23 sept. 2014

dans quel film

dans
quel genre de film
on se trouve
je me demande

comédie romantique
satire sociale
série B série Z
western spaghetti
sans bolognaise
road-movie sanglant
ou film d'auteur
statique
& chiant

on peut repasser le film
dans sa tête
et trouver à redire sur la distribution
des rôles
c'est certain parce que

le héros solitaire
qui traverse la Place
jusqu'à la boîte aux lettres
n'impressionne personne

la garce qui roule du cul
s'attire vite les foudres
des moralistes fanatiques
qui demandent à leur queue
un peu plus de discrétion

cet élégant costard-cravate
qui marche d'un pas sûr
vers les dividendes
attaché-case en main
n'a rien à dire pour le moment
sur la tristesse sur le silence

pourtant
aucune scène n'est coupée au montage
et
chacun y va de son interprétation

j'aimerais parfois
avoir le premier
rôle
je me dis
et je me contredis
tout de suite après
parce que ça ne me plairait
pas tant que ça

je préfère me contenter
d'être une silhouette
parmi des milliers de figurants
ignorer le nom
du réalisateur
des producteurs
ignorer l'histoire

et me réjouir
d'un échec commercial
sans précédent
parce que
c'est dans ma ligne de mire
c'est écrit moi j'y crois



Anéantir un quartier

Ils sont déjà là
matinaux
les coudes sur le comptoir du zinc
l'un ne parle pas
regarde autour de lui
machinalement
l'autre sourit à son verre
comme si la tendresse se trouvait
au fond du godet
exactement là
et pas ailleurs

le patron - un kabyle au physique
de boxeur poids-lourd -
m'a un jour raconté
que le plus taiseux des deux
a eu un accident sur un chantier
qui lui a coûté sa place
et
sa joie de vivre
que c'est un fidèle client
à présent

puis on cause du soleil
frisquet
des vacances qu'il n'a pas pris cet été
pour faire tourner la boutique
puis il me rend ma monnaie
et mes grilles de loto sportif

je ne sais pas pourquoi
mais chaque fois
que je les vois
ces deux-là
je pense immanquablement
à un poète
qui n'attendrait plus
rien
de ses propres poèmes
c'est une
déformation de l'esprit
sans doute
une
sorte d'empathie passagère
je sais pas

une fois rentré chez moi
je m'empresse
de refermer la porte
de penser
à des choses positives
d'écrire deux-trois bricoles
qui me passent par la tête

je te regarde dormir
parfois

et dans le placard
près du frigo
il y a
une tonne de médicaments
qui pourraient
anéantir
un quartier entier


22 sept. 2014

J'ai pas l'argent pour
m'acheter
une nouvelle bagnole
par l'argent pour
rembourser
ces putains de
crédits
&
ces saloperies de
dettes
en plus
étalées sur plusieurs mois
J'ai pas l'argent pour
investir
dans quoi que ce soit
&
puis j'ai pas
de boulot
de toute façon
non plus
alors
alors

y'a plein de solutions
qu'on me dit
pour s'en sortir
à moindre mal
alors
alors
je me détache des
réalités matérielles
&
je dis en moi-même
des tonnes
de mensonges
pour me résoudre
à rester dans
la droite ligne d'une honnêteté
héritée de mon éducation
blablabla
c'est tout
ce qui 
m'engage
blablabla


On a tendu un piège
à la nuit
l'enfermer
avec la mort qui rôde
sous nos fenêtres
on a regardé passer
tous ces gens
qui nous ressemblent
de moins en moins
mais je sais pas c'est
peut-être une illusion
d'optique
à un moment tu as dit que la folie
était un signe
du destin
et qu'il faudrait s'y faire
et puis on a mangé un truc rapide
j'ai bu quelques bières
à la fenêtre
on n'a rien dit pendant
de longues minutes
j'ai pensé
qu'il était temps
de moins subir les choses
on n'a pas dansé
pas baisé
on a éteint les lumières
et nos rêves se sont trouvés
coincés
dans des vertiges
sans fond





