien lui pourtant comme chair comme
parcelles comme pensées
disséminées il va devant à droite à gauche
derrière il cogne la tête ses
poings partout
c'est bien lui comme fissures
de plus en plus
sécables
d'un tout
Trente
trente-et-une
trente-deux minutes à patienter
trente-trois minutes à attendre
trente-quatre minutes à poireauter
trante-cinq minutes à se faire chier dehors
trente-sept minutes à en avoir marre
trente-huit minutes à prendre une décision
trente-neuf minutes à hurler
appuyer sur la sonnette
à quarante
ou quarante-et une

Ressort

ils se sont retrouvés près du
et
à quelques pas de là
sur le côté
dans un angle
peut-être cachée par l'ombre
la pluie les portes dérobées
il se sont retrouvés près de la
et
elle n"était pas maquillée
comme d'habitude lui ne portait
plus la barbe de
trois jours
ils se sont retrouvés près d'un
et
ils se sont embrassés mais
ça n'avait plus
ça n'aura plus jamais
malgré la nudité
malgré ce qu'ils se disent
ce parfum qu'on n'oublie pas
de sitôt

cherchent

cherchent consolation
la rémission douleur
l'atome crochu du verbe
tu
la tête sur un axe
le doigt dans l'engrenage
cherchent consolation
le repos d'en tous sens

découpé par le temps

elle arrive sur la place avec quelques minutes d'avance
s'assied sur un tronc
d'homme
découpé par le temps
sort de son sac
un rouge à lèvres
une cigarette
une capote
&
une mini feuille de salade
qu'elle lance aux tortues naines de la place
aux pigeons aux clodos
regarde l'heure
qui la regarde à son tour
de douter
avant de sentir enfin la présence
dans son dos
d'un banc de poissons d'où surgissent
la tête
&
les pieds
d'un homme découpé
par le
temps

9 avr. 2010

pollen d'un jour

Les valises chantent sur les branches
c'est un jour d'envol
un jour de vie
le soleil brille de milliers d'oiseaux
les nuages s'étalent
indolents
sur le sofa du ciel
les psychiâtres ont la douceur des roses
parfumées
les mots se cueillent au léger vent
c'est un jour si
particulier
d'une lenteur magistrale en arrivant

dans le hall d'entrée

Lui, elle

Lui, c'est un type
avec des pognes de boxeur
ou de déménageur
elle, c'est une meuf
avec des seins gonflés à l'hélium
un cul qui tombe
lui, c'est un type
qui veut un truc
tout de suite
elle, c'est une meuf
qui ne veut rien
de spécial
lui, dans un bar pas
loin d'elle a envie
de se la faire après
quelques bières
elle, je sais pas.

8 avr. 2010

Charogne #1





L'ami Guillaume, alias la Méduse et le Renard, a concocté un très beau premier numéro de sa toute nouvelle revue , à lire ici: Charogne

Au programme: Océane Le Tarnec, Pascal Pratz, Julien Blaine, Eric Poindron, Thomas Vinau, Eric Dejaeger, Stéphane Prat, Perrine Le Querrec, Thierry Roquet, Antoine Bréa, Dimitri Vazemski, et Guillaume Siaudeau himself. Graphisme: Magali Planès.
Pour proposer vos textes: charogne.magazine@gmail.com

A l'assaut, mal assaut

Partout où il va
il a peur de paraître fade
de n'intéresser personne
alors il apporte avec lui
du sel du piment qu'il disperse
sur ses paroles
sur son visage
en cachette
être vu être entendu
parfois sur son sexe
en érection
avant de tenter l'assaut
bien mâle.

