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9 oct. 2013

méthode Coué

Il me reste quelques
vieux souvenirs de
lycée et de fac quand
on nous parlait de cycles
économiqes
plus ou moins longs

et le mental fonctionne
un peu comme ça
des hauts, des bas
des très bas, des bien hauts

on ne s'en cache d'ailleurs pas auprès d'elle
qui connaît
nos difficultés financières
récurrentes

par une curieuse ironie
elle étudie les Trente Glorieuses
en cours d'Histoire
elle me dit :
-on aurait dû vivre dans les années 50 ou 60, papa
et d'ajouter :
-comme ça, tu aurais déjà trouvé un travail sans problème

je lui réponds
avec mes
vieux souvenirs de
lycée et de fac
-ça va finir par se tasser ; Joseph Kitchin parle de cycles de trois à quatre ans
-c'est long quand même

je suis bien conscient
que mon discours
est plutôt mal approprié
méthode Coué
devant l'urgence de la
situation

je ne vais quand même pas
lui parler de cycles menstruels
ni de roues de vélo
lancées à vive allure
dans une descente à pic

-c'est vrai, c'est long mais on va s'en sortir
-moi aussi, j'espère papa





5 oct. 2013

un demi-tour

A l'écart de la ville
c'est un bâtiment immense
accolé à deux autres bâtiments immenses
-un de chaque côté-

tout-à-l'heure en approchant
lentement
avec ma voiture
j'ai senti une sorte de peur instinctive
j'ai allumé une clope
je me suis convaincu qu'il s'agissait
d'une peur sans doute irraisonnée

le nom de la société figure en grand
en lettres rouge vif
dessous c'est écrit
"spécialiste des composants informatiques"
il ne fait pas encore tout-à-fait jour
et ce rouge sang
ne me quitte pas des yeux

je passe devant une statue monstrueuse
plantée au milieu d'un bassin
circulaire
un jet d'eau régulier sort
de la gueule du monstre
et m'éclabousse
j'avance rapidement dans la cour intérieure
je ne croise personne

ça sent la peinture fraîche
à moins que ce ne soit dans ma tête
de grandes baies vitrées
-très propres-
des lumières blanches à l'intérieur
des salles vides près d'autres salles vides
à pertes de vue

je me présente à l'accueil
-une jolie une femme brune-
je dis que c'est mon premier jour ici
la femme sourit
-j''espère que vous vous y plairez
je lui souris en retour
elle m'invite à monter au 4è étage
par l'ascenseur
de gauche
-je préviens Mr Priaud de votre arrivée

je la remercie
j'avance à pas résolus
pour faire bonne impression
en attendant l'ascenseur
je me demande si je ne ferais pas mieux
de faire demi-tour
illico presto


13 sept. 2013

c'est vraiment parce qu'il faut y aller

J'ai reçu une offre d'une boîte d'intérim par
texto
"URGENT, mission d'un mois, renouvelable, conseiller téléphonique"
et je n'ai
même pas envie de postuler
parce que CA ME GONFLE
alors je fais le mort
je fais celui qui n'a besoin de RIEN
celui pour qui tout roule bordel qui paye toutes ses factures
qui fait bouffer sa famille avec autre chose que les
mêmes nouilles chinoises pâtes bon marché yaourts merdiques
de quoi remplir un caddie sans crever la dalle

je fais celui qui gesticule dans sa posture
d'écrivain en devenir dès le présent
parce que bosser hé bien ça boufferait toute mon
énergie
qui doit se tourner vers le PRINCIPAL LE GENIAL le DERNIER POEME
sorti du plus profond de l'être intime blablabla
de mon crâne tendu vers l'bjectif
qui n'a pas encore de titre
pas encore de mots
pas encore de moi
mais déjà des migraines

Je m'en veux d'ailleurs
de ne postuler que pour ce genre d'annonces
dans le télémarketing conseil client sondages
alors que je pourrais tenter autre chose
serveur, gardien de nuit, conducteur de limousine
ou me rendre utile auprès des personnes âgées des orphelins ou
des sans papiers des sans abris qui EUX crèvent réellement  la dalle dehors

Mais rien de tout ça
NON je ne change rien
à ce que je fais depuis des années et des années
installé dans un chaotique confort
d'environnement professionnel
qui me structure bien plus que je l'imaginais
c'est dire dans quel état de délabrement
intérieur
et de défaite je me trouve
sans bien m'en rendre compte sans bien me le dire face to face 

