14 juin 2013

Un Marché (de la Poésie) à Paris (Fred Houdaer)

œil-qui-pleure
s’assoit dans le siège 108
de la voiture 15
du TGV qui le conduit Place Saint-Sulpice
quand œil-qui-pleure arrive à Paris
c’est pour s’enterrer tout de suite
prendre le métro à même la gare
grimper dans la première rame
et là bingo
il s’assoit
re
dans un bain de langues
à côté d’une fameuse auteure à scandale
qui lit religieusement le Libé du jour
œil-qui-pleure la dévisage
sans envie
et partage avec elle
les mêmes hoquets ennuyeux
jusqu’à ce que la rame
se remplisse brutalement
d’une classe entière de lycéens
complètement bourrés
une lolita demande à œil-qui-pleure
si elle peut caresser son crâne parfaitement chauve
œil-qui-pleure refuse
elle le fait quand même
tandis qu’un jeune sosie de Joe Dassin se met à hurler
aux Champs Élyséééées
œil-qui-pleure se dit que ce n’est pas à Lyon
que l’on verrait un puceau beugler du Joe Dassin
dans le métro

pieds-qui-brûlent
se déchausse
lors de sa visite au Musée des Arts Premiers
maison des hommes
bâton de danse
ancestor figure
pieds-qui-brûlent finit par revenir
Place Saint-Sulpice
pour apprendre de la bouche d’une femme
engraved stone
skull-mask
que l’un de ses amis
n’est qu’un satyre
pieds-qui-brûlent est sommé de répondre
à la question
est-ce que ce connard PEUT ÊTRE un bon poète ?
pieds-qui-brûlent répond prudemment
ce ne serait pas le premier
et reprend un café à trois euros
il souhaite que la femme
achète l’un de ses recueils
male figure
poteaux funéraires
Sèvres-Babylone

dos-qui-fait-mal arpente les allées
serpente au milieu des stands
renvoie aux éditeurs leur absence de sourire
beaucoup de belles femmes ici
heureusement qu’il y a beaucoup de belles femmes ici
se dit dos-qui-fait-mal
la poésie n’attire pas que des enseignantes ménopausées
elle attire aussi des enseignantes non ménopausées
voilà ce que pense
dos-qui-fait-mal
en devenant vessie-qui-presse
en visitant l’algeco-pissotière
du Marché de la Poésie
vessie-qui-presse se soulage
au dessus de chiottes qui ont déjà vu passer
les queues de centaines de poètes
vessie-qui-presse en établit mentalement
une première liste

vessie-soulagée
tourne le dos aux stands pour quelques minutes
le temps de rentrer dans l’église Saint-Sulpice
d’y mater une scène de catch
entre Jacob et un ange
peinte par Delacroix
vessie-soulagée ne s’attarde pas
sous ses dents
une miette de biscuit
lui rappelle que le seul vrai dieu
qu’il ait l’habitude de prier
se nomme Speculoos
vessie-soulagée retourne aux stands
l'y attend
une nouvelle catégorie de ses lecteurs
il y avait ceux qui aiment ce qu’il écrit
ceux qui n’aiment pas ses poèmes
depuis peu
vessie-soulagée sait qu’il existe une catégorie de gens
qui éprouvent un plaisir coupable
à dévorer ses livres
c’est l’expression qu’ils emploient le plus souvent
plaisir coupable
et vessie-soulagée ne sait comment la recevoir
il espère progresser
aujourd’hui


Son blog : http://houdaer.hautetfort.com/


Pensées rachitiques d'un vendredi matin

La dernière fois qu'on a fait
l'amour
tu pensais déjà
à la prochaine fois 
qu'on le ferait 
&
quand je t'ai demandé pourquoi
tu ne te satisfaisait pas
de l'instant présent
tu m'as répondu
que ça te donnait le sentiment
d'avoir un projet
dans la vie

***

Aujourd'hui
nous bouffons 
de la vache enragée
et demain
ce sera quoi ?
du caniche désossé ?

***

Un travailleur qui
travaille
c'est normal
alors un chômeur qui
chôme
c'est également
normal
pourquoi vouloir changer 
ce si bel équilibre ?

