y'a un paquet d'années
au sortir de l'adolescence
j'étais pas comme ça
je veux dire pas aussi calme
qu'aujourd'hui
en apparence
pas aussi mesuré pas aussi amical
j'étais nerveux et agressif
j'étais égocentrique et susceptible
hypersensible aussi je crois
j'étais bien souvent seul dans mon coin
dans une chambre
porté sur les idées noires et l'insatisfaction permanente
j'avais des tocs des manies de vieux garçon
et puis j'étais capable de tout foutre
en l'air
sur un coup de tête
d'avaler un pack de bières en quelques minutes
de me branler plusieurs fois de suite
ou d'aller voir les putes faute de mieux
d'observer les gens sans aucune empathie
de vouloir la mort d'une foule entière
et puis ça ne m'a mené nulle part
et puis j'ai fait des exercices
pour essayer de changer un peu
de mieux m'adapter
à ce monde-là
de tracer ma route qu'elle soit
secondaire mal éclairée
jusqu'à en devenir normale
routinière exagérément routinière
et puis des voix anciennes se sont tues
elles ont laissé la place
à d'autres
qui ne me réclament plus
qu'un peu de poésie pour couvrir
les détritus
qu'un peu de tendresse et d'humour
pour arroser
ce qui aurait pu ne jamais
exister
3 juil. 2014
30 juin 2014
entrer progressivement dans la lumière du jour
je vois une épaisse fumée
au loin
aux infos ils disent que c'est un entrepôt industriel
qui brûle
que l'incendie est à présent maîtrisé
j'appelle l'administration
pour savoir si je vais bientôt toucher
le rsa
je n'obtiens pas de réponse
claire et rassurante
tant pis
je lis un article sur l'équipe
de France de foot
qui croit en ses chances de qualification
ouais ce soir moi aussi j'y crois
dur comme fer
je consulte la rubrique nécrologie
de wikipédia
mais les personnes décédées me sont
totalement
inconnues
je jette régulièrement
un oeil à la fenêtre
vers cette grue qui tourne sur
elle-même
dans un ballet bien orchestré
où les danseurs empilent des blocs de
béton
sur le sol
j'envoie un texto à ma fille qui
passe le Bac de français
je fume des clopes toutes les heures
je bois des cafés sans dépasser la dose
dangereuse - d'après les médecins
ce sont des petites choses
comme ça
qui me permettent d'entrer
dans la lumière du jour
jusqu'à faire coïncider
mon existence
avec le
monde qui m'entoure
au loin
aux infos ils disent que c'est un entrepôt industriel
qui brûle
que l'incendie est à présent maîtrisé
j'appelle l'administration
pour savoir si je vais bientôt toucher
le rsa
je n'obtiens pas de réponse
claire et rassurante
tant pis
je lis un article sur l'équipe
de France de foot
qui croit en ses chances de qualification
ouais ce soir moi aussi j'y crois
dur comme fer
je consulte la rubrique nécrologie
de wikipédia
mais les personnes décédées me sont
totalement
inconnues
je jette régulièrement
un oeil à la fenêtre
vers cette grue qui tourne sur
elle-même
dans un ballet bien orchestré
où les danseurs empilent des blocs de
béton
sur le sol
j'envoie un texto à ma fille qui
passe le Bac de français
je fume des clopes toutes les heures
je bois des cafés sans dépasser la dose
dangereuse - d'après les médecins
ce sont des petites choses
comme ça
qui me permettent d'entrer
dans la lumière du jour
jusqu'à faire coïncider
mon existence
avec le
monde qui m'entoure
28 juin 2014
toujours en passant...
connaître ses limites
c'est tracer une frontière
au delà de laquelle
on entre en conflit avec soi-même
***
lors d'un entretien d'embauche
il s'agit de se montrer
sous son meilleur aspect
c'est-à-dire celui d'un faux-cul
sans faux-col
à la recherche d'un vrai boulot
de merde
***
mon esprit
s'ouvre au monde
dans la limite
de l'axe
qui se trouve entre mon siège
et la fenêtre
***
les révolutions
pourraient-elles
n'être le fruit
que de l'évolution
des rêves ?
c'est tracer une frontière
au delà de laquelle
on entre en conflit avec soi-même
***
lors d'un entretien d'embauche
il s'agit de se montrer
sous son meilleur aspect
c'est-à-dire celui d'un faux-cul
sans faux-col
à la recherche d'un vrai boulot
de merde
***
mon esprit
s'ouvre au monde
dans la limite
de l'axe
qui se trouve entre mon siège
et la fenêtre
***
les révolutions
pourraient-elles
n'être le fruit
que de l'évolution
des rêves ?
