nostalgie récitant
des contours
figés par l'émotion d'alors
celle d'un autre moi
ce devrait être
à re-vivre
à trier
par précaution
je me dis
les années
le temps
comme charmeur de serpents
en font un flou presque réel qui
les rendrait reconnaissables
si ce n'est évidentes
ou bien c'est d'un moi présent
peu scrupuleux
par exemple
je souviens de mon père
(pronominal enfermé dans sa chambre)
son regard m'était dur
sec, tranchant
glaçant je garde ça de
lui je garde ça
surtout mais
son visage ses doutes son énergie ses
rires ?
sa réalité ?
(hors les albums de vieilles
photos de diapositives d'époque)
(j'en ai à la maison ; je les regarde peu)
n'y a t'il pas là
une sorte d'obsession
de rancune
transposée en son oeil
sans chair autour ?
je me dis
les années
le temps
s'emmêle
dans les détails
la mémoire ne peut y réussir à
les sortir d'une ombre
générale
obstruée
ou bien par coups de pioche
à l'intérieur du vide ancien qu'on garde en
soi
et se
focalise sur un
point
par exemple
je me souviens ma mère
(la préposition est privée de sortie)
sa voix passait du coq à l'âne
un peu
comme ses humeurs ses
sentiments mais
était-ce bien ce qu'elle était vraiment ?
nostalgie récitant
sans remords
faisant la sourde oreille
au final
ce qu'il faut retenir
c'est la douce l'unique la
durable
harmonie
d'une vie
d'ensemble
pour s'assurer qu'elle
va
bien
d'un point A à un point B
non pas par souvenirs mais
par oublis
successifs
6 sept. 2013
Au coeur (JM La Frenière)
J’aurai toujours au cœur
une pomme, un oiseau,
le bras d’une poupée
arrachée par le temps,
une rivière enceinte
de mille rires d’enfant,
une poignée de larmes
dans les poches des yeux.
Je ne sais rien vraiment.
Je cherche encore la vie
au fond de ce qui reste.
Mes idées vont pieds nus
sur les tessons du doute.
Son blog : http://lafreniere.over-blog.net/
une pomme, un oiseau,
le bras d’une poupée
arrachée par le temps,
une rivière enceinte
de mille rires d’enfant,
une poignée de larmes
dans les poches des yeux.
Je ne sais rien vraiment.
Je cherche encore la vie
au fond de ce qui reste.
Mes idées vont pieds nus
sur les tessons du doute.
Son blog : http://lafreniere.over-blog.net/
5 sept. 2013
nostalgie récitant
nostalgie récitant
des pages
englouties
le jaune est la lumière
ou la
mémoire
qui se choisit
un endroit où s'asseoir
quand on a bien
marché
déjà
je vois ma mère
nous embrasser des yeux
- elle tenait le volant à deux mains -
d'un regard sombre ou gai, fixer la route, partir
ces deux arbres
solides
donnant cerises
l'été
et le jardin
en pente
jusqu'à la rivière - un ru
sans nom -
des champs à l'horizon
nos voisins, leur chien braillard
mon petit frère qui n'avait peur
de rien
la vie semblait si bien
réglée
qu'elle ne dépassait
jamais du cadre
autorisé
j'entends parfois mon père
rentrer sans bruit le soir
et des murmures
des voix presque
inaudibles
nostalgie récitant
la lune
d'un oeil borgne le vent sur les
volets
en bois mes peurs mon lit et devenir
quelqu'un c'était encore
si vague mais
j'y pensais on y pensait
c'était un autre temps
un autre moi
nostalgie récitant
les puzzles dilatés
à l'intérieur
d'un soi
terrain trouble et brumeux
qui pose les questions
qui forme des
réponses
qui repousse à plus
tard
nostalgie récitant
des bribes
sans juger
cela se voit à
peine
ceci ne se voit
plus
quand on a bien marché
déjà
qu'on n'en peut plus
finalement
de vivre sans
se retourner
par (fausse) pudeur ou
déni (volontaire)...