La lâcheté ordinaire a ceci de particulier
(et de plaisant à la longue)
qu'elle ne se remarque pas
facilement
et qu'on peut la cacher un temps fou aux yeux des autres
et par là-même se la cacher à soi-même
on a toujours de bonnes excuses à faire valoir

OUI mais voilà
un autre truc qui me taraude c'est la
CULPABILITE
quand je vois qu'elle se sent mal à cause de moi
(enfin j'imagine que ça en fait partie)
de ce que je suis
de ce que je ne fais pas
alors me prend l'envie subite
de relire l'annonce :
"URGENT, mission d'un mois, renouvelable, conseiller téléphonique"

et de composer le numéro :
-Oui, bonjour j'ai reçu un texto de votre part... blablabla... oui, je suis disponible dès demain matin.... blablabla... oui merci beaucoup. A demain.

et puis j'annonce fièrement que j'ai décroché un nouveau boulot

et au fond de moi je sais que
si je tiens plus d'une semaine
à répondre à des clients au téléphone
sans péter un plomb
c'est pur miracle mériterait même pèlerinage à Lourdes un de ces quatre...

4 sept. 2013

tout mon possible

En salle de réunion
tout le service front-office est là
-une quinzaine de personnes -
autour d'une table
en demi cercle

le boss annonce la couleur
pour l'année qui vient
de s'écouler
pour l'année qui vient
lui succéder

l'entreprise connaît une période difficile dans un contexte
global difficile

chiffres à l'appui sur le vidéo-projecteur
ses paroles glissent
sur le mur blanc

mais je vais faire tout mon possible
pour que le service ne soit pas déménagé...

Le boss nous regarde droit dans les yeux
les uns après les autres
on entend les mouches voler
qui oserait respirer après ça ?

tout mon possible
quand il le répète
Le boss a une carrure d'athlète mais
ce qu'il raconte ne m'intéresse pas
plus que ça

je pense à me barrer d'ici de toute façon
je pense au menu dégueulasse de la cantine
aux faux-culs qui veulent faire carrière
aux collègues que j'aime bien

je pense que de devrais
moi aussi
faire de la muscu
régulièrement

et annoncer
avec le même aplomb
que je vais faire tout mon possible
sans trop savoir ni comment ni pour quoi
mais ce sera bien pour quelqu'un

3 sept. 2013

Bla bla bla de l'Annapurna

garder un boulot
plus d'un mois
tiendrait maintenant de l'exploit de
l'exceptionnel de
l'insurmontable
qui serait de l'ordre
du premier homme dans l'espace
de la scission de l'atome

avec les éléments à ma disposition
et les jours de désordre qui vont suivre
faudrait que j'écrive un guide
qui dirait ce qu'il ne faut (surtout) pas faire
pour être lourdé (sans détour)

et puis avec des mots touchants de désespoir
(je m'émeus tout seul, là) :
Je suis pas un héros !
Je suis pas un modèle à suivre !
Je suis pas fait pour ça, merde !
Je suis foutu ! poil au cul !
Je suis un "poète" français !
(avec les guillemets pour pas passer pour un vantard)
ça tiendrait en quelques pages
(au delà de quelques pages, ça m'épuise).

"à l'assaut de l'
Annapurna, premier contrat de plus de 
30 jours d'affilée"
sous-titré
"chroniques d'un naze : tu tiens de l'
inné ou de l'acquis ?"

Par la face Nord
(avec ou sans sherpas)
assis sur la cuvette des chiottes
(avec ou sans pq)
en attendant l'inspiration
l'expiration
en attendant que ça passe
je pense à tout ça
je pense à rien, quoi...
et ça ne fait rire que moi.

21 août 2013

Le petit muret en béton

Devant l'entrée du bâtiment
quelques fumeurs
assis 
sur un petit muret en béton
ils me regardent passer devant eux
je leur dis bonjour
c'est un peu comme si je leur demandais
un billet simple
pour Las Vegas

dans l'ascenseur étroit
je sens le parfum 
capiteux d'une nana au décolleté
impitoyable
je ne bande pas
elle me sourit et me demande si 
c'est mon premier jour ici
ce sera peut-être mon dernier, je lui réponds
en tentant l'humour au 2è étage

le tailleur strict qui me reçoit
en compagnie de deux autres 
gagnants au concours de l'embauche
nous fait signer contrat
et divers papiers de discrétion de
sécurité d'assurance
bon, je vais pas faire le malin
je signe tout ce qu'elle me présente
sans rechigner
et pourtant