De gentils zombies

Les morts se sont levés de leurs
tombes, poussiéreux, sales et puants
surtout incomplets ils se sont regroupés
sur la place du village et ils ont
hurlé n'ayez pas peur nous
ne voulons pas de votre sang
puis reprenant leurs souffles rauques
nous voulons juste voir comment
vous vivez à présent, par curiosité
Les vivants se sont réunis dans la
grande salle municipale barricadée
et certains ont tiré dans le tas comme dans
un film de Romero
Il cherche un logement
un petit logement
de 2 mètres carrés
un mètre de large sur
deux mètres de haut
ça suffira
pour dormir debout
après tant d'histoires.
Je suis au volant. Quelque part sur l'autoroute. La nuit va tomber. Il y a des signes. Je ne sais pas si c'est la dernière fois. Qu'elle tombe. A force, elle doit en avoir marre. Mais elle se relève, toujours, elle se relève des coups, de l'absence. Elle se relève, c'est à ça que je pense, au volant. Il n'y a pas grand-monde sur l'autoroute. Elle est à côté. Sur le siège passager. Elle ne dit rien, elle semble dormir, somnoler, elle ferme les yeux en tout cas. Elle ne dit rien depuis des heures. Je ne dis rien non plus. Je suis au volant, je conduis depuis des heures. Il va faire nuit, il fait un peu sombre, c'est peut-être juste de mauvais nuages, des nuages passagers. Quelque part, une pancarte. Le prochain Motel, dans vingt kilomètres. Je ne sais pas si c'est une bonne idée. La nuit peut engloutir, elle peut nous engloutir. Et ne jamais nous relever. Je vais la réveiller et lui demander ce qu'elle en pense. Elle n'entend pas, elle rêve. Il n'y a pas grand-monde. Je peux conduire encore des heures sur l'autoroute. Elle rêve que nous sommes arrivés. Je ne sais pas. Dans un endroit très différent, sans reconnaître personne. Sans me reconnaître. C'est à ça que je pense.
Il marche le long de la route. Une bible avec lui. De couleur bleue. C'est la couleur du ciel le long de la route. C'est une vieille bible mais la couleur est restée intacte. Il ne la lit pas vraiment, il ne l'a jamais lue pleinement du reste, il la prend seulement au cas où. Geste machinal. Au cas où on lui poserait des questions. Il se dit que quelqu'un, le long de la route, venant en sens inverse, pourrait lui poser des questions. Des questions machinales. Lui demander son chemin, parler du temps, savoir s'il croit en dieu, en l'humain, en la bonté. Lui demander, alors. La tête baissée, près du fossé, il marche. Le soleil tape bigrement fort. En attendant qu'on lui pose des questions, il place la bible bleue sur le haut de son crâne. Il marche ainsi, il marche des kilomètres entiers, sans croiser personne, des kilomètres sous la chaleur. Ardente. Le long de la route, la bible comme casquette. Sans jamais regarder derrière. Ni tout-à-fait devant.
Elle est assise sur le canapé. Un canapé tout neuf, confortable. On ne sait pas si elle pense, si elle rêvasse, si elle fait le vide, si elle attend quelque chose. Elle est assise sur le canapé neuf, depuis de longues minutes. Une heure peut-être. Elle ne pourrait pas le dire. Elle fixe un objet. Elle fixe le mur. Elle fixe un autre objet. Elle regarde droit devant. Elle regarde mais elle ne voit rien précisément. Rien qui retienne son attention. Rien qu'elle pourrait décrire en détail. Parfois du côté droit, parfois du côté gauche. Le plus souvent, devant. Légèrement vers le haut. C'est l'impression. Elle croise les jambes. Elle croise les bras. Elle a des fourmis dans les jambes. Elle reste assise sur le canapé neuf et confortable. On ne sait pas quand elle va se lever. On ne sait pas. Elle ne le sait pas, apparemment.

7 avr. 2010

Le petite bestiole grimpe le long du mur. En biais. Elle hésite. S'arrête. Redescend. Promptement. Elle sait, maintenant. Elle sait où aller. Chercher à manger ou fuir le danger, l'inconnu. Elle le sait, elle. Elle redescend le plus vite possible. Elle se trouve sur le sol, sous le lit, puis sous la table basse. Elle se glisse sous la porte. Dans l'autre pièce. Elle hésite. S'arrête. Elle s'est perdue. Elle ne sait plus ce qu'elle savait il y a quelques instants. Ces instants de presqu'une vie. Il faut faire vite. Vite. Chercher à manger ou fuir le danger, l'inconnu. Elle a peur. Avec un microscope, on verrait sa peur. La sueur, les tremblements, les pleurs, les battements du coeur s'accélérer. La vieillesse, les rides aussi. La fin approcher. Le mieux, oui. C'est de l'écraser. Maintenant.

Derrière, peut-être

Contre un mur.
Une armoire.
Pleine.
De cintres.
De chemises, de pulls, de pantalons.
Deux battants.
Les ouvrir.
Entrer.
Dans l'armoire.
Pleine.
Refermer.
Les deux battants.
Pousser.
Le mur.
De toutes ses forces.
Entendre.
Un prénom, une parole, t'es où ?
Ne pas.
Surtout ne pas.
Répondre.
Pousser.
Le mur.