des pages
englouties
le jaune est la lumière
ou la
mémoire
qui se choisit
un endroit où s'asseoir
quand on a bien
marché
déjà
je vois ma mère
nous embrasser des yeux
- elle tenait le volant à deux mains -
d'un regard sombre ou gai, fixer la route, partir
ces deux arbres
solides
donnant cerises
l'été
et le jardin
en pente
jusqu'à la rivière - un ru
sans nom -
des champs à l'horizon
nos voisins, leur chien braillard
mon petit frère qui n'avait peur
de rien
la vie semblait si bien
réglée
qu'elle ne dépassait
jamais du cadre
autorisé
j'entends parfois mon père
rentrer sans bruit le soir
et des murmures
des voix presque
inaudibles
nostalgie récitant
la lune
d'un oeil borgne le vent sur les
volets
en bois mes peurs mon lit et devenir
quelqu'un c'était encore
si vague mais
j'y pensais on y pensait
c'était un autre temps
un autre moi
nostalgie récitant
les puzzles dilatés
à l'intérieur
d'un soi
terrain trouble et brumeux
qui pose les questions
qui forme des
réponses
qui repousse à plus
tard
nostalgie récitant
des bribes
sans juger
cela se voit à
peine
ceci ne se voit
plus
quand on a bien marché
déjà
qu'on n'en peut plus
finalement
de vivre sans
se retourner
par (fausse) pudeur ou
déni (volontaire)...
4 sept. 2013
Aphorismes, épigrammes, pensées... (Stéphane Bernard)
Quelques extraits d'une lecture souvent réjouissante (voire jouissive) :
Contemporanéité – La seule contemporanéité d’une œuvre est son effet. Une œuvre est bonne toutes les fois qu’elle paraît de l’époque qui s’y intéresse.
Autoportraits – Pourquoi peindre sa main ou son lobe serait moins un autoportrait que peindre son visage ?
Conscience – Prendre conscience de son manque d’humanité est une forme primitive d’humanité.
Je suis – Je peux longtemps regarder ma main sans jamais voir le sang cogner dans ma veine.
L’équation – Réfute ta multiplicité et ton unité éclate.
Confort de l’équilibre – Le confort d’un rituel réside en sa stabilité. Sa stabilité réside en son exacte répétition. Cette exacte répétition crée l’équilibre.
D’homme à homme – Je n’écoute dans les autres que ce qui fait écho en moi.
Mutisme – Trois voix saturaient un deux-pièces. L’une entra dans un mutisme qui lui découvrit une chambre secrète.
Le lien complet :
http://unemainestaussiunpoing.blogspot.fr/p/purges.html
Contemporanéité – La seule contemporanéité d’une œuvre est son effet. Une œuvre est bonne toutes les fois qu’elle paraît de l’époque qui s’y intéresse.
Autoportraits – Pourquoi peindre sa main ou son lobe serait moins un autoportrait que peindre son visage ?
Conscience – Prendre conscience de son manque d’humanité est une forme primitive d’humanité.
Je suis – Je peux longtemps regarder ma main sans jamais voir le sang cogner dans ma veine.
L’équation – Réfute ta multiplicité et ton unité éclate.
Confort de l’équilibre – Le confort d’un rituel réside en sa stabilité. Sa stabilité réside en son exacte répétition. Cette exacte répétition crée l’équilibre.
D’homme à homme – Je n’écoute dans les autres que ce qui fait écho en moi.
Mutisme – Trois voix saturaient un deux-pièces. L’une entra dans un mutisme qui lui découvrit une chambre secrète.