***

La corruption ?
Bah...
Aux hommes
bien
nés
le voleur n'attend pas
le nombre 
des années

***

Ecrire un poème
c'est un peu comme
regarder une femme
dans les yeux
alors qu'on pense
à son cul

13 juin 2013

ont-ils des insomnies eux aussi ?

pour faire bonne figure
et lui prouver que
je cherche
(des fois qu'elle s'imaginerait
que j'ai un poil dans la main)

je consulte les offres d'emploi
avec l'acuité
maladive
de la longue durée
qui s'en remet à l'allocation de solidarité
(merci la solidarité, je dis)

Et toujours cette foutue migraine

puis je regarde la pluie
tomber
sur
un immeuble de 18 étages
un immeuble de 4 étages
un couple sous parapluie
une voiture grise arrêtée au feu
un arbre rachitique planté près d'un réverbère

puis je regarde les ombres tantôt
agitées tantôt
figées
chez le voisin d'en face
(mais pas longtemps : des fois qu'il me prendrait pour
ce que je suis peut-être après tout)

puis je regarde l'heure
machinalement
le temps qui
se brise quelque part
dans la chambre
sur cet oreiller froissé

Et toujours cette foutue migraine
chaque matin elle est là

je me répète
il faut il faudrait il aurait fallu
que faudrait-il d'ailleurs 
pour ne plus entendre
ses mots de rancœur de
rancune ses petites phrases
qui humilient qui baisent le vide de l'
intérieur 
qui me ramènent des années en 
arrière

on se fait un peu vieux à présent
tu ne trouves pas ?
c'est pas une excuse
et ça n'a rien à voir avec nos
problèmes 
(de surendettement et du reste)
OK

ne pas perdre pied
ne pas perdre pied
rester là y croire encore
sauvegarder ce qu'on a fait
(ça sert bien à quelque chose de s'accrocher au moins ?)

puis je m'endors
exténué
quand d'autres bossent
leur normalité
quotidienne
(ils ont des putains d'insomnies eux aussi ?).

12 juin 2013

puis s'en va vers une autre

dans le sens des aiguilles l'heure tourne l'heure tourne dans un sens pour que chacun se presse se presse d'en découdre d'en finir l'heure tourne les aiguilles en avance en retard dans un sens ralentit s'accélère pour que chacun s'en fasse un sang un sang d'encre une raison une histoire toute une histoire l'heure tourne sans s'arrêter l'heure même est sur cette chaise même est à la fenêtre l'heure sans rien faire dans un sens ralentit s'accélère que faire d'autre qu'attendre dans le sens des aiguilles dans un sens c'est mourir mais mourir à petit feu c'est mourir quand même dans un sens et certain l'heure tourne se détourne d'une vie puis s'en va vers une autre

11 juin 2013

Ressers-toi un peu de colère ça fait du bien

T'aurais bien aimé
n'avoir rien à te reprocher
aucun sous-entendu
aucun malentendu
aucune fuite en avant
rien à t'en vouloir
non faudrait pas
&
en toute bonne foi
que tu fais ça si bien d'ailleurs
torcher les sales années
derrière
avec
de vieux souvenirs
sur le cul des
douleurs
incontinentes
pauvre con !
pauvre con !
tu sais bien que
c'est pas possible
plus possible
cette attitude-là
ce confort de la pensée
tu prends ces vieux souvenirs
et t'en fais quoi hein ?
tu leur appliques
le baume des silences
de circonstance
t'en fais quoi d'autre ?
tu les revois avec nostalgie ?
avec une pointe d'ironie ?
avec fatalité ?
parce que tu ne sais pas
tu ne veux pas
les revoir comme il faut
tu gommes tu effaces
tu sélectionnes
tu réinventes
ton cerveau le fait pour toi si tu veux
mais jamais plus
jamais ne dis ça
que tu n'as rien à te
reprocher ! c'est
trop facile de laisser
l'autre le
laisser se dépêtrer dans sa
merde infernale...
allez n'aie plus peur de voir
les choses en face et
pour une fois
ressers-toi un peu de colère
ça fait du bien


8 juin 2013

Petites scènes du métro

dans les couloirs du métro
les pas acharnés
de la foule compacte
les son d'un violon
mal accordé
le crissement
des freins
&
cette voix (trop) calme
qui nous demande
de faire attention
aux pickpockets