Comme ça, en passant
Il doit bien exister
quelque part
un pont des sourires
qui
dès qu'on le franchit
provoque
l'hilarité
générale
et l’irrépressible
envie
de se lier
d'amitié avec
des inconnus
***
un homme qui
marche devant son ombre
prend le risque
de la perdre
en cours de route
sans même s'en apercevoir
***
un homme qui
se croit au dessus
des lois
finit par croire
que la gravité
n'existe que pour les
autres
***
un homme qui
pense avoir
toujours raison
est plus proche de
la folie
qu'il ne pense
***
un homme qui
a peur de tout
et de n'importe quoi
me ressemble à tel point
qu'il me fait
peur
quelque part
un pont des sourires
qui
dès qu'on le franchit
provoque
l'hilarité
générale
et l’irrépressible
envie
de se lier
d'amitié avec
des inconnus
***
un homme qui
marche devant son ombre
prend le risque
de la perdre
en cours de route
sans même s'en apercevoir
***
un homme qui
se croit au dessus
des lois
finit par croire
que la gravité
n'existe que pour les
autres
***
un homme qui
pense avoir
toujours raison
est plus proche de
la folie
qu'il ne pense
***
un homme qui
a peur de tout
et de n'importe quoi
me ressemble à tel point
qu'il me fait
peur
au jour le jour
chaque matin, c'est la même
rengaine les seules atrocités sont
dans les images du sommeil dans les pensées
secrètes qu'on sait encore taire dans les journaux télévisés
qu'on peut éteindre à tout moment rien ne saurait
altérer les courbes les angles et les perspectives
des immeubles des arbres des silhouettes
au jour le jour n de cette grue ni de cette boutique
qui vend un peu de tout en vrac
s'il n'y avait l'imagination pour en
découdre parfois avec la réalité
dont on déplore l'extrême lenteur
tantôt l'extrême fuite en avant tantôt
l'étrangeté avec laquelle on se voit là
parce qu'au fond on ne sait pas trop
ce qu'on veut s'il s'agit de faire une pause
de quelques instants d'observer à l'écart
de la route de bifurquer vers une destination
inconnue radicalement différente
et puis il y a cette chose qu'on oublie trop souvent
dans le confort des bruits familiers
c'est de se mettre bien avec soi-même
en reprenant le fil de chaque matin
qu'il puisse recoudre l'envie d'ailleurs
sans faire saigner l'ego l'ancien et le nouveau
rengaine les seules atrocités sont
dans les images du sommeil dans les pensées
secrètes qu'on sait encore taire dans les journaux télévisés
qu'on peut éteindre à tout moment rien ne saurait
altérer les courbes les angles et les perspectives
des immeubles des arbres des silhouettes
au jour le jour n de cette grue ni de cette boutique
qui vend un peu de tout en vrac
s'il n'y avait l'imagination pour en
découdre parfois avec la réalité
dont on déplore l'extrême lenteur
tantôt l'extrême fuite en avant tantôt
l'étrangeté avec laquelle on se voit là
parce qu'au fond on ne sait pas trop
ce qu'on veut s'il s'agit de faire une pause
de quelques instants d'observer à l'écart
de la route de bifurquer vers une destination
inconnue radicalement différente
et puis il y a cette chose qu'on oublie trop souvent
dans le confort des bruits familiers
c'est de se mettre bien avec soi-même
en reprenant le fil de chaque matin
qu'il puisse recoudre l'envie d'ailleurs
sans faire saigner l'ego l'ancien et le nouveau
27 juin 2014
et de tout ça !
en bras de chemise
et
trempé de sueur
et
les cheveux gras
et
la langue pâteuse
et
perdu dans le vague
et
sans attache
et
la tête sur un verre vide
et
d'une voix rocailleuse
et
d'une salopette crasseuse
et
d'une pièce sur le comptoir
et
de tout ce qui ne se voit pas
il
quitte les lieux
pour quelques heures
seulement
et
trempé de sueur
et
les cheveux gras
et
la langue pâteuse
et
perdu dans le vague
et
sans attache
et
la tête sur un verre vide
et
d'une voix rocailleuse
et
d'une salopette crasseuse
et
d'une pièce sur le comptoir
et
de tout ce qui ne se voit pas
il
quitte les lieux
pour quelques heures
seulement
mais aujourd'hui
on y venait par
les chemins bosselés
de campagne
je pédalais comme un
fou devant
mon frère
qui me hurlait de
l'attendre
en crachant la poussière
mais aujourd'hui
les champs les ronces et la minuscule rivière
ont disparu
mais aujourd'hui
sous le béton
armé
ce ne sont plus nos pierres
qui formaient un tas
pour nos jeux
mais aujourd'hui
sur une photo jaunie
je
te montre ce qu'il reste
de notre
maison
familiale
il y a bien longtemps
et tu as peine
à croire
que la force
du temps
est celle de l'écrasement de tout
les chemins bosselés
de campagne
je pédalais comme un
fou devant
mon frère
qui me hurlait de
l'attendre
en crachant la poussière
mais aujourd'hui
les champs les ronces et la minuscule rivière
ont disparu
mais aujourd'hui
sous le béton
armé
ce ne sont plus nos pierres
qui formaient un tas
pour nos jeux
mais aujourd'hui
sur une photo jaunie
je
te montre ce qu'il reste
de notre
maison
familiale
il y a bien longtemps
et tu as peine
à croire
que la force
du temps
est celle de l'écrasement de tout
26 juin 2014
6 postures en sortant du trou
Les jours sombres
s'empilent
&
forment un tas de plus en plus haut
&
seules quelques nuances
un peu plus
claires
restent visibles à
l'oeil
nu
***
les chiffres du chômage ne sont pas bons
celui de ma tension non plus
les lettres d'un poème
sont un combat permanent
***
il me jure que
dieu est amour
je lui réponds que
que ce n'est pas la peine
d'insister
***
sur le mur un insecte
grimpe
jusqu'au plafond
je l'observe
en attendant
qu'il chute
***
les traces
de l'enfance
sont un sillon
de boue séchée
avec beaucoup
de poussière
&
de dureté
sous les pieds
***
j'aimerais bien
que l'avenir
s'éclaircisse
que l'argent
coule à flots
par exemple
en attendant
je vais lire les présages
dans le marc de
mon huitième café
dans la fumée de
ma vingt-et-unième clope
***
s'empilent
&
forment un tas de plus en plus haut
&
seules quelques nuances
un peu plus
claires
restent visibles à
l'oeil
nu
***
les chiffres du chômage ne sont pas bons
celui de ma tension non plus
les lettres d'un poème
sont un combat permanent
***
il me jure que
dieu est amour
je lui réponds que
que ce n'est pas la peine
d'insister
***
sur le mur un insecte
grimpe
jusqu'au plafond
je l'observe
en attendant
qu'il chute
***
les traces
de l'enfance
sont un sillon
de boue séchée
avec beaucoup
de poussière
&
de dureté
sous les pieds
***
j'aimerais bien
que l'avenir
s'éclaircisse
que l'argent
coule à flots
par exemple
en attendant
je vais lire les présages
dans le marc de
mon huitième café
dans la fumée de
ma vingt-et-unième clope
***
24 juin 2014
Il faudrait pouvoir !
