De ville en ville
fantôme
j'ai marché
avec un clou
entre les orteils
l'oiseau a chié
plusieurs fois
sur mon crâne
le même oiseau
me suivait
depuis ma naissance
les voitures
ont freiné
parfois trop tard
sur mes pieds
écrasés
mais
de ville en ville
fantôme
j'ai marché
avec un clou
entre les orteils
il y avait du sang
partout
et un seul
oiseau
perdait ses plumes
sur mes chaussures
trouées
les infirmiers
qui m'ont sauvé
m'ont trouvé beau
et laid à la fois
ils ont dit que
je sentais des pieds
que je n'étais pas
un fantôme
que je racontais vraiment
n'importe quoi
ils m'ont enfermé dans
un placard
avec un
poème d'Allen Ginsberg
pendu par les couilles
et un
ticket de métro vieux
de 45 ans
qui sentait
le sperme chaud
24 mai 2013
23 mai 2013
le haut de la citerne
je suis déjà
en nage
dans mon bleu de chauffe
un peu trop large
derrière une
énorme citerne
il me dit :
-viens on va s'en griller une là
comme j'hésite
un peu
il trouve à me convaincre :
-t'inquiètes, le boss peut pas nous voir d'où il est
je pose mon grand pinceau
et le seau maculé d'huile
par terre
-moi, c'est Bob
-Thierry, je réponds
je lui demande ça fait combien
de temps qu'il
bosse dans la boîte
-deux ans, un peu plus peut-être
puis je lui demande si
ça lui plaît
ici
il se marre comme une baleine
et les regards d'autres ouvriers se tournent
vers nous
-merde, y'en a bien un qui va nous dénoncer, tu vas voir !
qu'il fait
tout bas
puis il énumère sur ses doigts
d'un ton presque doux
de 1-ici, c'est ambiance de faux-culs
de 2-le patron est un enculé
de 3-le salaire est pourri
de 4-je te parle pas de l'organisation, des rotations
il me tend une
heineken 33cl
sortie d'un sac plastique à ses pieds
et tiédie
par le soleil
-je trouve pas de 5 pour l'instant mais j'te jure qu'il doit bien y en avoir un...
-t'as sans doute raison
-à la tienne, mec ! faut faire avec c'qu'on a, hein ?
un peu plus tard dans l'après-midi
fatigué par
la répétition des efforts
je prends une petite pause
clope
bien méritée
à l'abri des regards
mon collègue de tout-à-l'heure
(il a l'oeil)
vient me voir et
ma lance gentiment :
-t'avances pas vite, nom de dieu... tu veux un coup de main sur le haut de la citerne ?
-nan ça ira, j'vais m'y remettre
-c'est la première fois que tu bosses sur un chantier, hein ?
puis il me dit
tout sourire:
-et de 5, j'ai trouvé.. je crois que t'es pas fait pour ça !
on s'est salué
à la fin de la journée
et j'ai repensé à lui
le lendemain
quand je suis resté
chez moi
fourbu de partout
en nage
dans mon bleu de chauffe
un peu trop large
derrière une
énorme citerne
il me dit :
-viens on va s'en griller une là
comme j'hésite
un peu
il trouve à me convaincre :
-t'inquiètes, le boss peut pas nous voir d'où il est
je pose mon grand pinceau
et le seau maculé d'huile
par terre
-moi, c'est Bob
-Thierry, je réponds
je lui demande ça fait combien
de temps qu'il
bosse dans la boîte
-deux ans, un peu plus peut-être
puis je lui demande si
ça lui plaît
ici
il se marre comme une baleine
et les regards d'autres ouvriers se tournent
vers nous
-merde, y'en a bien un qui va nous dénoncer, tu vas voir !
qu'il fait
tout bas
puis il énumère sur ses doigts
d'un ton presque doux
de 1-ici, c'est ambiance de faux-culs
de 2-le patron est un enculé
de 3-le salaire est pourri
de 4-je te parle pas de l'organisation, des rotations
il me tend une
heineken 33cl
sortie d'un sac plastique à ses pieds
et tiédie
par le soleil
-je trouve pas de 5 pour l'instant mais j'te jure qu'il doit bien y en avoir un...
-t'as sans doute raison
-à la tienne, mec ! faut faire avec c'qu'on a, hein ?
un peu plus tard dans l'après-midi
fatigué par
la répétition des efforts
je prends une petite pause
clope
bien méritée
à l'abri des regards
mon collègue de tout-à-l'heure
(il a l'oeil)
vient me voir et
ma lance gentiment :
-t'avances pas vite, nom de dieu... tu veux un coup de main sur le haut de la citerne ?