Retour en arrière sans onde de choc

rester là
entre quatre murs
entouré d'un soleil froid
d'objets de visages
de bruits familiers de poussières
de mots lus entendus
des échos
quelque part

se concentrer
sur un tracé
intérieur mais
impossible à suivre
serpenter comme
au hasard
d'une vie

qui nierait les réalités
du monde
qui n'en ferait pas
une priorité
qui viendrait
d'un passé lointain
longtemps neutralisé mais
resurgi
jusqu'à l'aujourd'hui

ne pas chercher à partir
ne pas se foutre de tout
ne pas se fixer de réponse précise
rien de précis
ne pas s'endormir dans l'alcool
rien de foutu

tricher encore un peu
quelques fois
avec les fausses évidences
qui tiennent le fil
ténu

&

se demander où cela va mener

et si la fraternité
des uns
peut compenser
(en partie)
le vide
en soi




10 sept. 2014

tout cela est très mortifiant (de Stéphane Bernard)

on ne veut pas décevoir

ce qui même compte pour rien.
tout cela est très mortifiant.
et cette liberté dont tu parles
est un fantasme mais pas sûr.
je ne suis pas tout comme toi.
je suis cérébral, peu viscéral,
j’ai l'introspection.
ma racine y croît,
arbre d’en bas d’où je pends.
je peux dire que mon infidélité est là.
je délaisse la chair. je pense je l’ôte.
c'est pas nouveau.
je suis comme ça. la passion ? trois années.
chaque seconde brûlait.
avant je n'avais rien d’ouvert.
et j’y suis entré, et j'ai refermé.

Au passage, merci à Murièle (L'Oeil Bande) de m'avoir fait découvrir ce superbe poème, via facebook ;-)

Crétineries avec glucose

Je ne m'interroge plus
depuis longtemps
sur le sens de la vie
je ne veux même pas savoir
si je suis assis dans le bon wagon
je regarde le paysage
changer au rythme des saisons
et il est possible que tout soit
mélangé

***
Les ours polaires
ont quitté la banquise
à cause du réchauffement climatique
mais ils n'ont pas disparu
ils prennent le bus 191
pour aller au boulot
ils compostent leurs tickets
arrivent à l'heure
traitent des dossiers
et c'est comme ça que la
civilisation tient encore le coup

***
Certains matins
n'ont pas de grandes exigences
un rayon de soleil
un café noir sans sucre
une clope
un regard tendre sur ton sommeil agité
un poème de bric et de broc
une vessie qui fonctionne
&
l'instant file
aussi léger
qu'une étoffe de soie sur un corps invisible

***
Je n'aime pas l'autorité
les poings sur la table
les conflits ouverts
les regards sévères
les pesants silences
je n'aime pas
cette vie précaire
ce peu de pouvoir
ce peu de vouloir
les bruits des scooters
je n'aime pas
les folles colères
les livres trop chiants
les jours qui se traînent
mes nuits sans repos






Crétineries sans glucose

l'instant d'avant a
un comme un goût
d'instant d'après
à se foutre du pendant
qui se prendrait pour le centre
du monde

***
c'est un jour ensoleillé et agréable
comme on les aime
la lumière du dehors
relègue en nos placards
bordéliques
les pluies anciennes
comme
angoisses, pensées noires & sales humeurs
sous une pile de vêtements
qu'on aimerait refourguer
aux Puces de Vanves ou de St-Ouen
avant que l'illusion
ne nous fasse retomber sur terre

***
on peut jouer avec les mots
mais pas avec n'importe qui
par exemple
la fraise
j'aime ce fruit
qui sied très bien
à la confiture
ou
à une tarte
saupoudrée de chantilly mais
si un journaliste écrit qu'untel
est parti faire le Djihad
avec une fraise
bien mûre
il n'est plus crédible

***
je compte dans ma tête
les gens qui passent
les chiens qui pissent
les voitures stationnées
les fenêtres aux immeubles
les pas que fait un homme
qui me ressemblerait
pour aller
d'un point à un autre
je note tout ça dans un carnet
intime
au final
je ne sais toujours pas
si le monde
bouge
réellement tant que ça