6 avr. 2010

A vos ordres

On les a placés là l’un en face de l’autre
On a cherché à les structurer
On a façonné leur comportement après des expériences
En laboratoire
Leur façon de marcher
De parler de se tenir de regarder
On a tenté de corriger ce qui ne collait pas
La hiérarchie a dit pressez-vous
La hiérarchie a dit on ne vous paye pas à rien faire
La hiérarchie a dit on veut du résultat
La hiérarchie a dit tout de suite
Alors on les a placés là l’un en face de l’autre
Et c’est peut-être toi

En face de moi
Vus du ciel leur présence leur amour
ont quelque chose de magique
de secret infime les sentiments
les rancoeurs ont la taille
d'un atome (crochu ou non) leurs paroles
sont des vibrations légères
en travers de la route des corps
mais à mesure qu'on approche
et qu'on touche le sensible le réel
il y a quelque chose du sacrifice
du rituel commun du risible
dans chacun
de leurs gestes

Vue à garde

Accusé d'un horrible crime qu'il niait avoir commis
les flics lui ont posé tout un tas de questions
sur son emploi du temps
et comme il n'avait pas d'alibi en béton
il a fini par admettre ce qu'il niait avoir commis
Ne restait plus à savoir de quel horrible crime
il s'agissait mais on lui a demandé de se taire
à présent qu'il avait avoué
il pourrait être accusé de n'mporte quel
horrible crime
c'est compris ?
Elle a fermé la porte
il a ouvert son coeur
elle a fermé les yeux
il s'est ouvert les veines

La fracture en costard

Ils ont manifesté dans les rues
derrière le président de la
république qui tenait la tête
du cortège
en criant des slogans
hostiles aux syndicalistes aux
salariés moyens aux Rm-istes
en revendiquant de plus hauts revenus
non imposables
et la fin de l'ascenseur social une bonne fois
pour toutes
Ils étaient tous là
-ministres chefs de cabinet députés
sénateurs de la majorité-
la presse a parlé d'un franc succès &
les sondages ont montré que le pays
n'était décidément plus à l'écoute
de leurs préoccupations réelles
Les plus pessimistes ont d'ailleurs craint
l 'embrasement violent des hémicycles
un jour prochain si rien ne changeait.
Elle s'est mise à pisser
debout contre un arbre
il s'est remaquillé discrètement
dans la glace de la voiture et
quand elle a bombé le torse
en refermant se braguette de jean
il a senti qu'elle pourrait lui faire mal
à tout moment
il a replié les jambes délicatement
il a allumé une cigarette
il lui a murmuré qu'elle était belle
et
qu'elle était une vraie force de la nature

Aie !

ils ont marché jusqu'au sommet
de la colline
qui surplombe la rivière
ils se sont allongés dans l'herbe
verte ils se sont embrassés
déshabillés
ils ont fait l'amour
et se sont endormis
sans savoir qu'il s'agissait d'une
nouvelle
zone militaire
truffée de mines anti-personnel
tôt ce matin le camion
vert &
bruyant
est venu récupérer les encombrants
jonchés sur les trottoirs
tôt ce matin j'ai bu une
tasse de café
brûlante &
légèrement sucrée
devant l'ordinateur
tôt ce matin quelques oiseaux
invisibles
ont sifflé leurs amours
naissantes sur les
toits penchés
tôt ce matin tout a repris
son cours les rues y pataugeant
les pieds dans l'eau d'avant
sans faire
de vagues

M.

se laisser pousser des ailes
disait-elle
encore cette douleur si elle
ne venait plus mais ce
n'est pas possible il lui
faut faire avec toute une histoire
de là à là tu vois ma vie
prise en étau
de la fraîche mémoire je ne peux oublier
ce serait trop facile
je vais me laisser pousser des ailes
quand même
disait-elle
et j'emmènerai loin
la douleur
si je peux
dans le temps

le temps d'être un autre regard

Les yeux marchent
sur la ville
étrange
d'un pas lourd
les yeux marchent
il est huit heures
il est neuf heures
il est nulle part où
d'un pas lourd le sol
le tienne à lui
comme rampe à l'escalier
les yeux descendent
sur les formes
étranges
qui
peuplent cette
ville
étrange
les yeux se ferment sur
le monde ses couleurs
ses rites
comme fatigue sur le
dénouement
il est huit heures
il est neuf heures
il est le temps
d'être
un autre regard