**

sur le siège en face
un vieil homme
fixe
droit devant
les souvenirs
qui lui reviennent
sans doute
dans le désordre

**

la tête posée
contre la vitre
elle essaie de
s'endormir
un peu
mais elle n'y
parvient pas
chez elle
c'est un peu pareil
sauf qu'il n'y a
personne pour
s'en apercevoir

**

il descend à la station
picpus
regarde à droite
à gauche
s'en va d'un côté
puis revient vers l'autre
il a l'air complètement
perdu
quand les portes se referment
que le métro redémarre

**

dans le métro
bondé mes yeux
traînent
inquiets
sur ces mains
qui toutes
s'agglutinent
à la rampe
j'ai peur de ne plus
reconnaître les
miennes
&
de partir avec
les mains d'un autre


7 juin 2013

non négociable


c'est une femme
proche de la quarantaine
c'est une femme
mal dans sa peau
depuis de longues années

&
cette femme
regrette
d'être ce qu'elle est
ou
ce qu'elle a du mal à être

&
c'est une femme
qui se verrait bien
mais
dans une autre vie
se verrait bien
serpent
venimeux
niché dans un buisson
se verrait bien
disparaître
à tout jamais
c'est plus simple

&
ce n'est pas négociable
entre
elle
et
comment nommer
cette chose
voix intérieure
mensonge
intuition
peu importe puisque
ce n'est pas négociable


Quel est l'objet de votre appel ?

j'écoute cet homme 
au téléphone
il me dit qu'il n'a pas de
problème particulier
sauf peut-être un léger
problème de solitude sexuelle
mais ce n'est rien de grave m'assure t'il
je lui demande l'objet de son appel
selon le script qui défile devant mes yeux
Il me dit qu'il part pêcher
en maillot de bain
moulant
dans la rivière mais
il se sait pas s'il ramassera
une sirène
super sexy
prénommée Jeanne ou Colette peu importe
ou 
un saumon 
norvégien
qu'il rangera dans son petit frigo portatif

**

j'écoute cette femme
au téléphone
elle ne sait plus quoi faire
de cet enfant qui
hurle
sans arrêt
je lui demande
selon le script qui défile devant mes yeux
de nous adresser 
une lettre de réclamation
pour un échange standard
à condition bien sûr
que l'enfant soit encore sous garantie.

**

j'écoute cet homme
au téléphone
il ne se souvient plus
ce qu'il a fait hier
ni avant-hier
ni les jours d'avant
je lui demande
selon le script qui défile devant mes yeux
de fermer les yeux
de respirer un bon coup
et d'oublier carrément ce
qu'il a fait ces derniers temps
en lui souhaitant 
bien sûr avec le sourire
une excellente fin de journée.

**

j'écoute cette femme
au téléphone
elle en a marre de la vie
elle veut passer à l'acte
avaler tous ses médocs
se tailler les veines
sauter d'un pont
je lui demande l'objet de son appel
selon le script qui défile devant mes yeux
elle me dit qu'elle
vient de me le dire
à l'instant
je lui réponds que 
mon ordinateur est bloqué que
le service informatique met tout en oeuvre
pour rétablir la situation au plus vite
selon le script qui défile devant mes yeux
et qu'il faut nous rappeler
ultérieurement
bien sûr avec le sourire
et puis
je prends une pause bien méritée.

L’homme et la femme (Marlène Tissot)

L'homme rentre et frotte ses semelles sur le tapis, même s’il ne pleut pas. Il suspend sa veste au crochet et pose sa sacoche sur le meuble à chaussures. Toujours les mêmes gestes, toujours dans le même ordre. C’est rassurant. Il dit, c’est moi, je suis rentré ! Et il sait bien que la femme l’a entendu arriver, que ce ne peut être personne d’autre. Mais il précise quand même. C’est rassurant.
Dans la cuisine, le repas est prêt et chaud. La table est mise. Mais la femme n’est pas là. Certainement encore assise devant le petit bureau installé dans la chambre. Encore en train d’écrire. Chaque fois, il ressent cette pointe d’agacement sans pouvoir se l’expliquer. Le repas est prêt, ses vêtements sont propres et rangés, le ménage est fait. La femme s’occupe de tout. Oui mais...