Le lien complet :
http://unemainestaussiunpoing.blogspot.fr/p/purges.html
Ça s'agite, c'est la ville...
fenêtre ouverte
ce sont les
bruits assourdissants de
la vile
des files de bagnoles qui
klaxonnent comme des fous furieux
des moteurs de bus de camions
des Audis boostées des scooters frimeurs
des poubelles qui tombent à la renverse
dans une benne
des gosses qui hurlent
des mères qui hurlent plus fort encore
des mecs qui se bastonnent pour une bouteille de vodka
des oiseaux qui pépient comme des moutons
les uns à la suite des autres
des fleurs qui poussent vainement sous le bitume pleurnichard
des nuages qui disparaissent sans raison
sous un soleil de plomb
PAN !
et nous dans tout ce vacarme
on est là
allongés dans le lit
enlacés
ma femme me dit quelque chose
que je n'entends pas :
-PARLE PLUS FORT ! lui dis-je
-JE T'AIME !
-OUAIS ON VA ACHETER UN FUSIL !
-ON FERME LA FENÊTRE ?
-OUAIS T'AS RAISON ON PERD LA BOULE ICI !
tout mon possible
En salle de réunion
tout le service front-office est là
-une quinzaine de personnes -
autour d'une table
en demi cercle
le boss annonce la couleur
pour l'année qui vient
de s'écouler
pour l'année qui vient
lui succéder
l'entreprise connaît une période difficile dans un contexte
global difficile
chiffres à l'appui sur le vidéo-projecteur
ses paroles glissent
sur le mur blanc
mais je vais faire tout mon possible
pour que le service ne soit pas déménagé...
Le boss nous regarde droit dans les yeux
les uns après les autres
on entend les mouches voler
qui oserait respirer après ça ?
tout mon possible
quand il le répète
Le boss a une carrure d'athlète mais
ce qu'il raconte ne m'intéresse pas
plus que ça
je pense à me barrer d'ici de toute façon
je pense au menu dégueulasse de la cantine
aux faux-culs qui veulent faire carrière
aux collègues que j'aime bien
je pense que de devrais
moi aussi
faire de la muscu
régulièrement
et annoncer
avec le même aplomb
que je vais faire tout mon possible
sans trop savoir ni comment ni pour quoi
mais ce sera bien pour quelqu'un
Les misérables (version remixée par DJ Mobert)
dans la cuisine,
tout en faisant la vaisselle du soir,
Pétomane Sr apprend fièrement
les rudiments
de son art
à Pétomane Jr
qui ne sait pas quoi faire de sa vie
hormis éclater quelques boutons
d'acné
en se récitant une leçon de Géographie à
laquelle il ne comprend rien
(la tectonique ta mère
des plaques sur ma tronche)
à l'écart de
cette complicité-
là
dans un lit mou et sans
ressort
Mama érotomane
angoissée par la vieillesse la
frustration
de tant d'années
à espérer des queues par centaines
de mille
des partouzes hippies
à travers le monde
s'enfile
nerveusement
un n-ième calmant
devant
"Questions pour un Champion" et le journal
régional à
la télé
elle veut oublier que
Pétomane Sr ne retrouvera
jamais de boulot
que Pétomane Jr est un bigMac
à lui tout seul
&
que sa fille Rebelle kleptomane
s'en prend aux vieux aux vieilles
dans son genre
pour une dose de shit
ou de colle
(va savoir nom de dieu de quoi elle est capable celle-là)
c'est biizarre tiens
on entend des soupirs
c'est bizarre tiens
on a le doigt tout mouillé
c'est bizarre tiens
de mélanger autant d'
alcool avec les calmants
c'est bizarre tiens mais je hurle
-oh oui, Julien Lepeeeeeeeeeeers, fais-moi jouir, nom de dieu, fais-moi jouir !!