-nan ça ira, j'vais m'y remettre
-c'est la première fois que tu bosses sur un chantier, hein ?
puis il me dit
tout sourire:
-et de 5, j'ai trouvé.. je crois que t'es pas fait pour ça !
on s'est salué
à la fin de la journée
et j'ai repensé à lui
le lendemain
quand je suis resté
chez moi
fourbu de partout
22 mai 2013
Un renoncement aux paradoxes
par paresse
ou
par commodité
mes pensées
ne dépassent
pas
la limite
autorisée
elles se situent
dans un espace
temps/lieu/causal
bien coordonné
&
couru
d'avance
une mémoire
très
sélective
permet au présent
d'exister
sans encombre
parmi les autres /
avec moi-même
l'usage même
restreint
que je fais
des mots
cédant sans doute à la facilité
du simple /
oubliant la richesse
inouie de la langue /
participe de cet
effort
du peu
auquel je prête
parfois
une bien meilleure intention
et qui se pourrait être
une forme
de sagesse
ou
de maturité
ne m'empêche nullement
de nommer "je"
nommer "moi"
sans y voir
forcément
un renoncement
ferme
aux paradoxes
ou
par commodité
mes pensées
ne dépassent
pas
la limite
autorisée
elles se situent
dans un espace
temps/lieu/causal
bien coordonné
&
couru
d'avance
une mémoire
très
sélective
permet au présent
d'exister
sans encombre
parmi les autres /
avec moi-même
l'usage même
restreint
que je fais
des mots
cédant sans doute à la facilité
du simple /
oubliant la richesse
inouie de la langue /
participe de cet
effort
du peu
auquel je prête
parfois
une bien meilleure intention
et qui se pourrait être
une forme
de sagesse
ou
de maturité
ne m'empêche nullement
de nommer "je"
nommer "moi"
sans y voir
forcément
un renoncement
ferme
aux paradoxes
17 mai 2013
5 autres crétineries
Si l'existence
précède
l'essence
alors le baril de brut
ne sert à
rien
(j'ai quand même fait le plein
au cas où ce soit l'inverse)
***
Après un rapide entretien
(de ses seins)
il l'a embauchée
sur le champ
espérant mieux
la débaucher
ensuite
***
Nous avons parlé
de tout
et de rien
au final c'est
le rien qui
l'a emporté.
***
On se serre la main
on se regarde droit dans les yeux
on se sourit
on se parle normalement
à part ça ?
on ne peut pas se blairer !
***
Aujourd'hui c'est
vendredi
c'est sans doute l'assertion
la plus faussement
évidente que
j'ai eue à écrire
aujourd'hui.
Week-end
on s'arrêtera
au bord de l'autoroute
avec nos casse-croûtes
déjà préparés
la veille
tu me diras en plaisantant que
je n'ai pas vraiment
le sens
de l'orientation
je te répondrai
qu'on s'y
retrouvera quand même
tu me diras de ne pas dépasser
la vitesse
autorisée
je te répondrai que le moteur
devrait pouvoir tenir
jusqu'au bout
parce que
cette vieille
Clio
nous mènera bien
encore dans des endroits
insolites
en pleine campagne
puante de lisier
ou le long
de falaises
à pic
de la côté atlantique
ou près
d'une plage touristique
et on finira
par dégoter un
hôtel
pas cher
près d'une zone
industrielle
et on prendra
des photos
de nous deux
dans cette chambre
minuscule
en train de nous reposer
d'un si long voyage
Ni trop... ni trop peu
ni trop
ni trop peu
ça commence
dans la douceur
avec ce franc soleil
matinal
&
de la bonne musique
en arrière-fond
&
un dernier rêve
plutôt amusant
(je me souviens juste de la fin)
&
un café bien serré
posé à côté
&
l'odeur
parfumée de
ses cheveux encore
mouillés
puis
des mots
échangés
qui ne heurtent
personne
puis
simplement
voir naître
à l'éphèmère
les volutes
des fumées de nos
clopes
sans songer à rien
de grave
&
approcher
lentement du
souffle de
l'autre
&
ça pourrait continuer
encore un peu
comme ça
n'est-ce-pas
&
s'en tenir à ce précieux
équilibre
des choses
sensibles
&
ça ne serait
ni trop
ni trop peu
16 mai 2013
Dimanche (Mu LM)
Dimanche, je prendrai mes enfants sous le bras et nous irons pêcher
Nous sortirons de la gibecière
(ce n'est pas le bon mot
j'aurais du dire sac
ou poche
car ici on dit poche
on porte à bout de bras les trous de nos tissus)
des vers
Sur le bord du fleuve, il fera beau
Les dimanches dans mes poèmes, il fait toujours beau
un trou à la main, des moucherons dans le cerveau
à balancer en rythme les enfants sous le bras
dans l'eau grasse les vers
à attendre
attendre
attendre
dans x fois huit lettres
l'infusion des secondes
le frémissement de la corde tendue
(le fil de pêche est épais comme un gros ombilic
noué entre des rires et nos vieux souvenirs)
Derrière ou à côté
une fille noire lippue
(moi ?)