sur la table
s’amoncellent
des papiers
qui nous rappellent
chaque jour
de cette vie étriquée
qu'on ne veut plus voir
il faudrait pouvoir
respirer
claquer la porte
sentir
l'air frais
sur nos nuques crispées
Il faudrait pouvoir
bâtir
de nos propres mains
un endroit
secret
où personne ne viendrait
nous chercher
Il faudrait pouvoir
prendre la fuite
au hasard
partir en de longs
voyages
quelque part
ou ailleurs
&
revenir au point de
départ
en nous disant que tout a bien
changé
en notre absence
Il faudrait
pouvoir
s’amoncellent
des papiers
qui nous rappellent
chaque jour
de cette vie étriquée
qu'on ne veut plus voir
il faudrait pouvoir
respirer
claquer la porte
sentir
l'air frais
sur nos nuques crispées
Il faudrait pouvoir
bâtir
de nos propres mains
un endroit
secret
où personne ne viendrait
nous chercher
Il faudrait pouvoir
prendre la fuite
au hasard
partir en de longs
voyages
quelque part
ou ailleurs
&
revenir au point de
départ
en nous disant que tout a bien
changé
en notre absence
Il faudrait
pouvoir
20 juin 2014
entre le bleu et le blanc le ciel hésite
entre le bleu et le blanc
le ciel hésite
à ajouter du noir
à raccourcir d'un jour
la fin des haricots
à tomber sur les têtes
qui ne sont pas si solides
que ça
l'équilibre est fragile
par exemple
on se sait trop comment s'habiller
tee-shirt
gilet
capuche
ce sont des détails et pourtant
un papier vole au vent
avec toutes les incertitudes
scooter dans un bruit infernal
couvre les cris
des éboueurs
je compte
tant bien que mal
le vert des poubelles
le rouge des tuiles
la sève étouffée des arbres
les dix doigts de mes mains
les clopes dans mon paquet
au loin
la grue immobile
comme un mirador
semble faire face
à l'immeuble géant
les fenêtres sont toutes les mêmes
c'est pour
uniformiser le cadre de vie
les achats
les couleurs
les pensées
les repères
deux pigeons perchés sur une gouttière
attendent de s'envoler
d'autres n'attendent rien
de spécial
c'est juste qu'on n'y peut pas changer
grand-chose
par exemple
parfois elle pleure sans aucune raison
apparente
dans son coin
parfois j'aimerais comprendre
souvent les mots
se servent
de nos fragilités
pour les rendre
encore plus
étranges
tout n'est pas figé
ce petit rayon de soleil
qui vient à l'instant
m'a redonné l'envie
je crois
de rester terre à terre
un peu plus longtemps
en fin de compte
le ciel hésite
à ajouter du noir
à raccourcir d'un jour
la fin des haricots
à tomber sur les têtes
qui ne sont pas si solides
que ça
l'équilibre est fragile
par exemple
on se sait trop comment s'habiller
tee-shirt
gilet
capuche
ce sont des détails et pourtant
un papier vole au vent
avec toutes les incertitudes
scooter dans un bruit infernal
couvre les cris
des éboueurs
je compte
tant bien que mal
le vert des poubelles
le rouge des tuiles
la sève étouffée des arbres
les dix doigts de mes mains
les clopes dans mon paquet
au loin
la grue immobile
comme un mirador
semble faire face
à l'immeuble géant
les fenêtres sont toutes les mêmes
c'est pour
uniformiser le cadre de vie
les achats
les couleurs
les pensées
les repères
deux pigeons perchés sur une gouttière
attendent de s'envoler
d'autres n'attendent rien
de spécial
c'est juste qu'on n'y peut pas changer
grand-chose
par exemple
parfois elle pleure sans aucune raison
apparente
dans son coin
parfois j'aimerais comprendre
souvent les mots
se servent
de nos fragilités
pour les rendre
encore plus
étranges
tout n'est pas figé
ce petit rayon de soleil
qui vient à l'instant
m'a redonné l'envie
je crois
de rester terre à terre
un peu plus longtemps
en fin de compte
17 juin 2014
Le souvenir d'un autre