et puis après je dors
mais juste avant
(parfois avant que je ne m'écroule)
j'entends Erotomane Sr
se glisser sous les draps
en miaulant
un douloureux
solfège intestinal
de gaz
qui annonce sans doute la fin
des haricots
(et ce serait pas plus mal en fin de compte)
tout en faisant la vaisselle du soir,
Pétomane Sr apprend fièrement
les rudiments
de son art
à Pétomane Jr
qui ne sait pas quoi faire de sa vie
hormis éclater quelques boutons
d'acné
en se récitant une leçon de Géographie à
laquelle il ne comprend rien
(la tectonique ta mère
des plaques sur ma tronche)
à l'écart de
cette complicité-
là
dans un lit mou et sans
ressort
Mama érotomane
angoissée par la vieillesse la
frustration
de tant d'années
à espérer des queues par centaines
de mille
des partouzes hippies
à travers le monde
s'enfile
nerveusement
un n-ième calmant
devant
"Questions pour un Champion" et le journal
régional à
la télé
elle veut oublier que
Pétomane Sr ne retrouvera
jamais de boulot
que Pétomane Jr est un bigMac
à lui tout seul
&
que sa fille Rebelle kleptomane
s'en prend aux vieux aux vieilles
dans son genre
pour une dose de shit
ou de colle
(va savoir nom de dieu de quoi elle est capable celle-là)
c'est biizarre tiens
on entend des soupirs
c'est bizarre tiens
on a le doigt tout mouillé
c'est bizarre tiens
de mélanger autant d'
alcool avec les calmants
c'est bizarre tiens mais je hurle
-oh oui, Julien Lepeeeeeeeeeeers, fais-moi jouir, nom de dieu, fais-moi jouir !!
et puis après je dors
mais juste avant
(parfois avant que je ne m'écroule)
j'entends Erotomane Sr
se glisser sous les draps
en miaulant
un douloureux
solfège intestinal
de gaz
qui annonce sans doute la fin
des haricots
(et ce serait pas plus mal en fin de compte)
3 sept. 2013
The Dude & I
The Dude
était sorti du film
depuis belle lurette
(moi j'étais au pieu
depuis la même lurette
ou à peu près)
Il errait de salle de bowling en
salle de bowling
(certains l'ont aperçu faire un strike à Montparnasse
ou à Mouffetard)
mais avec toujours son air
tranquille
pépère
cool
No stress, no pasaran !
(moi j'errais de petits boulots en pas de boulots
sans jamais rencontrer de Big Lebowski
dans les soirées mondaines
de L.A sur Seine)
Un matin
The Dude
(himself)
a sonné chez moi
(je sais pas qui lui a filé mon adresse)
(je sais pas si c'était la suite du film ou quoi)
-T'as les cheveux plus longs que moi, mec ?
-Ouais.
-Bon alors tu viens t'faire un bowling ?
-Ouais.
-On va niquer la bande à Jésus (Quintana)
-Ouais.
-Tu dis toujours ouais ?
-Ouais mais j'connais pas Jesus !
-T'inquiètes, on va le niquer quand même.
-Ouais
(là, j'ai senti qu'un scénariste voulait me faire quelque chose de vachement plus intéressant mais il
a lâché l'affaire devant la pression
des producteurs
et de la bière du frigo, une pour moi, une pour The Dude-himself).
Alors comme ça,
je suis sorti en pyjama
à fleurs
des années 60-70
Alors comme ça
j'ai serré la paluche
au Dude
Alors comme ça
on a senti qu'un truc tournait pas rond
(je crois bien que cette histoire de sonner chez moi
sonnait faux justement...).
Je me suis rallongé dans le lit
j'ai rallumé la télé
j'ai revu The Big Lebowski pour la 11è fois d'affilée.
(et là, j'ai senti que The Dude avait un truc à me dire :
-Tu vas écrire sur moi, mec ?)