après deux semaines ici
on m'en raconte des vertes et des pourries
sur l'ambiance dans la boîte
depuis l'arrivée du nouveau directeur général
il a quasiment mon âge le salaud
y'a eu une tentative de suicide dans les toilettes
par exemple
-non, sans déconner ?
-si, si, je t'assure et le boss a mis ça sur ses problèmes perso alors que...
et

après plus d'un an et demi d'arrêt-maladie
là voilà de retour
d'ailleurs
on me la présente vite fait mais
impossible de deviner ce qui lui passe par la tête
aujourd'hui

et le directeur général a décidé
de remplacer la bonbonne d'eau ce matin
de nous prévenir par mail
de nous préciser de ne pas appuyer trop longtemps sur le bouton d'eau froide

et c'est toujours Las Vegas
un peu partout
moi aussi maintenant j'ai ma place
sur le petit muret en béton
clope au bec
tiens
je reçois mon premier chèque de paie
la semaine prochaine
je pense

11 juil. 2013

aucun vautour au ciel

Soleil
grand soleil ce matin
vacances - plage - vagues - barbecue
mais non rien de tout ça
c'est un réveil douloureux
un peu angoissé
visage à l'eau froide
et des habits propres
j'ai plus l'habitude

de me préparer
à ce rituel
pour pas rater ce grand moment
de sociabilité retrouvée
avec des collègues
tout neufs
un bureau des ordinateurs des programmes
spécifiques une formation de plusieurs jours
et un contrat bon dieu un contrat !

et puis c'est l'heure du départ
un peu angoissé
non non c'est pas la rue
c'est presque désert 
aucun vautour dans le ciel
aucun duel à l'horizon
pas de panique merde mais
toujours un peu angoissé
c'est jamais facile de
faire bonne figure
de montrer du caractère
de la volonté de l'envie
de la motivation bordel !

et puis je ressemble à quoi
maintenant ?
j'ai toujours l'air normal ?
je peux réussir à m'habituer ?
à m'y faire ?
hein je ressemble à mon hier
ou à mon avant-hier lointain ou
à rien ?

avant d'entrer en contact
direct je suis dans le métro assis face
à quelqu'un qui
pense que je le fixe
mais qui a commencé nom de dieu ?
je sors un livre de ma poche pour
me donner une contenance
je fais semblant de lire
je n'arrive pas à lire dans les transports en commun
je tourne les pages je tourne et
je retiens un mot par ci par là pas plus
je t'envoie un texto pour me sentir mieux
j'espère que ça va marcher, tu espères aussi

l'heure approche...
je suis devant les locaux...
un peu angoissé...
je respire un bon coup...
une clope je la fume lentement, très lentement
je l'étire jusqu'au mégot
on m'attend
il me faudrait mon chapeau de cow-boy
je sais pas une fiole de bourbon
une phrase toute faite
une confiance à toute épreuve
et puis surtout surtout
me souvenir (chaque heure, le plus possible)
qu'on n'a pas le choix
pas d'autre choix pour l'instant en tout cas
(on va y penser l'esprit léger aérien volatile concentré)
allez ! allez !
pas de vent pour me pousser ?

je suis toujours un peu angoissé
un peu
quand ça arrive ces choses-là



24 juin 2013

6 pour 1

c'est toujours la même
rengaine
au moment
crucial
la tension monte
jusqu'au
4è étage
je sors de l'ascenseur
étroit
je frappe à la porte
vitrée
une jeune femme
vient m'ouvrir
dit bonjour
et retourne aussitôt
à son poste de travail
me lassant planté
dans le couloir
quelques instants
une autre femme
d'âge mûr
me convie à
m'installer
en attendant
les autres
dans une salle de réunion
où se trouve déjà un mec
affairé
avec son téléphone portable
on se sourit
je lui demande s'il a des infos
sur la mission
il me répond "non
pas vraiment"
les minutes passent
je regarde alentour
un tableau
sur lequel figure
l'organigramme de la société
puis la cheminée fumante
d'une aciérie en face
de l'immeuble
puis cette foutue table
transparente
qui scrute le moindre
de nos gestes
de nos gènes
puis je ferme les yeux
en tâchant
de savoir si mon
pouls s'est calmé
si mon âge sera un atout
si je tiendrai le coup
jusqu'au bout
cette fois
et avant
bien avant
d'obtenir des réponses
la porte se referme
sur une voix feutrée
légèrement hésitante qui
nous indique que
nous sommes au complet
six
candidats
pour un poste