Où vont les mots
ceux qui ne sortent pas
ceux qui encombrent

puisqu'on dit
puisqu'on écoute
presque toujours les mêmes

Crois-tu qu'ils fondent sous la langue
dans l'estomac
dans un nuage de poussières
d'étoiles mortes
se sachant condamnés

qu'ils se détachent
les uns des autres
lentement
lettre par lettre
liaison par liaison
pour vider la mémoire

déjà saturée d'images
plus ou moins floues
plus ou moins réelles
plus ou moins désincarnées

jusqu'à ce "je me souviens!"
venu d'on ne sait où
servi sur un plateau

Crois-tu qu'ils écoutent
encore
la parole qui se répète
inlassablement
sans eux
le dialogue qui se noue
en artifice auquel ils
se refusent

Crois-tu qu'ils soient triés
sélectionnés
écartés
nés sous X
admis sous camisole
prescrit à dose homéopathique

jusqu'à ce "j'ai tout oublié!"
qui semble dire "je veux tout oublier!"

Moi je crois
que les mots
servent nos labyrinthes
sombres desseins
à l'intérieur desquels nous nous perdons
bien sûr
jusqu'à éviter
la lumière
la plus crue
la plus féroce
la plus humaine



9 sept. 2014

Pirouettes

Ouvre le col de ta chemise
si tu étouffes sous le poids du quotidien
ce serait tellement facile

Je ne fuis pas le quotidien
la banalité, l'extrême banalité
je m'y sens bien même
comme serti d'un collier
qui m'empêcherait de croupir dans les eaux sales

On parle un peu philosophie
mais je ne suis pas très renseigné sur le sujet
les contingences, heu oui, les contingences
elle n'a pas tout saisi
Kant, Husserl, Heggel je n'ai pas lu désolé
on parle un peu cinéma
musique
les films avec Patrick Dewaere, les westerns spaghettis
les films d'horreur, les vieux films en noir et blanc
qu'elle trouve trop vieux justement
les belles chansons de Leonard Cohen et les bouses
qu'on entend à la radio
mais moi j'aime bien Rihanna quand même
on parle un peu de l'avenir
de ma recherche d'emploi
Tu cherches vraiment ?
Rebsamen ne me fait pas peur !
de la cigarette électronique
par souci d'économies et qu'elle ne soit plus
une fumeuse passive
Mes vêtements sentent la clope au Lycée

L'autre soir on parlait
de réussir ou de rater sa vie
Je ne sais pas ce que je dois lire
entre les lignes, dans son regard
dans ses mots parfois durs
défi, provocation, sincérité ? 

Prolonger l'écriture me paraît encore la réponse
la plus adéquate
si tant est que l'écriture soit une réponse
une justification 
une façon de s'en tirer à moindres frais

Je n'écris pas toujours
loin s'en faut et le quotidien
revient inlassablement à la charge
avec ses mêmes étroitesses
ses mêmes gestes répétés cent fois mille fois
ce même ennui de soi mais
je ne fuis pas le quotidien
je m'y vautre
avec une certaine nonchalance
une certaine complicité
jusqu'à ce que la mort nous sépare
sans avoir rien résolu


3 juil. 2014

ce qui aurait pu ne jamais se faire

y'a un paquet d'années
au sortir de l'adolescence
j'étais pas comme ça
je veux dire pas aussi calme
qu'aujourd'hui
en apparence
pas aussi mesuré pas aussi amical
j'étais nerveux et agressif
j'étais égocentrique et susceptible
hypersensible aussi je crois
j'étais bien souvent seul dans mon coin
dans une chambre
porté sur les idées noires et l'insatisfaction permanente
j'avais des tocs des manies de vieux garçon
et puis j'étais capable de tout foutre
en l'air
sur un coup de tête
d'avaler un pack de bières en quelques minutes
de me branler plusieurs fois de suite
ou d'aller voir les putes faute de mieux
d'observer les gens sans aucune empathie
de vouloir la mort d'une foule entière
et puis ça ne m'a mené nulle part
et puis j'ai fait des exercices
pour essayer de changer un peu
de mieux m'adapter
à ce monde-là
de tracer ma route qu'elle soit
secondaire mal éclairée
jusqu'à en devenir normale
routinière exagérément routinière
et puis des voix anciennes se sont tues
elles ont laissé la place
à d'autres
qui ne me réclament plus
qu'un peu de poésie pour couvrir
les détritus
qu'un peu de tendresse et d'humour
pour arroser
ce qui aurait pu ne jamais
exister