Bla bla bla de l'Annapurna
garder un boulot
plus d'un mois
tiendrait maintenant de l'exploit de
l'exceptionnel de
l'insurmontable
qui serait de l'ordre
du premier homme dans l'espace
de la scission de l'atome
avec les éléments à ma disposition
et les jours de désordre qui vont suivre
faudrait que j'écrive un guide
qui dirait ce qu'il ne faut (surtout) pas faire
pour être lourdé (sans détour)
et puis avec des mots touchants de désespoir
(je m'émeus tout seul, là) :
Je suis pas un héros !
Je suis pas un modèle à suivre !
Je suis pas fait pour ça, merde !
Je suis foutu ! poil au cul !
Je suis un "poète" français !
(avec les guillemets pour pas passer pour un vantard)
ça tiendrait en quelques pages
(au delà de quelques pages, ça m'épuise).
"à l'assaut de l'
Annapurna, premier contrat de plus de
30 jours d'affilée"
sous-titré
"chroniques d'un naze : tu tiens de l'
inné ou de l'acquis ?"
Par la face Nord
(avec ou sans sherpas)
assis sur la cuvette des chiottes
(avec ou sans pq)
en attendant l'inspiration
l'expiration
en attendant que ça passe
je pense à tout ça
je pense à rien, quoi...
et ça ne fait rire que moi.
autre chose, quelque chose
c'est un matin ordinaire
dirait-on
avec quelque chose
pourtant
qui le différencie des autres et
ne passe pas
et pour sortir du lit
des rivières sombres
il me
faudrait
autre chose que les rayons du
soleil
autre chose
que les bruits tellement vivants
dans la rue
tellement d'
autres choses
dirait-on
comme une faim comme une soif
et pour ne plus fixer le
plafond
bas
où se cogne stupidement
l'horizon
des espaces
autant absurdes qu'effrayants
tous ces petits espaces
précieux
qu'on perd
&
qu'on occupe à sasser
ressasser
et ce serait par exemple le temps
nos peurs nos vides
à peine comblés par
de mécaniques
gesticulations
on s'y connaît n'est-ce-pas
il me
faudrait
autre chose que la consolation
du passé
porteur d'avenir
soi-disant
quelque chose
comme une douce et tranquille
il me faudrait cette
petite musique
intérieure
douce et tranquille
celle d'un matin ordinaire
par exemple
dirait-on
avec quelque chose
pourtant
qui le différencie des autres et
ne passe pas
et pour sortir du lit
des rivières sombres
il me
faudrait
autre chose que les rayons du
soleil
autre chose
que les bruits tellement vivants
dans la rue
tellement d'
autres choses
dirait-on
comme une faim comme une soif
et pour ne plus fixer le
plafond
bas
où se cogne stupidement
l'horizon
des espaces
autant absurdes qu'effrayants
tous ces petits espaces
précieux
qu'on perd
&
qu'on occupe à sasser
ressasser
et ce serait par exemple le temps
nos peurs nos vides
à peine comblés par
de mécaniques
gesticulations
on s'y connaît n'est-ce-pas
il me
faudrait
autre chose que la consolation
du passé
porteur d'avenir
soi-disant
quelque chose
comme une douce et tranquille
il me faudrait cette
petite musique
intérieure
douce et tranquille
celle d'un matin ordinaire
par exemple
21 août 2013
Le petit muret en béton
Devant l'entrée du bâtiment
quelques fumeurs
assis
sur un petit muret en béton
ils me regardent passer devant eux
je leur dis bonjour
c'est un peu comme si je leur demandais
un billet simple
pour Las Vegas
dans l'ascenseur étroit
je sens le parfum
capiteux d'une nana au décolleté
impitoyable
je ne bande pas
elle me sourit et me demande si
c'est mon premier jour ici
ce sera peut-être mon dernier, je lui réponds
en tentant l'humour au 2è étage
le tailleur strict qui me reçoit
en compagnie de deux autres
gagnants au concours de l'embauche
nous fait signer contrat
et divers papiers de discrétion de
sécurité d'assurance
bon, je vais pas faire le malin
je signe tout ce qu'elle me présente
sans rechigner
et pourtant
après deux semaines ici
on m'en raconte des vertes et des pourries
sur l'ambiance dans la boîte
depuis l'arrivée du nouveau directeur général
il a quasiment mon âge le salaud
y'a eu une tentative de suicide dans les toilettes
par exemple
-non, sans déconner ?