10 févr. 2010

Entre nous soit dit (Près du Hall C)

Ponctuel, et même un peu en avance.
Je ne parle pas à grand monde
Je peine à m'intégrer
c'est une habitude.
Les journées suivantes
ne m'ont pas permis
de considérer ma vie
sous un angle vraiment neuf.
Je tente de reproduire au mieux
les gestes
qu'on m'a appris
pour m'imprégner en efficacité
comme dit l'imposant contremaître
venu nous rendre une visite
de contrôle à l'improviste.
Je me fais tout petit
c'est la meilleure approche
pour ne pas passer pour un
j'm'en foutiste proche de partir
comme j'ai pu faire ailleurs parfois.
La seule chose peut-être
c'est que jamais je ne me serais
imaginé à supporter les odeurs
de poissson mort
à longueur de journée.
Alors oui, je m'imprègne j'aurais pu
lui répondre au lieu d'un sourire gêné.
Farid un jeune collègue
vient me proposer une clope
on se parle de foot du boulot
et de la nuit qui dure
au dessus de nous.
Il est encore très tôt mais
avec la caféine et la nicotine
à forte dose déjà
dans le sang
je peux sentir comme
une sorte de tonus
qui me trimballe
d'un endroit à l'autre
et me fait oublier
quelques instants
à quel point
j'ai surtout besoin d'argent à
la fin.

8 févr. 2010

A la fraîche

A la descente du bus
il me fait un petit signe de la main
pour venir le rejoindre il me demande
ce que j'en pense du boulot ici
je réponds ça va, ça va pour l'instant
il me tape sur l'épaule avec ses grosses paluches
et il se marre parce qu'il en a vu défiler des gars
qui n'ont pas tenu les cadences
longtemps allez bon courage
je me dirige vers le Hall C
ça pue le poisson à mort mais je
commence à m'y habituer
à 3.30 heures du mat
ça te réveille d'un bon coup
je m'habille avec la veste en nylon gris
aux petites rayures jaune
je me fume une clope à la fraîche
là ou les étoiles placardent encore
leurs souvenirs d'antan
pour ceux qui savent les déchiffrer
j'enfile les gants de travail
le premier commis me demande
de ramener quelques caisses et d'aller
au pesage à l'étiquetage
puis de vérifier la
qualité de chaque poisson un par un
j'va t'montrer les bonn' astuces
qu'il me dit en se saisissant d'un saumon
givré dans la caisse
s'agirait po d'faire n'importe quoi hein
parc'que les clients veul' que du bon poisson hein.
J'écoute j'observe j'acquiesce
et je lui dis que je m'en sortirai
sans doute tout seul
et il me fait j'espère bien hein
parce que j'pourrai po toujours êt' derrière toa
il me tape sur l'épaule avec ses grosses paluches
lui aussi
et il se marre
et il fait toujours nuit
et c'est loin d'être fini quand on n'a pas trop le choix.

30 nov. 2009

ce ne sont pas les doigts qui vont craquer

Le froid est vif et je peine
à me frayer une place dans le petit local
de l'accueil
surchauffé ou m'attendent
quatre collègues pour une série
de livraisons
au hangar 3 je les salue machinalement
je n'ai pas la tête
à soulever de la fonte ces putains de colis
comme la dernière fois
je n'ai pas la tête à supporter
leurs insinuations leurs questions
leurs regards leurs rapports
je vais d'abord me boire un café
brûlant à 35 centimes fumer
une clope dehors sous l'oeil des caméras
de surveillance je vais scruter le ciel
mes poches mon répertoire
de pensées
heureuses - il m'en reste
à écrire -
Je vous rejoints ensuite
je leur dis
je vais tâcher de résister
de tenir bon
de tenir la journée
de tenir mes huit heures
aux autres le combat la flamme
le qui plus est
le dernier mot

16 nov. 2009

simple erreur n'est-ce-pas

déjà qu'il pleut déjà qu'il vente
mais ça ne suffit pas
je viens de lire un courrier
de la sécu qui dit ceci
nous avons bien reçu
la déclaration d'accident de travail
faite par votre employeur
mais nous n'avons pas reçu
votre attestation initiale

et on
menace donc
de ne rien me verser
si je ne fournis pas illico cette putain
d'attestation
initiale que j'ai pourtant envoyée il y a
11 jours et c'est pas la peine
de t'inquiéter je me dis
c'est pas la peine
déjà qu'il pleut déjà qu'il vente
ce doit être une erreur
une simple erreur
n'est-ce-pas