Elle arrive et sourit. Elle embrasse l’homme, elle lui demande comment s’est passée sa matinée. Elle dispose la nourriture dans les assiettes, apporte le sel et le pain en l’écoutant raconter son travail et ses collègues pénibles et les informations qu’il a entendues à la radio. Il parle et il mange et elle le regarde en hochant la tête, en triturant les aliments du bout de la fourchette. Tout à l’air parfaitement normal et l’homme se détend, ne se demande pas si la femme l’écoute réellement, n’en doute pas un instant. Parfois, il lui trouve un regard un peu vide. Il demande, tu es fatiguée ? Alors elle hoche doucement la tête, je crois que je ne dors pas très bien en ce moment. Il dit que ça va passer, et puis qu’elle peut rester au lit le matin, c’est une chance. Il lui caresse la joue parce que c’est un geste qui rassure. Ensuite, il met du café à couler et allume la télévision pour vérifier si les informations sont identiques à celles entendues à la radio. Ou peut-être simplement pour faire du bruit. C’est rassurant le bruit, ça évite de trop penser. Il a horreur de s’inquiéter et, quand il pense trop, il s’inquiète.

À la fin du journal télévisé, l'homme reprend sa veste et sa sacoche. Il embrasse la femme et se retient de lui demander ce qu’elle a prévu de faire cet après-midi. Ils en ont déjà parlé, elle n’aime pas les questions. La plupart du temps, elle reste à la maison, elle fait en sorte que tout soit en ordre, parfois elle va faire les commissions. Il se retient de lui demander parce qu’elle va hausser les épaules et répondre une banalité. Il se retient de demander et sent la pointe d’agacement qui pique l’intérieur de son ventre. Il serre les dents sur un sourire fabriqué, il monte dans la voiture, tourne le bouton de la radio pour éviter de penser et s’inquiéter et ne jamais vraiment savoir où s’échappe la femme chaque jour, à noircir des pages et des pages, à inventer toutes ces histoires, comme si la vie, la vraie, ne lui suffisait pas.

Marlène Tissot - Mai 2013


5 juin 2013

Pensées de la chaise vide


Le plus court chemin vers
l'extérieur est-il de
sortir de chez soi
ou de
sortir de soi ?

***

les murs ont des oreilles
je leur susurre des mots doux
ça doit leur plaire car
ils ne trouvent rien
de mieux pour me répondre
que de
suinter
d'humidité
à grosses gouttes

***

une voiture klaxonne
suivie d'une autre voiture
et puis encore une autre
bientôt toute la ville klaxonne
et le son des klaxons
s'étend jusqu'en Alaska
où de paisibles phoques
tentent de comprendre
le morse

***

sur la place municipale
il y a un lac artificiel
fraîchement créé
où des parents déboussolés
viennent désormais noyer
leurs chagrins
leurs regrets
&
leurs gosses parfois
aussi
en toute tranquillité

***

sur les toits
ce chat poursuit une
proie
invisible
&
semble t'il
récalcitrante
il faudrait peut-être
songer un jour à ouvrir
une cellule de
suivi psychiatrique
pour les chats en détresse
urbaine




Mieux vaut éviter d'y penser

son écuelle contient
quelques pièces jaunes
tout au plus
ses vêtements sont sales
ses cheveux gras
et
hirsutes

lui
reste là
pendant des heures
assis
en position de
soumission
devant l'entrée de la supérette il
lève des yeux
tristes
&
implorants
quand il lève les yeux

ce n'est pas qu'on soit
indifférents
à son sort
non
c'est plus compliqué que ça
c'est juste qu'on fait
comme s'il n'était
pas là

il y aurait un tas d'explications
 à donner
sans doute

on pourrait même ressentir
la pitié pour lui
tant qu'il ne nous agresse pas
par exemple
on pourrait même se trouver à sa place
un jour ou l'autre
sait-on jamais

mieux vaut éviter d'y penser


4 juin 2013

Les armes de la poésie (le film) (Perrin Langda)