-si, si, je t'assure et le boss a mis ça sur ses problèmes perso alors que...
et
après plus d'un an et demi d'arrêt-maladie
là voilà de retour
d'ailleurs
on me la présente vite fait mais
impossible de deviner ce qui lui passe par la tête
aujourd'hui
et le directeur général a décidé
de remplacer la bonbonne d'eau ce matin
de nous prévenir par mail
de nous préciser de ne pas appuyer trop longtemps sur le bouton d'eau froide
et c'est toujours Las Vegas
un peu partout
moi aussi maintenant j'ai ma place
sur le petit muret en béton
clope au bec
tiens
je reçois mon premier chèque de paie
la semaine prochaine
je pense
La maison de mon père (de Hafida)
Petite fille, j’aimais à observer les avions dans le ciel. Je suivais la course de ces vaisseaux, me prenant à envier leurs passagers et les mille et une aventures qui les attendaient.
Je n’imaginais que des voyageurs prêts à découvrir de nouvelles contrées.
Je ne pensais pas à la soute.
Je ne me disais pas que, peut-être, dans la soute de cet avion filant dans le ciel, une traînée blanche dans son sillon, pouvait se trouver une boîte particulière.
Je devais partir en voyage de noces dans un autre avion, avec une autre histoire. Au lieu de ça, je suis dans cet Airbus qui me transporte vers mon pays d’enfance.
Cela fait longtemps que je n’y suis plus retournée. Il va y avoir du monde là-bas, ne serait-ce qu’à l’aéroport. J’ai téléphoné à la famille : c’est déjà le défilé. Tout le monde attend l’avion avec impatience. Moi, je ne suis pas sûre ni de reconnaître tout le monde, ni de vouloir les revoir.
L’avion est en proie aux éléments. Une pluie battante tambourine contre la coque de l’appareil. Les nuages sont épais. Et l’avion, malmené par des vents agressifs, ne cesse de décrocher violemment. La panique s’installe parmi les passagers. Moi, je suis sereine. Ces turbulences semblent faire écho à mes pensées. Je m’imprègne de leur emportement et m’en remets à eux. Je suis brinquebalée de toutes parts, je sens presque la violence de la pluie sur mon visage collé au hublot. J’entends la carlingue gémir. Je suis persuadée que l’avion lit en moi, qu’il me comprend et partage ma peine. Je me prends alors à souhaiter qu’il sente mon désespoir au point de décrocher une bonne fois pour toutes, emportant avec lui ma carcasse fatiguée et les souvenirs qui me taraudent.
Deux semaines plus tôt, nous sommes tous présents dans une salle d’hôpital. Les médecins déplacent mon père dans une chambre individuelle. Pour que notre grande famille puisse y tenir.
La famille au complet est là, à attendre… A attendre quoi au juste ?
Si ce n’est le poste de télévision qui déroule, en arrière fond, l’histoire du premier joueur de foot d’origine algérienne à intégrer l’équipe de France, pas un mot ne se dit.
Petit à petit, mes frères et sœurs sortent pour échapper à l’atmosphère viciée qui règne dans cette chambre. Il ne reste plus que ma mère, l’une de mes sœurs et moi.
Sur son lit d’hôpital, très amaigri, mon père observe sa famille et ne cesse de se mordre la bouche.Il se mâchonne la langue, je le vois bien. Nous sommes là, dans cette pièce, peut-être sa dernière chambre, en proie aux effluves fétides s’échappant de la poche de sang caillé dont il ne cesse de se vider et rien ne se dit, rien ne se passe. Il ne cesse de se mordre les lèvres. Il se mordille la bouche et d’autres fois les joues, mais il ne dit rien.