12 nov. 2009

Accident du travail à mains nues

c'est écrit sur le papier
que j'ai envoyé
Accident du travail
les échographies n'ont pas décelé
de déchirure inguinale
il a fallu
la radiographie
pour constater le trauma
ischio-pelvien
rien de grave et
c'est tant mieux je
n'avais aucune envie
de repasser sur le
billard mais je savais bien
que mon corps allait
se venger d'une façon
ou d'une autre qu'il n'allait pas
pas tenir
à pousser des caisses
porter des cartons
des gros cartons
et encore des caisses
est-ce qu'on
va m'affecter sur un
nouveau poste
je n'en sais rien est-ce
que je vais me faire
lourder
je n'en sais rien
est-ce que les lignes noires
de
l'horizon pourront un jour
se replier
paisiblement
dans la poche de mon
pantalon
avec
un paquet de clopes
et un briquet
je n'en sais rien
non plus

5 nov. 2009

Version pavé et légèrement écourtée

(cf nous sommes encore en vie tels que nous étions )

Un brouillard dense à l'arrivée par la petite route de cambrousse il fait froid très froid dans la zone industrielle on n’y voit rien à peine deviner les longs fantômes gris immobiles qui murent les bâtiments là ou de toute façon je ne sais toujours pas trop quoi faire à passer d’une salle à l’autre j'aide quand même à relier quelques câbles j'aide quand même à visser quelques boulons

j'aide à pas grand chose en fait jusqu’à ce qu’il arrive lui le petit chef et se mette à hurler (et on se demande encore pourquoi) sur un intérimaire avec des : tu bosses pas assez vite toi! ou des: me prends pas pour un con! je vais t'en faire baver moi tu vas voir ! ou encore des: tu vas pas faire long feu ici crois-moi ! on écoute sans rien dire avec la soufflerie en arrière-fond on n’ose pas intervenir on se dit que ça ne peut que terminer en coups de poing dans la gueule cette histoire j’ai presque envie d’en rire tellement c’est ridicule mais à voir la tronche fulminante essoufflée du petit chef je renonce à mon idée

et puis non le ton retombe aussi vite qu’il est monté tout redevient normal c'est-à-dire qu'il faut encore un paquet de muscles vider un stock colossal de machines le déplacer dans une autre salle et tout ranger à bout de bras dans les plus hautes étagères évidemment à la demande du client QUI EST LE ROI à nos côtés référencie les pièces sur son ordinateur portable non cette pièce encore un peu plus haut s’il vous plait celle-ci de l’autre côté merci heu attendez non on va revenir à l’idée de départ

l'odeur de nos aisselles l’odeur de nos pieds et un que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam c’est le responsable du bâtiment m'apprend-on nous prend à part et d’un ton docte nous explique qu'il faut CHAQUE soir débarrasser CHAQUE salle de ses cartons vide qu’il ne faut pas REMPLIR la benne dehors n’importe comment qu'il faut réfléchir un peu ok? qu'il faut faire TRES très attention à la résine du sol ça coûte 20.000 euros de la remplacer ok? c’est compris ? et puis il a remarqué qu'une porte avait été défoncée par un transpalette ça coûte 2.000 euros une porte comme ça ok? C’est compris ?

à l’heure de repasser au bureau en fin journée le chef du petit chef a calculé au fait 20 minutes ce matin Mobert c’est bien ça ? je tolère un retard jamais deux ! QUE CE SOIT BIEN CLAIR ! ça vous fera un avertissement et le sourire du petit chef en coin

vus sous cet angle nous sommes encore en vie mais il n'est pas impossible que nous perdions nos feuilles d'humanité avant que le brouillard se soit levé d'ici...