...un AK-47
est sorti de mon carnet de poésie
et je m’en suis servi pour exploser la tête
de 72 connards dans leurs costards cravate
les vagues ont effacé leur sang
il ne restait
plus que nous deux sur la
plus belle plage de Californie
tu étais saine et sauve en bikini
et tu m’as avoué avoir
envie d’une
petite
page de pub
depuis que j’écris
des poèmes à la con
nos vies ont peu
changé
mais c’est déjà
pas mal et demain soir à 20h45
je te montrerai combien
je ferais peu
de vagues
dans la réalité
tu m’as donc avoué avoir
toujours eu envie qu’un poète aussi
intrépide et bodybuildé que moi t’embrasse
juste après avoir sauvé tes petites
fesses des méchants
et c’est
ce que j’ai fait
après avoir rangé mon AK-47
dans mon carnet de poésie
avec un air de dire
t’as vu
c’est pas si compliqué
d’être heureux quand on fait
un effort
…






Le blog de Perrin (qui ressemble à Rambo, je crois) : http://upoesis.wordpress.com/


Tatouage indélébile sur fiche de paie

je ne me destinais pas à ça
à vrai dire
je veux dire conseiller clientèle
au téléphone
c'est le hasard qui m'a un peu
forcé la main
parce que je ne savais pas
quoi faire
d'autre
comme boulot
j'ai pris ça quand ça s'est
présenté y'a une quinzaine
d'années
à l'époque
je n'avais aucune idée précise
de ce qu'il me plairait de faire
professionnellement
de combien je voudrais gagner
pour acheter maison-bagnole et le reste
à l'époque
je pensais sans doute
que ce serait temporaire
j'en sais trop rien
à vrai dire
avec le temps j'ai appris
à considérer
ce boulot comme
étant celui que j'exerce le mieux
finalement
n'ayant su faire que ça
sur la durée
j'ai vite appris à
sourire au téléphone à
respecter le client plus
que tout à répondre au plus près
de ses attentes à faire le faux-cul
incrustée comme seconde peau
tatouage indélébile
sur fiche de paie
j'ai appris aussi à
détester le téléphone le stress
les clients
les petits chefs les moyens chefs
les suceurs les emmerdeurs
à les écraser comme des
cafards
dans mes fantasmes les plus
virulents
une fois allongé dans mon lit
sans pouvoir m'endormir
à cause de ça
de tout ça


Quelque chose à quelqu'un quelque part


Assis
face à son écran d'ordinateur
l'homme
aux yeux crevés
tape du poing
sur le clavier
en espérant
qu'un jour
les lettres ainsi martelées
se mettent
dans le bon sens
et
signifient
quelque chose
à quelqu'un
assis
face à son écran d'ordinateur
quelque part

Bercé d'illusions (mais pas longtemps)

Parce qu'on se croit
au dessus
de la mêlée
à certains moments

parce qu'on se croit
plus malin
que d'autres

parce qu'on croit
que notre présence
nos sentiments
nos tendresses répétées
peuvent
influer
sur le cours des choses

&

les incurver
dans un sens qui
nous arrange

parce qu'on croit
toutes ces sornettes
naïves
à certains moments

il ne faut pas s'étonner
de tomber
à la renverse
au premier obstacle

&

de considérer l'excès inverse
comme une conséquence
inéluctable
de nos illusions
premières



31 mai 2013

Une belle proposition

A cette époque j'avais les cheveux longs
jusqu'au cul
je portais un chapeau
toujours le même
empli de pellicules
grasses
et un pantalon en nylon
toujours le même
troué au niveau
des burnes
j'écoutais parfois Nirvana
je lisais encore Bukowski
j'écrivais quelques poèmes pourris
(mais je m'en rendais pas compte
qu'ils étaient pourris)
je buvais mon café du matin avec une
bonne rasade de rhum
en salle de pause
(avec un pote qui tenait bien mieux l'alcool que moi)
et ça me plaisait
d'aller bosser
comme un clochard
l'ambiance était sympa
cool
les heures de travail
passaient vite
finalement