embrassera à pleine bouche
un homme trop grand pour elle
(lui ?)
c'est comme ça le dimanche
les espérances folles et la crudité nue
Jusqu'à la fin du jour
des couleuvres
des poissons
des regards globuleux
(ô magie du poème
gobe)
frétilleront dans l'herbe au bord de la Garonne
Son blog : http://l-oeil-bande.blogspot.fr/
Opération secrète
les éboueurs
ont repéré
un lourd sac plastique
hermétiquement fermé
&
pestilentiel
ils se sont longuement
dévisagé avant
d'appeler les flics :
-on dirait une sale odeur de cadavre
quand la police
scientifique
a ouvert le lourd sac plastique
pestilentiel
une masse colossale
de chiffres
d'euros comptables
et de comptes bancaires
s'est déversé sur le trottoir
avec un bout d'adresse
mal déchiré
provenant de l'Elysée...
Un tout dévasté ?
je m'installe à ma table de travail
c'est-à-dire que je fixe
l'écran de l'ordinateur
une bonne partie de la journée
(ç'a un côté un peu monomaniaque).
(et certainement aussi un aspect maladif)
je t'entends paisiblement ronfler
dans le lit
(tu n'es pas allée bosser aujourd'hui).
(tu as perdu énormément de poids ces derniers temps)
pourtant
il reste un coin de ciel bleu
au milieu des nuages
sombres
(acte de résistance voué à l'échec ?)
je lis des articles d'actualité
des faits divers
des informations sur les people
les résulats de foot
je lis les décès survenus cette année
les années précédentes sur Wikipédia
mais aussi les biographies
succinctes de poètes déjà morts
et enterrés
pourtant
il reste une chance de s'en sortir
sans sombrer
complètement
(est-ce qu'on y croit vraiment ?)
j'ai besoin d'une n-ième clope
d'un n-ième café noir sans sucre
d'apprendre à respirer convenablement
j'ai besoin de
ne plus sentir cette boule au bide
j'ai besoin de quelque chose de
constructif
de te prouver que tu
n'es pas toute seule
à surnager dans cette merde
pourtant
il n'y a bien que mes poèmes
(certains d'entre eux, tout au plus)
qui sachent
vivre au dessus du vide
(est-ce qu'ils ont un avenir ?)
(est-ce qu'ils font partie d'un tout dévasté ?).
15 mai 2013
Rien n'a vraiment changé
je collectionnais
les magazines
quand j'étais adolescent
les Pariscope
les Onze-Mondial
Les Historia
les France Football
du mardi et du vendredi
les Télé 7 Jours
des fêtes de fin d'année
je cachais aussi
quelques photos un peu érotiques
souvent en noir et blanc
découpées dans les magazines
d'information de mon père
je les empilais dans
une double armoire
ça pesait son poids
ça n'avait aucun sens
d'empiler ainsi
des magazines que je ne rouvrais
quasiment jamais
j'ai continué à collectionner
ces mêmes magazines
et d'autres
en habitant
un studio de 20m2
et puis
j'ai fini par tout jeter
à la poubelle
ça n'avait aucun sens de tout
jeter ainsi
c'était comme effacer
une partie de moi
qui ne ressemblait certes à rien
de consistant
mais qui avait pris toute
la place de la
consistance
c'était prendre le risque
de déclencher
un obus
et d'y creuser un
trou de
mémoire
sur tout le reste
aujourd'hui
je ne collectionne
plus rien
mais je note
scrupuleusement
sur l'ordinateur
tout ce qui m'arrive dans
les moindres détails les
plus insignifiants
ça n'a aucun sens
d'empiler ainsi
mémos sur mémos
année par année
ça n'a aucun sens
fort sens commercial
c'est bien payé
mais
c'est pas pour moi
l'annonce précise
qu'il faut être doté
d'un fort sens commercial
je sors une bière du frigo
je demande à ma femme
pourquoi je ne suis pas
doté d'un fort sens commercial
elle me sourit gentiment
-t'as d'autres qualités, mon amour
-peut-être, mais pas pour l'annonce
-t'en fais pas, tu trouveras bien quelque chose
-ouais, ouais
je bois une longue lampée de bière
je demande à ma femme
si elle m'aime toujours
même si j'ai pas un fort sens commercial
-y'a pas que le fric dans la vie, me dit-elle
puis
elle approche
son souffle est sur
ma nuque
-j'ai envie de toi
sa main est sur
ma queue
fièrement dressée
-je t'avais bien dit que t'avais d'autres qualités, mon amour
à ce moment-là
j'ai bien failli
la croire
Frigo là-haut ?