les cloches de l'église retentissent
je regarde l'heure
et le linge qui sèche sur les radiateurs
dehors le vent
influence à peine les marées
humaines
voitures scooters camionnettes
bruits de ferraille
caddies vieux jeans poussettes
dehors le vent
donne
aux voilures d'échafaudages
l'allure de vaisseaux-fantômes
les ouvriers ravalent
le mur d'en face
les commerçants
n'ont pas tous le sourire
les passantes
ont déjà un téléphone
à portée de main
le bus 191 arrive parfois
à l'heure
la vieille femme rom s'assied au même endroit
pour faire la manche
la guerre de Troie aura
bien lieu
mais on ne sait pas quand
je regarde l'heure
et le linge qui sèche sur les radiateurs
et le papier peint qui se décolle
et les ondulations de ton souffle quand tu dors
et un tas d'autres détails qui se perdent
je me demande si
j'existe vraiment
ou
si je suis le souvenir
de quelqu'un d'autre
je regarde l'heure
et le linge qui sèche sur les radiateurs
dehors le vent
influence à peine les marées
humaines
voitures scooters camionnettes
bruits de ferraille
caddies vieux jeans poussettes
dehors le vent
donne
aux voilures d'échafaudages
l'allure de vaisseaux-fantômes
les ouvriers ravalent
le mur d'en face
les commerçants
n'ont pas tous le sourire
les passantes
ont déjà un téléphone
à portée de main
le bus 191 arrive parfois
à l'heure
la vieille femme rom s'assied au même endroit
pour faire la manche
la guerre de Troie aura
bien lieu
mais on ne sait pas quand
je regarde l'heure
et le linge qui sèche sur les radiateurs
et le papier peint qui se décolle
et les ondulations de ton souffle quand tu dors
et un tas d'autres détails qui se perdent
je me demande si
j'existe vraiment
ou
si je suis le souvenir
de quelqu'un d'autre
on s'occupe comme on peut
et j'e pourrais m'occuper
à faire autre chose
mais
j'aime bien regarder
les émissions
qui parlent
des faits divers
les disséquant dans les moindres
détails
depuis les préparatifs
jusqu'au calvaire
des victimes
jetant un oeil à ma fenêtre
ensuite
alors que tout s'apparente à la normalité
je me dis qu'il y a forcément
parmi tous ceux
qui passent
tantôt un pédophile
en chasse
tantôt
un terroriste
cachant une bombe sous son imper
tantôt
un braqueur
de joailleries de luxe
en cavale
et même
une allumeuse
opérant
pour un gang de barbares
et j'e pourrais m'occuper
à faire autre chose
mais
j'aime bien regarder
les émissions
qui parlent
des faits divers
les disséquant dans les moindres
détails
depuis les préparatifs
jusqu'au calvaire
des victimes
jetant un oeil à ma fenêtre
ensuite
alors que tout s'apparente à la normalité
je me dis qu'il y a forcément
parmi tous ceux
qui passent
tantôt un pédophile
en chasse
tantôt
un terroriste
cachant une bombe sous son imper
tantôt
un braqueur
de joailleries de luxe
en cavale
et même
une allumeuse
opérant
pour un gang de barbares
Un bon ratio
A la boulangerie
il y a trois clients avant moi
pour seulement un pain au chocolat et aux amandes
ça me fait donc
une chance sur quatre
&
j'ai beau prier pour avoir
ce dernier pain au chocolat et aux amandes
c'est un ratio finalement
très largement supérieur
à celui que j'ai
de trouver un bon salaire
de gagner le gros lot
ou
de rencontrer le meilleur poète américain
du siècle.
il y a trois clients avant moi
pour seulement un pain au chocolat et aux amandes
ça me fait donc
une chance sur quatre
&
j'ai beau prier pour avoir
ce dernier pain au chocolat et aux amandes
c'est un ratio finalement
très largement supérieur
à celui que j'ai
de trouver un bon salaire
de gagner le gros lot
ou
de rencontrer le meilleur poète américain
du siècle.