4 avr. 2010

sait-on jamais

Mitch
pense qu'il finira ses jours
avec elle
ça lui semble évident
de faire semblant d'y croire
en fait
rien n'est moins sûr
soit qu'il s'en aille avant elle
soit qu'elle s'en aille avant lui
soit qu'il s'en aillent ensemble
(d'un commun accord ?)
soit qu'ils n'aillent pas plus loin
que demain
l'amour la tranquillité
le temps
savent signer
des chèques en bois
le plus naturellement du monde
le chat vieux roulé en boule près
de la table ou ils ont dîné en tête à
tête ronronne sans rien entendre de ce qu'ils
disent de ce qu'ils font et c'est douce pérennité
l'une se penche pour arroser les deux pots
de fleurs par terre remettre en place quelques objets
l'autre cherche la télécommande pour
enregistrer une émission sur
la seconde guerre mondiale
on ne les voit pas forcément mais il y
a plein de choses en charpie dans cet
endroit plein de choses qui vivent
dans un désordre inexplicable on
pense que c'est peut-être nous
on pense que c'est autre chose qui
nous dépasse
le jour traîne les pieds dans de vieilles chaussettes
passant d'un pièce à l'autre de l'appartement le jour
ne sait pas quoi faire manger un bout de chocolat
de temps en temps lire quelques pages de ci
de là écouter de la musique un peu triste
comme d'habitude se poster à la fenêtre
pour guetter la construction d'un pont
entre le début & la fin
il a lu dans un magazine l'histoire
d'un homme au fond de sa cellule
qui s'écrivait des poèmes à haute voix
devant chaque trait vertical
qui représentait chaque jour passé
là & il s'est dit que ça ne devait pas
être si différent de ce qu'il essayait
lui-même de s'écrire
dans l'absolu
il a retrouvé des os et une carcasse
de crâne et un chiffon moisi à l'intérieur
de ce qui devait être une gorge
dans un vieux carton pourri de la cave
quand il les a observés il s'est
demandé à qui cela pouvait bien appartenir
et si chanter en les manipulant
était un signe de bonne santé.
tu t'es couchée de bonne heure
disais-tu parce que les rêves n'attendent
pas qu'on soit prêt
et que tu ne voulais pas rater
celui qui pourrait te sortir de là
j'ai peur parfois
que tu n'en reviennes jamais

1 avr. 2010

Alliés de circonstance

Comme j'ai peur de la
perdre je vis dans la rumination
permanente dans l'interprétation
du moindre détail
je passe des heures à me
demander ce qu'il faudrait faire
à ce qu'il aurait fallu faire
avant de conclure
impuissant
(et la boule au ventre)
que tout
ça était déjà écrit
d'avance
de toute façon
et que le mieux serait
de penser à autre chose
(une sortie avec les potes
par exemple)
puisque je l'ai déjà perdue
en somme (le doute subsiste, non?)
et qu'un verre puis un autre
et tout un tas d'autres verres
seraient d'utiles
alliés de circonstance.

sur le canal

tous les cent mètres il voyait
un cadavre flottant
à la surface de l'eau
sur le canal de l'Ourcq
à un endroit il en a même
vu quatre reliés les uns
aux autres par les fils de la
lune et qui tournoyaient lentement
dans le léger courant
tous les cent mètres il voyait
un promeneur qui lui disait
au revoir à demain des maisons
qui s'allumaient en même temps
des voitures qui fonçaient dans les murs
et les cadavres qui repassaient
en sens inverse
tous les cent mètres
environ

i don't understand french, sorry

Je ne sais pas dessiner
mais si je savais dessiner
je dessinerais tes seins
sur une toile blanche
avant de l'accrocher au mur
juste en face de mon lit
qu'il lui dit
elle le regarde en plissant les yeux
i don't understand french, sorry
c'est pas grave qu'il répond parce
que t'as quand même des nichons
qui pourraient abolir les frontières
tu sais
i don't understand french, really sorry

Mauvaise vue

Je suis monté dans le tramway
derrière un homme qui titubait
pas mal
et insultait
tout le monde
au premier freinage
il s'est affalé sur une femme
assez grosse
en lui disant mon amour ma baise
et il est parti dans un rire
fou
avant de lui roter
à la gueule qu'elle n'était pas
son style
en fin de compte