2 nov. 2009

nous sommes encore en vie tels que nous étions

Un brouillard dense à l'arrivée
par la petite route de cambrousse
il fait froid très froid
dans la zone industrielle
on n’y voit rien
à peine deviner les longs fantômes
gris
immobiles
qui murent les bâtiments
là ou
de toute façon
je ne sais toujours
pas trop quoi faire
à passer d’une salle à l’autre
j'aide quand même à relier quelques câbles
j'aide quand même à visser quelques boulons
j'aide à pas grand chose
en fait

jusqu’à ce qu’il arrive lui
le petit chef et se mette à
hurler (et on se sait pas pourquoi)
sur un intérimaire
à peine « formé »
de plus de jours que moi
avec des :
tu bosses pas assez vite toi!
qu’est-ce-tu fous dans ta journée !
ou des:
me prends pas pour un con!
je vais t'en faire baver moi tu vas voir !
ou encore des:
tu vas pas faire long feu ici crois-moi !
on écoute sans rien dire
avec la soufflerie en arrière-fond
on n’ose pas intervenir
entre eux deux
on se dit que ça ne peut que
terminer en coups
de poing dans la gueule
cette histoire
j’ai presque envie d’en rire
tellement c’est ridicule
mais à voir la tronche
fulminante essoufflée
du petit chef
je renonce à mon idée

et puis non le ton retombe
le ton retombe
aussi vite qu’il est monté
tout redevient normal
normal
c'est-à-dire qu'il faut encore
un paquet
de muscles
vider un stock colossal de machines
sorties du cul dilaté d’un pervers
ou d’un branchiosaure
le déplacer
dans une autre salle
et tout ranger à bout de bras
dans les plus hautes
étagères
évidemment
à la demande du client
QUI EST LE ROI
à nos côtés référencie les pièces sur son ordinateur
portable
non cette pièce encore un peu plus haut s’il vous plait
celle-ci de l’autre côté merci
heu attendez non on va revenir à l’idée de départ

la fatigue la sueur
l'odeur de nos aisselles
l’odeur de nos pieds
et
un que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam
c’est le responsable du bâtiment
me chuchote t-on
vient nous prendre à part vertement
et
d’un ton docte
nous explique qu'il faut CHAQUE soir
débarrasser CHAQUE salle
de ses cartons vide
qu’il ne faut pas REMPLIR
la benne dehors
n’importe comment qu'il faut réfléchir un peu
ok?
qu'il faut faire TRES très attention à la résine du sol
ça coûte 20.000 euros de la remplacer
ok?
qu'il faut faire TRES attention au détecteur
incendie extrêmement sensible
et qui vous enverrait des litres
d'azote dans la tronche s’il se déclenchait
ok ? c’est compris ?
et puis il a remarqué qu'une porte avait été défoncée
par un transpalette
ça coûte 2.000 euros une porte comme ça
ok? C’est compris ?
ok
c'est compris c'est compris
et cesse de me fixer comme
si j'étais une chose à
soumettre
n'insiste pas c'est compris

à l’heure de passer au bureau
pour récupérer mes affaires
en fin de journée
le chef du petit chef
a calculé
au fait 20 minutes ce matin Mobert
c’est bien ça ? je tolère un retard
jamais deux ! QUE CE SOIT BIEN CLAIR !
ça vous fera un avertissement
et le sourire du petit chef
en coin

vus sous cet angle nous
sommes encore en vie
mais
il n'est pas impossible
que
nous perdions nos feuilles
d'humanité
avant que le brouillard se soit
levé
d'ici.

29 oct. 2009

91 kilos à bout de bras et pas un coin de ciel bleu

On est cinq
plus le responsable
Je ne sais même pas ce qu'on attend de moi
je suis le nouveau
je m'appelle Mobert
ok moi c'est Fabrice
des camions stoppent devant la porte
pour des livraisons
91 kilos et des brouettes dans chaque carton
on décharge dans la salle des stocks
je n'ai pas de badge d'accès
on m'oublie quelques minutes à
l'intérieur
désolé
c'est pas drôle mon gars
et ça me fait mal
au bide de décharger
tout ça
alors pour me remettre je me prends une clope à l'air
frais
et direction vite fait la salle
d'usinage au niveau -2
faut maintenant qu'on monte les machines
une à une
qu'on les teste
qu'on les branche sur des centaines de
câbles
et y'en a partout
dans tous les sens
de toutes les couleurs
je n'y comprends rien
ça pue l'azote à mort
on ne s'entend plus
rien qu'un bruit de
soufflerie
permanent
toute la journée
ce bruit de soufflerie
dans les oreilles
je me demande encore
si nous ne serions pas
ici
les naufragés d'un paradis
sans ciel
perdu
dans les sous-sols du
bâtiment B4
et même un cygne
blanc
dans la mare du parvis
semble se foutre
de nous
au moment de
partir
en nous montrant
sa plume au cul