16 juin 2014
Partie d'un contingent
Moi
qui suis
si important pour moi
ne serait-ce que certains
jours
j'ai laissé les hypothèses
devant l'implacable réalité
des choses
je porte des lunettes
un survêtement
et tout un tas de phobies
de peurs
qu'on pourrait dire
irraisonnées
(et qui ne le sont sans doute pas)
je fais partie d'un contingent
qui a déposé les armes depuis
longtemps
miné par la culpabilité
à la moindre
embardée de travers
qui se bat encore
pour faire semblant
de chercher le miracle
derrière un horizon
d'oublis
je les côtoie
ces fous
ces lâches
ces gueules de bois
des salopards
en tous genres
parce que
je fais partie d'un
contingent de chômeurs
de branleurs
de baiseurs
d'acteurs d'une vie qui les dépasse
de plusieurs
autres vies
moi
j'ai posé mes valises
avec dedans
des affaires de rechange
pour une solitude
d'agrément
en attendant
qu'on vienne me
chercher
qui suis
si important pour moi
ne serait-ce que certains
jours
j'ai laissé les hypothèses
devant l'implacable réalité
des choses
je porte des lunettes
un survêtement
et tout un tas de phobies
de peurs
qu'on pourrait dire
irraisonnées
(et qui ne le sont sans doute pas)
je fais partie d'un contingent
qui a déposé les armes depuis
longtemps
miné par la culpabilité
à la moindre
embardée de travers
qui se bat encore
pour faire semblant
de chercher le miracle
derrière un horizon
d'oublis
je les côtoie
ces fous
ces lâches
ces gueules de bois
des salopards
en tous genres
parce que
je fais partie d'un
contingent de chômeurs
de branleurs
de baiseurs
d'acteurs d'une vie qui les dépasse
de plusieurs
autres vies
moi
j'ai posé mes valises
avec dedans
des affaires de rechange
pour une solitude
d'agrément
en attendant
qu'on vienne me
chercher
21 mai 2014
Malgré
malgré
l'impression d'être
à l'intérieur
d'une hydre
à plusieurs voix
malgré
la tentation
de me justifier
du présent
sans effort
malgré
le flou
autour de nous
qui ne nous permet
guère d'avancer
malgré
ce que nous sommes
devenus
je n'invoque plus
le passé
-pâte à modeler-
pour faire face
et
d'ailleurs
je ne suis pas certain
qu'il ait
jamais existé
l'impression d'être
à l'intérieur
d'une hydre
à plusieurs voix
malgré
la tentation
de me justifier
du présent
sans effort
malgré
le flou
autour de nous
qui ne nous permet
guère d'avancer
malgré
ce que nous sommes
devenus
je n'invoque plus
le passé
-pâte à modeler-
pour faire face
et
d'ailleurs
je ne suis pas certain
qu'il ait
jamais existé
Un poème de Patrick Roche
Patrick Roche est un jeune étudiant de 21 ans, à Pinceton.
Poème trouvé sur le blog de Murièle Modély :
21. Mon père est renversé par une voiture
Il s’est évanoui sur la route, avec un taux d’alcoolémie
De quatre fois la limite légale.
Je ne pleure pas.
Quatre mois plus tard,
Les infirmiers perdent son pouls
Et je me demande quelle vie
A défilé devant ses yeux.
Rembobinant des cassettes VHS
Des vieux films faits maison
20.
19. Je n’ai pas ramené un ami à la maison depuis quatre ans.
18. Ma mère a le mot « divorce » sur les lèvres
Sa bouche se crispe en l’avalant
Comme s’il brûlait en descendant.
17. Je commence à faire mes devoirs au Starbucks.
J’ai des conversations plus profondes avec les baristas
Qu’avec ma famille.
16. J’attends le soir de Noël.
Mon frère et moi avons l’habitude d’échanger nos cadeaux plus tôt,
Cette année,
Lui et mon père ont échangé des coups.
Ma mère ne va pas à la messe.
15. J’ai une théorie : mon père a recommencé à boire
Peut être parce qu’il a découvert que j’étais gay.
Que s’il réussissait à tout rendre flou,
Peut être que j’aurais l’air « normal » ( « straight »)
15. Ma mère nettoie son vomi au milieu de la nuit
Et cuisine le petit-déjeuner au matin, comme si elle n’avait pas perdu son appétit.
15. Je m’en veux.
15. Mon frère en veut au monde entier
15. Ma mère en veut au chien.
15. Dimanche de Super Bowl.
Mon père débarque comme une avalanche
Il emporte tout dans ses chutes,
Banderoles, tables basses, cadres photo
Trébuchant, tombant.
Je trouve son jeton des Alcooliques Anonymes sur le comptoir de la cuisine.
14. Mon père est sobre depuis dix ans,
Peut être onze ans ?
Je le sais
Nous n’y pensons même plus.
13.
12.
11. Maman me dit que les rendez-vous de Papa sont avec les AA.
Elle me demande si je sais ce que ça veut dire.
Je ne sais pas.
Je hoche la tête quand même.
10. Mes parents ne boivent jamais de vin aux repas de famille.
Tous mes oncles et mes tantes en boivent.
Je suis distrait par la télé et j’oublie de demander pourquoi.
9.
8.
7.
6. Je veux être Spider-Man.
Ou mon père.
Ils sont un peu pareil.
5.
4.
3. Je fais un cauchemar
Le même, à propos de la sorcière Ursula dans la Petite Sirène
Alors je me lève,
Je dandine vers la chambre de Maman et Papa,
Doudou dans la main,
Je m’arrête.
Papa est debout, en sous-vêtements,
Je vois sa silhouette devant la lumière du réfrigérateur
Il lève une bouteille
À ses lèvres.
2.
1.
Zero. Quand ma mère était enceinte de moi,
Je me demande si elle espérait,
Comme tant de mères espèrent,
Que son bébé grandirait pour devenir
Exactement comme
Son père.
La traduction a été faite ici : http://www.madmoizelle.com/poeme-21-alcoolisme-251182
Poème trouvé sur le blog de Murièle Modély :
21. Mon père est renversé par une voiture
Il s’est évanoui sur la route, avec un taux d’alcoolémie
De quatre fois la limite légale.
Je ne pleure pas.
Quatre mois plus tard,
Les infirmiers perdent son pouls
Et je me demande quelle vie
A défilé devant ses yeux.
Rembobinant des cassettes VHS
Des vieux films faits maison
20.