30 mars 2010

sans qu'on sache si

Elle est sur le quai à
attendre le métro qui
d'après le panneau lumineux en rouge
doit arriver dans deux minutes
elle a son sac sur l'épaule
sa main droite posée dessus
pour ne pas qu'on le lui vole
l'autre main balancée vers sa jambe
au rythme discret d'une musique
étouffée
qui provient d'un des nombreux couloirs
elle regarde la grande affiche publicitaire
sur le quai d'en face
et timidement les gens de part et
d'autre
quand le métro ayant fait crisser ses freins
dans une odeur de pneu brûlé
s'arrête à sa hauteur elle y grimpe et
disparaît pour de bon sans qu'on sache
si ces quelques instants
ont suffi
pour incruster sa présence
dans la mémoire des lieux.

salve

Je fais semblant de comprendre
ce qui m'arrive mais je ne
suis pas dupe
le ciel décomposé
en mes artères
est plus fluctuant
qu'une salve de sombres nuages
au dessus de la ville
endormie

Depuis des semaines des mois

Les coudes posés contre
le rebord en fer forgé
il s'est amusé à compter les
passants pendant un certain temps
avant de complètement
s'emmêler les pinceaux
dans ses calculs
à mesure que la rue s'animait
il aurait aimé leur crier
d'avancer moins vite et de cesser
de venir
de droite à gauche de gauche
à droite
qu'il puisse reprendre le décompte
exact
tranquillement
il s'était arrêté à 327 ou 328 mais
il ne savait pas s'il avait compté
certains d'entre eux à plusieurs
reprises ça en devenait infernal
il est retourné s'allonger
épuissé lessivé vidé
pleurant doucement
sur le ridicule de la situation
et
sur la maladie qui couvait depuis des semaines des mois

27 mars 2010

Compartiment 32

à la fenêtre les images
défilent les villes se suivent
les immeubles se ressemblent
le train
ce train-là
sur les rails
à la fenêtre les paysages
changent
de couleur les paysans
leur courent après
les bêtes sauvages poussent des
grognements
dans les forêts traversées
de loin
le train sur les bons
rails
somnolante à présent
sur le siège
un peu dur
dans le compartiment 32
un livre posé à côté
elle pense que
le voyage se terminera un jour
quand la nature
aura limé les rails
sur les pierres de la nuit
première
quand ce sera l'heure de montrer son ticket au
contrôleur
avec dans le regard
au vague
une ombre de ce qu'on a quitté

25 mars 2010

To let herself go

Balançoire flotte au vent
par temps noir
il n'y a plus de cris dans
la grand jardin dans
la maison vide
une intense pinède fait de l'ombre
à l'harmonie du lieu
avant de partir elle a tenu
à passer par le cimetière
une dernière fois à
quelques cent mètres plus loin
en tenant par la main
son enfant
dans les mauvaises herbes

L'automate

il est parti travailler
à la même heure
il a pris le métro pendant quelques stations
il est resté debout aux heures de pointe
il est descendu avec d'autres inconnus
il a marché un peu
en pressant le pas
il a pris l'ascenseur
a sorti son badge
la porte en verre transparent s'est ouverte
l'hotesse d'accueil lui a dit bonjour
il a répondu bonjour
il la trouve jolie ce matin
il a salué un ou deux collègues
il est allé s'asseoir devant son ordinateur
il s'est senti bien sans savoir pourquoi
un détail peut-être qu'il ne saurait
définir en lui
Tu t'actives dans la cuisine
J'entends que tu bats des oeufs
dans la farine
avec quelques pommes
vertes
J'aime ces odeurs de gourmandise
Il y a parfois un chien qui aboie
une voiture qui éclabousse les passants
une sirène de police ou de pompier
il y a parfois des articles en rupture de stocks
des femmes avec des caddies des poussettes
des discussions sans importance des bonjours
il y a parfois des stores qui se lèvent
des regards à la ronde
une histoire à écrire
d'un revers de la main brandi
à la fenêtre
toucher la pluie dehors
sentir la fraîcheur
douce des gouttes
une à une
d'un jour de semaine
se contenter de ces
quelques instants volés