30 juin 2014

entrer progressivement dans la lumière du jour

je vois une épaisse fumée
au loin
aux infos ils disent que c'est un entrepôt industriel
qui brûle
que l'incendie est à présent maîtrisé
j'appelle l'administration
pour savoir si je vais bientôt toucher
le rsa
je n'obtiens pas de réponse
claire et rassurante
tant pis
je lis un article sur l'équipe
de France de foot
qui croit en ses chances de qualification
ouais ce soir moi aussi j'y crois
dur comme fer
je consulte la rubrique nécrologie
de wikipédia
mais les personnes décédées me sont
totalement
inconnues
je jette régulièrement
un oeil à la fenêtre
vers cette grue qui tourne sur
elle-même
dans un ballet bien orchestré
où les danseurs empilent des blocs de
béton
sur le sol
j'envoie un texto à ma fille qui
passe le Bac de français
je fume des clopes toutes les heures
je bois des cafés sans dépasser la dose
dangereuse - d'après les médecins
ce sont des petites choses
comme ça
qui me permettent d'entrer
dans la lumière du jour
jusqu'à faire coïncider
mon existence
avec le
monde qui m'entoure


28 juin 2014

toujours en passant...

connaître ses limites
c'est tracer une frontière
au delà de laquelle
on entre en conflit avec soi-même

***

lors d'un entretien d'embauche
il s'agit de se montrer
sous son meilleur aspect
c'est-à-dire celui d'un faux-cul
sans faux-col
à la recherche d'un vrai boulot
de merde

***

mon esprit
s'ouvre au monde
dans la limite
de l'axe
qui se trouve entre mon siège
et la fenêtre

***

les révolutions
pourraient-elles
n'être le fruit
que de l'évolution
des rêves ?


Comme ça, en passant

Il doit bien exister
quelque part
un pont des sourires
qui
dès qu'on le franchit
provoque
l'hilarité
générale
et l’irrépressible
envie
de se lier
d'amitié avec
des inconnus

***

un homme qui
marche devant son ombre
prend le risque
de la perdre
en cours de route
sans même s'en apercevoir

***

un homme qui
se croit au dessus
des lois
finit par croire
que la gravité
n'existe que pour les
autres

***

un homme qui
pense avoir
toujours raison
est plus proche de
la folie
qu'il ne pense

***

un homme qui
a peur de tout
et de n'importe quoi
me ressemble à tel point
qu'il me fait
peur






au jour le jour

chaque matin, c'est la même
rengaine les seules atrocités sont
dans les images du sommeil dans les pensées
secrètes qu'on sait encore taire dans les journaux télévisés
qu'on peut éteindre à tout moment rien ne saurait
altérer les courbes les angles et les perspectives
des immeubles des arbres des silhouettes
au jour le jour n de cette grue ni de cette boutique
qui vend un peu de tout en vrac
s'il n'y avait l'imagination pour en
découdre parfois avec la réalité
dont on déplore l'extrême lenteur
tantôt l'extrême fuite en avant tantôt
l'étrangeté avec laquelle on se voit là
parce qu'au fond on ne sait pas trop
ce qu'on veut s'il s'agit de faire une pause
de quelques instants d'observer à l'écart
de la route de bifurquer vers une destination
inconnue radicalement différente
et puis il y a cette chose qu'on oublie trop souvent
dans le confort des bruits familiers
c'est de se mettre bien avec soi-même
en reprenant le fil de chaque matin
qu'il puisse recoudre l'envie d'ailleurs
sans faire saigner l'ego l'ancien et le nouveau

27 juin 2014

et de tout ça !