19. Je n’ai pas ramené un ami à la maison depuis quatre ans.
18. Ma mère a le mot « divorce » sur les lèvres
Sa bouche se crispe en l’avalant
Comme s’il brûlait en descendant.
17. Je commence à faire mes devoirs au Starbucks.
J’ai des conversations plus profondes avec les baristas
Qu’avec ma famille.
16. J’attends le soir de Noël.
Mon frère et moi avons l’habitude d’échanger nos cadeaux plus tôt,
Cette année,
Lui et mon père ont échangé des coups.
Ma mère ne va pas à la messe.
15. J’ai une théorie : mon père a recommencé à boire
Peut être parce qu’il a découvert que j’étais gay.
Que s’il réussissait à tout rendre flou,
Peut être que j’aurais l’air « normal » ( « straight »)
15. Ma mère nettoie son vomi au milieu de la nuit
Et cuisine le petit-déjeuner au matin, comme si elle n’avait pas perdu son appétit.
15. Je m’en veux.
15. Mon frère en veut au monde entier
15. Ma mère en veut au chien.
15. Dimanche de Super Bowl.
Mon père débarque comme une avalanche
Il emporte tout dans ses chutes,
Banderoles, tables basses, cadres photo
Trébuchant, tombant.
Je trouve son jeton des Alcooliques Anonymes sur le comptoir de la cuisine.
14. Mon père est sobre depuis dix ans,
Peut être onze ans ?
Je le sais
Nous n’y pensons même plus.
13.
12.
11. Maman me dit que les rendez-vous de Papa sont avec les AA.
Elle me demande si je sais ce que ça veut dire.
Je ne sais pas.
Je hoche la tête quand même.
10. Mes parents ne boivent jamais de vin aux repas de famille.
Tous mes oncles et mes tantes en boivent.
Je suis distrait par la télé et j’oublie de demander pourquoi.
9.
8.
7.
6. Je veux être Spider-Man.
Ou mon père.
Ils sont un peu pareil.
5.
4.
3. Je fais un cauchemar
Le même, à propos de la sorcière Ursula dans la Petite Sirène
Alors je me lève,
Je dandine vers la chambre de Maman et Papa,
Doudou dans la main,
Je m’arrête.
Papa est debout, en sous-vêtements,
Je vois sa silhouette devant la lumière du réfrigérateur
Il lève une bouteille
À ses lèvres.
2.
1.
Zero. Quand ma mère était enceinte de moi,
Je me demande si elle espérait,
Comme tant de mères espèrent,
Que son bébé grandirait pour devenir
Exactement comme
Son père.
La traduction a été faite ici : http://www.madmoizelle.com/poeme-21-alcoolisme-251182
pour ne pas perdre le fil (scène de la vie quotidienne)
pour ne pas perdre le contact
avec la réalité
se raser se laver
changer de slip de chaussettes
passer l'aspirateur
s'occuper du linge
ranger les papiers qui traînent
écouter les derniers tubes à la mode
se parler pendant les repas
&
poser un regard franc
&
critique
sur les choses
mais sans trop
s'attarder non plus
on n'est ni des sociologues
ni des
révolutionnaires
a la télé
ils disent que
la France est une grosse avaleuse
de psychotropes
&
d'alcool
&
de trucs en tout genre
pour retrouver le sommeil
la concentration
la santé
la vitalité
la jeunesse
stockage et cargaison
dans les placards
je sais que tu abuses parfois
même si tu prétends le contraire
ça fait longtemps que j'ai cessé
de jouer au gendarme
moi
je ne rends jamais visite aux
psys
je mesure le bien-être
sur une échelle de
valeurs subjectives
qu'on trouve dans
un bon bouquin
un poème
un sourire
une parole apaisante
un baiser
ton cul
une clope
&
un bon film
pour ne pas perdre le fil
je note tout ça
quand même
de peur d'oublier
les plus élémentaires
règles de vie
qui fonctionnent
cahin-caha
depuis des années
avec la réalité
se raser se laver
changer de slip de chaussettes
passer l'aspirateur
s'occuper du linge
ranger les papiers qui traînent
écouter les derniers tubes à la mode
se parler pendant les repas
&
poser un regard franc
&
critique
sur les choses
mais sans trop
s'attarder non plus
on n'est ni des sociologues
ni des
révolutionnaires
a la télé
ils disent que
la France est une grosse avaleuse
de psychotropes
&
d'alcool
&
de trucs en tout genre
pour retrouver le sommeil
la concentration
la santé
la vitalité
la jeunesse
stockage et cargaison
dans les placards
je sais que tu abuses parfois
même si tu prétends le contraire
ça fait longtemps que j'ai cessé
de jouer au gendarme
moi
je ne rends jamais visite aux
psys
je mesure le bien-être
sur une échelle de
valeurs subjectives
qu'on trouve dans
un bon bouquin
un poème
un sourire
une parole apaisante
un baiser
ton cul
une clope
&
un bon film
pour ne pas perdre le fil
je note tout ça
quand même
de peur d'oublier
les plus élémentaires
règles de vie
qui fonctionnent
cahin-caha
depuis des années
19 mai 2014
Stockholm (Jean-Marc Flahaut)
En un récit court, dense, haletant et donc passionnant (40 pages), Jim Flahaut nous offre un condensé de ce qu'aurait pu être l'enlèvement de Patricia Hearst (Patty Hearst), petite-fille d'un magna de la presse américaine, milliardaire et fille d'un riche homme d'affaires, par un groupe d'extrême-gauche dans les années 70.