plusieurs fois
le soleil a couché
avec la pluie
et de leur union
hasardeuse
est née
une tripotée
d'arc-en-ciels
embryonnaires
portés disparus
depuis
le soleil a couché
avec la pluie
et de leur union
hasardeuse
est née
une tripotée
d'arc-en-ciels
embryonnaires
portés disparus
depuis
Une petite histoire de mouche
il était une fois
une mouche à merdes
qui en avait marre
de renifler les excréments
elle resta un an sans rien faire
d'autre que regarder
les autres mouches à merdes
qui ne sachant faire que ça
reniflaient les excréments
elle mourut
écrasée
comme une merde
à défaut d'avoir été mouche
une mouche à merdes
qui en avait marre
de renifler les excréments
elle resta un an sans rien faire
d'autre que regarder
les autres mouches à merdes
qui ne sachant faire que ça
reniflaient les excréments
elle mourut
écrasée
comme une merde
à défaut d'avoir été mouche
Grand Seigneur
le siège sur lequel je suis assis
est une reproduction
de style Louis XV
ce qui me donne l'impression
de gouverner
la royaume des
pixels
&
de Navarre
devant l'écran de l'ordinateur
est une reproduction
de style Louis XV
ce qui me donne l'impression
de gouverner
la royaume des
pixels
&
de Navarre
devant l'écran de l'ordinateur
En attendant...
les jours passent
plus ou moins
vite
plus ou moins
identiques
c'est banal
lancinant
et l'horizon dans tout ça ?
d'un côté le carcan
de l'autre la phobie
au milieu c'est une tête
lestée
de tension
vague
qui se dit :
mieux vaut
s'enfermer
ici
volontaire
(mais la volonté se fout bien
d'elle-même)
alors que tant d'autres
y sont déjà
les pieds et les poings
déliés
puisque
la vie poursuit son
cours
juste à côté
(c'est ailleurs, c'est si loin)
(ce sont des bruits, des pas
des gens abstraits en somme
on ne se connaît pas)
on chercherait en vain
ici
l'alchimie
d'une réussite
&
le soupçon
d'un renouveau
(un modèle neuf et bien ficelé)
s'enfermer
volontaire
en attendant mais
que faire
d'autre
quand l'attente
paraît
interminable
et
qu'elle mène à
une voie sans issue
(c'est le serpent qui
se mord la queue) ?
8 mai 2013
Impro
je laisse glisser
les mots
les uns après les autres
sans trop savoir
si ça va donner
quelque chose
parfois
les mots
se bousculent
avec fluidité
s'estimant en droit
de venir noircir
la page
puisqu'ils le
veulent
puisque ce sont
les mêmes
que d'habitude
à peu de choses près
quant aux autres
mots
ceux
qui pourraient
fournir d'autres images
ils ne sortent pas
si facilement
que ça
est-ce de la
retenue
est-ce de l'
ignorance
et quand la page
est bien noircie
comme c'est le cas
à présent
je me rends bien
compte
que quelque chose
cloche vraiment
qu'il y a un
blocage
que des connections
nouvelles
ne se font pas
qu'une paresse
finit par remplacer
l'impuissance
à faire mieux
et ça leur donne la dalle
avec toute cette pluie
qui se déverse
sur la ville
les hommes et les femmes
le nez à la vitre
voient
pousser
de plusieurs centimètres
les hommes et les femmes
dehors
qu'ils comparent à des
carottes à des
navets à des
brocolis
ils n'ont pas de jardin
par ici
et ça leur donne
faim.
7 mai 2013
comme aujourd'hui, brouillard...
Demain
sera
tristesse
comme
aujourd'hui
brouillard
quel poids porteras-tu sur
les épaules ?
quelle pensée t'obsédera
au point d'en perdre
l'appétit ?
quelle sensation ton corps
quelle image ton passé
quel sourire pour adoucir
ce qui ne se dit pas ?
5 mai 2013
D'être quelqu'un à tes yeux ?
Je sais que je tiens-là
une justification
aussi absurde que romantique
à mon manque d'ambition
professionnelle
et à tout ce qui en
découle
de négatif -
par exemple dans le
regard des autres -
oui, j'écris des poèmes
oui, j'écris de courts textes en prose
non, je ne fais rien d'autre
pour alimenter le compte en banque
suis-je encore
digne
d'être quelqu'un à tes yeux ?
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