Quand s'impose une proximité d'enfermement

On ne sort pas beaucoup
On ne sort quasient pas
On est dans l'immobilité des corps couchés
On laisse la vie aux autres
la vie en mouvement
Sans leur donner la part en jachère
Sait-on jamais
Si elle devait servir un jour

Pour le monde du dehors
le temps passe peut-être plus vite
je me souviens avoir garé la voiture
près d'un petit jardin
cloturé
Des enfants y jouent avec d'autres enfants
avec leurs mères
sans doute encore

Saison après saison
le monde n'en fint pas de grandir
et de mourir déjà nous avons peur
de vieillir parfois

24 mars 2010

d'un vent échoué

Il pose ses lunettes à côté du livre
il se lève jusqu'à la fenêtre
au dehors un bruit sec de pas claque
venu d'on ne sait où
il observe la rue
sombre
personne n'est
là personne ne
passe
il a le front collé contre la vitre
de longs instants
les trottoirs le fascinent
depuis que sa vie
se résume à la gestuelle
du vent
échoué

23 mars 2010

Zin-zin

Il est dans une rage
maboule
cinglée
zinzin
Il grimpe dans sa bagnole
démarre frappadingue
et roule
fonce
décape l’asphalte
jusqu’à réservoir vide
La voiture s’arrête
sur le bas-côté
d’une petite route
Il ne sait pas
où il est
Il ne sait plus
pourquoi il enrageait
Il se sent tout con.

26 févr. 2010

La BMD 14

La Belle-mère Dure, quatorzième du nom, est parue bien poilue (dixit Eric). Je rajouterais qu'elle est même fort bien couillue ;-))

Au sommaire : Éric Dejaeger, John F. Ellyton, Théophile de Giraud, Martine Lequenne, le Dr Lichic, Fabrice Marzuolo, Jean-Philippe Querton, Thierry Roquet et Alain Sagault.


Enjoy ici : http://lbmdure.canalblog.com/

Et n'oubliez point la lecture jubilatoire des précédents numéros.

24 févr. 2010

pas davantage

J’ai sur le bout
de la langue
un truc longuement germé
quelques mots
deux ou trois syllabes
qui ne sortent
pas
et j’aimerais pouvoir
les cracher
sur la table
n’importe ou
devant tes yeux
que ça prenne forme
avec le temps
que ça te donne
envie
d’en savoir davantage
je n’en demande pas
plus.
Je
perds la notion
du temps
je perds
l'envie
de voir
du monde
je perds
de vue
qu'il y
a peut-être
un soleil
enfoui
sous
les décombres
Les âmes
écorchées
se soignent
avec
des sparadraps
qui ne collent
pas
Quand elles
se mettent
à nu
dans l'intimité
il y a
comme
une chambre
de tortures
installée

dans le petit
confort
ambiant

Comme si

Il est possible
que dieu
soit planqué
juste
derrière
la porte
Il est possible aussi
que dieu soit
devant la grande
surface
comme un vigile
rigide
Ou qu'il soit
sous
mes pas
au dessus de
ma tête
ou dans mon
esprit
alors
le mieux à faire
pour l'instant
est de continuer
d’avancer
comme si
de rien n’était

Dans une boîte

il a peur
de terminer
sa vie tout seul
de vivre dans le noir
absolu
sans l'espoir
d'une fenêtre
de confronter
son quotidien
tranquille
à ses petits
démons
récurrents
il a peur
de n’en avoir
jamais
fini
avec l'impossible
consolation
du temps
qui passe
dans une boîte
de conserve
mal
refermée
il a peur
de ses petits
riens
qui font
une litanie
infernale
tout simplement

22 févr. 2010

Une revue Hozanesque pour plaisir plein

hard boiled incipit

(Merci à Thom V. d'avoir diffusé le lien sur son blog).

Le Microbes 58 est arrivé




Au sommaire de ce fort bon crû spécial femmes :Pascale Arguedas, Alexandra Bouge, Florence Boutet, Nilda Cepero, Hélène Dassavray, Anna de Sandre, Mireille Disdero, co errante, Cathy Garcia, Isabelle Herbert, Virginie Holaind, Jany Pineau, Nancy Quadflieg, Marlène Tissot, Anaïs Valente, Jasmine Viguier. Les illustrations sont de Martine Zimmer.




Le 24ème mi(ni)crobe, Les oreilles de Charles Bukowski, absolument excellent, de Hervé Merlot accompagne le 58è rugissant viral.