Durant sa captivité, les journalistes et les psychologues ont estimé que Patty Heasrt avait été victime du syndrome de Stockholm.
Le syndrome de Stockholm désigne un phénomène psychologique où des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers développent une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers (Wikipedia).
Le récit se construit sous la forme de fragments, de repères datés (même si aucune année n'est indiquée) et, au final, la datation importe peu.
Ces fragments se font en de fines touches, parfois discrètement poétiques, comme des rafales de mitraillette, et Jean-Marc Flahaut va directement à l'essentiel, sans s'embarrasser de fioritures, laissant le lecteur poursuivre l'aventure par lui-même, quand nécessaire.
L'époque, le contexte sont particulièrement bien restitués. On sent le grand soin apporté par l'auteur pour dire ce qu'il faut, sans en dire trop.
Le découpage du récit pourrait se rapprocher d'un film de Wong Kar-wai, avec des ellipses, des phrases courtes, nerveuses et des sauts dans le temps.
1-Avant enlèvement 2-L'enlèvement par un groupuscule "l'armée du peuple" 3-la participation à la lutte armée puis la cavale 4-l'arrestation et le procès 5-l'interview 25 ans plus tard 6- la conclusion sous forme d'interrogation.
On est happé par le récit. On ne le lâche pas d'une semelle. On veut savoir.
Le rythme ne faiblit jamais ; le livre est prenant du début à la fin et pourrait presque se décliner comme un polar politique.
Même si l'univers en est assez éloigné, j'ai également pensé au bouquin "L'honneur perdu de Katharina Blum" de Heinrich Boll.
Jim Flahaut aborde la Liberté sous 3 angles : la liberté avant l'enlèvement : c'est rêver courir le long d'un étang, en compagnie d'une amie, pour échapper à un univers étouffant. La liberté pendant l'enlèvement, c'est vivre enfin, participer à la "révolution", à l'action militante et violente. La liberté après : c'est sortir du procès, sortir de prison et mener une vie calme et simple, entourée de chiens, d'un mari et de 2 enfants, dans un coin tranquille.
Alors, syndrome de Stockholm ou pas ?
Jim Flahaut pose des jalons, incite aux impressions mais dans ce récit, pas de jugement de valeur, pas d'explication tranchée.
Le mystère demeure sur les motivations psychologiques de "Patty".
Et c'est aussi bien comme ça.
Ce livre s'inscrit parfaitement dans la collection des Etats-Civils dont la devise est :
"Je chante les causes perdues et crains celles qui ont triomphé" WB Yeats.
Durant sa captivité, les journalistes et les psychologues ont estimé que Patty Heasrt avait été victime du syndrome de Stockholm.
Le syndrome de Stockholm désigne un phénomène psychologique où des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers développent une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers (Wikipedia).
Le récit se construit sous la forme de fragments, de repères datés (même si aucune année n'est indiquée) et, au final, la datation importe peu.
Ces fragments se font en de fines touches, parfois discrètement poétiques, comme des rafales de mitraillette, et Jean-Marc Flahaut va directement à l'essentiel, sans s'embarrasser de fioritures, laissant le lecteur poursuivre l'aventure par lui-même, quand nécessaire.
L'époque, le contexte sont particulièrement bien restitués. On sent le grand soin apporté par l'auteur pour dire ce qu'il faut, sans en dire trop.
Le découpage du récit pourrait se rapprocher d'un film de Wong Kar-wai, avec des ellipses, des phrases courtes, nerveuses et des sauts dans le temps.
1-Avant enlèvement 2-L'enlèvement par un groupuscule "l'armée du peuple" 3-la participation à la lutte armée puis la cavale 4-l'arrestation et le procès 5-l'interview 25 ans plus tard 6- la conclusion sous forme d'interrogation.
On est happé par le récit. On ne le lâche pas d'une semelle. On veut savoir.
Le rythme ne faiblit jamais ; le livre est prenant du début à la fin et pourrait presque se décliner comme un polar politique.
Même si l'univers en est assez éloigné, j'ai également pensé au bouquin "L'honneur perdu de Katharina Blum" de Heinrich Boll.
Jim Flahaut aborde la Liberté sous 3 angles : la liberté avant l'enlèvement : c'est rêver courir le long d'un étang, en compagnie d'une amie, pour échapper à un univers étouffant. La liberté pendant l'enlèvement, c'est vivre enfin, participer à la "révolution", à l'action militante et violente. La liberté après : c'est sortir du procès, sortir de prison et mener une vie calme et simple, entourée de chiens, d'un mari et de 2 enfants, dans un coin tranquille.
Alors, syndrome de Stockholm ou pas ?
Jim Flahaut pose des jalons, incite aux impressions mais dans ce récit, pas de jugement de valeur, pas d'explication tranchée.
Le mystère demeure sur les motivations psychologiques de "Patty".
Et c'est aussi bien comme ça.
Ce livre s'inscrit parfaitement dans la collection des Etats-Civils dont la devise est :
"Je chante les causes perdues et crains celles qui ont triomphé" WB Yeats.