Un jour le boss
m'a convoqué dans son bureau :
-T'es le plus ancien ici, Mobert.
-Exact
-Tu voudrais pas évoluer ?
-C'est-à-dire ?
-J'te vois bien devenir TeamLeader... T'as le charisme, les compétences qu'il faut...pour encadrer ces jeunes, là...
Il a marqué un temps d'arrêt
me scrutant de
haut en bas
-Mais putain c'est quoi cette dégaine ?
J'ai rien répondu
juste souri
-Tu crois que ça fait sérieux un mec sapé comme toi dans une entreprise ? Si on reçoit des clients ? Si le grand patron s'amène à l'improviste, j'aurais l'air de quoi ? T'en penses quoi, Mobert ?
J'ai rien répondu
juste continué à sourire
(plus ou moins)
-C'est pas grand-chose : juste t'habiller correctement et te couper la tignasse... Mobert ?
J'ai rien répondu
juste ravalé ma haine
du système
(ça se travaille sur le terrain le statut
de looser)

Neuf ans plus tard
j'étais toujours dans l'entreprise
(le chef avait été remplacé par un autre chef puis par un autre etc)
j'avais coupé mes cheveux depuis pas mal de temps
j'étais mieux fringué
mais
je n'avais pas su saisir ma chance au bon moment
parce que
j'étais toujours au même poste
avec le même salaire
(quasiment)
sauf que
les meilleures propositions
(rares soit dit en passant)
appartenaient désormais
à un passé bel et bien révolu :
j'étais en passe de me faire
licencier
comme une grosse merde
pensé-je un peu amer
(mais pas trop)

30 mai 2013

Trucs machins chose

Elle s'est endormie
dans le lit 
du fleuve
autant dire 
qu'elle a déjà
bu sa tasse
avant même
que le réveil ne sonne

***

A la fenêtre d'en face
un homme
me regarde
vivre
à peine
et ne rien faire
devant l'ordinateur
je ne sais pas trop
s'il m'envie
(pourquoi pas)
ou
s'il me hait
(de lui ressembler
comme deux gouttes d'eau)

***

Sur le toit
un oiseau roucoule
d'amour
et
de sexe
près de son oiselle
quoi d'autre ? 
attendre, picorer, chier
et
puis
crever
un jour ou l'autre
à peu de choses près
je pourrais grimper sur
le toit
à sa place

***

Croquer la vie
à pleines dents
on verra...
d'abord passer chez
le dentiste
pour 
me faire extraire
une molaire
toute
pourrie
(enfin ce qui était une molaire
au tout début)

***

Elle aime danser
j'aime la regarder
danser
dommage que la musique
se soit 
tue

***

Je vais demander
au dentiste
de bien m'anesthésier
j'ai peur d'avoir mal
j'aime pas la douleur
la dent bouge beaucoup
je vous l'offre
en souvenir
de mon manque de 
courage

29 mai 2013

pouvoir souffler comme le vent dehors

un long interminable tunnel qui mène nuit et jour au même endroit d'où vient d'étouffer à ce point dans cette vie étriquée que nous menons on n'en profite pas assez me répètes-tu sans cesse il faudrait pouvoir souffler comme le vent dehors sur les arbres plantés dans les minuscules jardins municipaux nous autres ne savons pas le faire l'argent manque cruellement de poésie l'argent toujours leitmotiv quand il sait si bien modeler le quotidien de mots usuels crédits factures relances chômage d'un long interminable tunnel j'ai bien peur de lire minable dans tes yeux d'où vient d'étouffer les larmes d'un cri qui ne sort pas comme retenu par les mains de l'abattement toujours dans ce long interminable tunnel faites qu'un jour il se s'écroule pas sans qu'on ait revu un filet de lumière

25 mai 2013

Dilution (La Nouille Martienne)

chaque soir
elle s'applique un disque
coton sur le visage
et même le cou 
la couleur  déteint
devient inqualifiable
c'est doux pourtant
les yeux se ferment et lentement
elle repasse les contours
s'attarde sur les creux
quand elle ouvre les yeux
dans le miroir sans état d'âme
se reflète un vide anonyme
chaque soir  
elle s'efface



Course contre la montre

Dans l'anuit
je marche
à touta
lure
du métro
à la partemendu
3è éta
ge
jusqu'à dix
paraître
con
plètement
happé par la
force du re
pli
sursoi