en bras de chemise
et
trempé de sueur
et
les cheveux gras
et
la langue pâteuse
et
perdu dans le vague
et
sans attache
et
la tête sur un verre vide
et
d'une voix rocailleuse
et
d'une salopette crasseuse
et
d'une pièce sur le comptoir
et
de tout ce qui ne se voit pas
il
quitte les lieux
pour quelques heures
seulement

mais aujourd'hui

on y venait par
les chemins bosselés
de campagne
je pédalais comme un
fou devant
mon frère
qui me hurlait de
l'attendre
en crachant la poussière

mais aujourd'hui
les champs les ronces et la minuscule rivière
ont disparu
mais aujourd'hui
sous le béton
armé
ce ne sont plus nos pierres
qui formaient un tas
pour nos jeux

mais aujourd'hui
sur une photo jaunie
je
te montre ce qu'il reste
de notre
maison
familiale
il y a bien longtemps

et tu as peine
à croire
que la force
du temps
est celle de l'écrasement de tout



26 juin 2014

6 postures en sortant du trou

Les jours sombres
s'empilent
&
forment un tas de plus en plus haut
&
seules quelques nuances
un peu plus
claires
restent visibles à
l'oeil
nu

***

les chiffres du chômage ne sont pas bons
celui de ma tension non plus
les lettres d'un poème
sont un combat permanent

***

il me jure que
dieu est amour
je lui réponds que
que ce n'est pas la peine
d'insister

***

sur le mur un insecte
grimpe
jusqu'au plafond
je l'observe
en attendant
qu'il chute

***

les traces
de l'enfance
sont un sillon
de boue séchée
avec beaucoup
de poussière
&
de dureté
sous les pieds

***

j'aimerais bien
que l'avenir
s'éclaircisse
que l'argent
coule à flots
par exemple
en attendant
je vais lire les présages
dans le marc de
mon huitième café
dans la fumée de
ma vingt-et-unième clope

***







24 juin 2014

Il faudrait pouvoir !

sur la table
s’amoncellent
des papiers

qui nous rappellent
chaque jour
de cette vie étriquée
qu'on ne veut plus voir

il faudrait pouvoir
respirer
claquer la porte
sentir
l'air frais
sur nos nuques crispées

Il faudrait pouvoir
bâtir
de nos propres mains
un endroit
secret
où personne ne viendrait
nous chercher

Il faudrait pouvoir
prendre la fuite
au hasard
partir en de longs
voyages
quelque part
ou ailleurs
&
revenir au point de
départ
en nous disant que tout a bien
changé
en notre absence

Il faudrait
pouvoir

20 juin 2014

entre le bleu et le blanc le ciel hésite

entre le bleu et le blanc
le ciel hésite
à ajouter du noir
à raccourcir d'un jour
la fin des haricots
à tomber sur les têtes
qui ne sont pas si solides
que ça

l'équilibre est fragile
par exemple
on se sait trop comment s'habiller
tee-shirt
gilet
capuche
ce sont des détails et pourtant
un papier vole au vent
avec toutes les incertitudes

scooter dans un bruit infernal
couvre les cris
des éboueurs
je compte
tant bien que mal
le vert des poubelles
le rouge des tuiles
la sève étouffée des arbres
les dix doigts de mes mains
les clopes dans mon paquet

au loin
la grue immobile
comme un mirador
semble faire face
à l'immeuble géant
les fenêtres sont toutes les mêmes
c'est pour
uniformiser le cadre de vie
les achats
les couleurs
les pensées
les repères
deux pigeons perchés sur une gouttière
attendent de s'envoler

d'autres n'attendent rien
de spécial
c'est juste qu'on n'y peut pas changer
grand-chose
par exemple
parfois elle pleure sans aucune raison
apparente
dans son coin
parfois j'aimerais comprendre

souvent les mots
se servent
de nos fragilités
pour les rendre
encore plus
étranges

tout n'est pas figé
ce petit rayon de soleil
qui vient à l'instant
m'a redonné l'envie
je crois
de rester terre à terre
un peu plus longtemps
en fin de compte