17 mai 2014
une chaleur à crever les abcès (scène de la vie quotidienne)
23°
c'est indiqué sur le thermomètre
penché
sur son balcon
il fume une clope
boit une bière
observe la rue en contrebas
observe l'horizon
et ses barres de béton
noyées de soleil
il ne rêve pas
ou alors
il rêve à des histoires tellement lointaines
il ne sourit pas
écrase sa clope dans un cendrier
termine sa bière
puis il rejoint son jeune fils
&
sa femme à l'intérieur de leur 3 pièces
elle passe l'aspirateur
il laisse la porte-fenêtre ouverte
un véhicule municipal
bruyant
nettoie les trottoirs
avec un puissant jet d'eau
ça amuse une bande de gosses
qui suit le véhicule
sur plusieurs dizaine de mètres
deux vieux assis sur un banc
somnolent
profondément
comme les chats aux aguets
des mères discutent entre elles
dans leur langue
animée
un couple s'attarde devant
la petite Librairie
une jeune fille provoque le
sifflement
d'un admirateur en rut
une bagnole de police
passe en trombe
sirène hurlante
il y a bien ici comme ailleurs
des trafiquants
de tous poils
mais
la rumeur
court
que le bonheur
du jour
est à portée de
fusil
il fait une chaleur à crever
les abcès
c'est indiqué sur le thermomètre
penché
sur son balcon
il fume une clope
boit une bière
observe la rue en contrebas
observe l'horizon
et ses barres de béton
noyées de soleil
il ne rêve pas
ou alors
il rêve à des histoires tellement lointaines
il ne sourit pas
écrase sa clope dans un cendrier
termine sa bière
puis il rejoint son jeune fils
&
sa femme à l'intérieur de leur 3 pièces
elle passe l'aspirateur
il laisse la porte-fenêtre ouverte
un véhicule municipal
bruyant
nettoie les trottoirs
avec un puissant jet d'eau
ça amuse une bande de gosses
qui suit le véhicule
sur plusieurs dizaine de mètres
deux vieux assis sur un banc
somnolent
profondément
comme les chats aux aguets
des mères discutent entre elles
dans leur langue
animée
un couple s'attarde devant
la petite Librairie
une jeune fille provoque le
sifflement
d'un admirateur en rut
une bagnole de police
passe en trombe
sirène hurlante
il y a bien ici comme ailleurs
des trafiquants
de tous poils
mais
la rumeur
court
que le bonheur
du jour
est à portée de
fusil
il fait une chaleur à crever
les abcès
dans le flux des passants (scène de la vie quotidienne)
le clebs tire sur la laisse
renifle le trottoir
et
les cul des chiennes
pisse contre un mur
d'habitation
recommence un peu plus loin
son maître s'amuse de le voir
ainsi tirer sur la laisse
on les regarde d'un air soucieux
va t'il aussi le laisser déposer sa crotte ?
le feu passe au vert
un scooter prend des risques pas possibles
en zigzaguant
entre les voitures
le bus 191 est bondé
contrairement au salon de coiffure
désespérément vide
à la devanture de la petite Librairie
d'à côté
sont alignés
les plus grands succès du moment
Lévy Musso et Cie
et des livres plus rares
La squaw de Malakoff
un mec crache un glaviot monstrueux
sur le trottoir
et
hurle un salut
à un mec d'en face
qui lui répond
avec le même entrain
certains font la queue
devant la boulangerie
ça sent foutrement bon !
ils savent déjà
quelle pâtisserie choisir
Une abricotine, s'il vous plaît !
Non un pavé au chocolat, plutôt !
l'hésitation
ne peut durer plus
qu'il ne faut
c'est une évidence
on entre on sort
de la supérette
on retire de l'argent au distributeur
on sait ce qu'on doit faire
c'est ce qu'il doit se dire
lui aussi
en sortant du tabac
l'air débraillé
il s'immobilise un instant
allume une clope
souffle un bon coup
avant de disparaître
à son tour
dans le flux des passants
renifle le trottoir
et
les cul des chiennes
pisse contre un mur
d'habitation
recommence un peu plus loin
son maître s'amuse de le voir
ainsi tirer sur la laisse
on les regarde d'un air soucieux
va t'il aussi le laisser déposer sa crotte ?
le feu passe au vert
un scooter prend des risques pas possibles
en zigzaguant
entre les voitures
le bus 191 est bondé
contrairement au salon de coiffure
désespérément vide
à la devanture de la petite Librairie
d'à côté
sont alignés
les plus grands succès du moment
Lévy Musso et Cie
et des livres plus rares
La squaw de Malakoff
un mec crache un glaviot monstrueux
sur le trottoir
et
hurle un salut
à un mec d'en face
qui lui répond
avec le même entrain
certains font la queue
devant la boulangerie
ça sent foutrement bon !
ils savent déjà
quelle pâtisserie choisir
Une abricotine, s'il vous plaît !
Non un pavé au chocolat, plutôt !
l'hésitation
ne peut durer plus
qu'il ne faut
c'est une évidence
on entre on sort
de la supérette
on retire de l'argent au distributeur
on sait ce qu'on doit faire
c'est ce qu'il doit se dire
lui aussi
en sortant du tabac
l'air débraillé
il s'immobilise un instant
allume une clope
souffle un bon coup
avant de disparaître
à son tour
dans le flux des passants
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