On se regarde en chien de fusil, lui et moi. Ses yeux écarquillés me dévisagent avec insistance. Je sens qu’il lutte contre lui-même, qu’il a peur de briser le silence. Je ne supporte plus ce regard fixe. Je désire ardemment me dérober à cette inspection minutieuse, mais je n’arrive pas à baisser mes yeux. Je les ai baissé toute ma vie, mais aujourd’hui, jour fatidique, jour d’entre les jours, j’en suis incapable.
Nous n'avons pas l'habitude de parler ensemble, mon père et moi. Nous préférons nous examiner. Il m’observe et moi, en général, je le surveille du coin de l'œil. La dernière fois qu’il m’a regardée avec une telle insistance,c’était pour me parler du lion qui l'attaquait dans ses rêveschaque soir, le laissant pantelant au petit matin. Le fauve aura eu raison de lui...
Que va-t-il me dire cette fois?
Il se lance dans un flot d’excuses maladroites. Je tressaille. Ma sœur fond en un flot de larmes incongrues, un torrent incontrôlable. Elle est prise de soubresauts que je trouve comiques tant je ne suis pas prête à vivre cela, à écouter ces paroles, à entendre ces pleurs. Je les coupe net.
Pas d’excuses, non.
Les excuses, c’est le début de la fin, alors que pour toi, papa, ce n’est que la suite du commencement. Il va y avoir cette opération, demain, après-demain, et elle marquera un changement, ton renouveau, mais certainement pas la fin !
Pas de larmes, non.
Les larmes sont là derrière les paupières mais les laisser couler, rendrait trop palpable le désespoir dans les mots, mieux vaut les ravaler sauvagement.
Je le coupe net.
Le silence revient dans la pièce. Et l’on continue à attendre.
L’avion poursuit son chemin chaotique vers mon pays. Je me prends à espérer que les turbulences nous emportent, la boîte et moi vers d’autres cieux. Ma vie s’est arrêtée avec ces mots d’excuses avortés. Des paroles qui ne seront jamais réitérées. J’ai aspiré l’embryon de repentir exprimé par mon père. Des mots qui sont perdus à jamais. Cette scène, je la revis en permanence. Elle s’arrête toujours à ces paroles. Je ne saurai jamais ce qu’il a voulu dire. Ni n’exprimerai jamais de réponse.
Ces mots de pardon que j’ai refusés à mon père, ils coulent à flot dans mon esprit, à présent. Ils se heurtent à la barrière scellée de mes lèvres. Ils se heurtent aux parois en bois de la boîte. Celui qui occupe cette boîte ne peut maintenant pas plus entendre les paroles que je ne dirai jamais, que prononcer les mots qu’il n’a pas dits.
Je n’imaginais que des voyageurs prêts à découvrir de nouvelles contrées.
Je ne pensais pas à la soute.
Je ne me disais pas que, peut-être, dans la soute de cet avion filant dans le ciel, une traînée blanche dans son sillon, pouvait se trouver une boîte particulière.
Je devais partir en voyage de noces dans un autre avion, avec une autre histoire. Au lieu de ça, je suis dans cet Airbus qui me transporte vers mon pays d’enfance.
Cela fait longtemps que je n’y suis plus retournée. Il va y avoir du monde là-bas, ne serait-ce qu’à l’aéroport. J’ai téléphoné à la famille : c’est déjà le défilé. Tout le monde attend l’avion avec impatience. Moi, je ne suis pas sûre ni de reconnaître tout le monde, ni de vouloir les revoir.
L’avion est en proie aux éléments. Une pluie battante tambourine contre la coque de l’appareil. Les nuages sont épais. Et l’avion, malmené par des vents agressifs, ne cesse de décrocher violemment. La panique s’installe parmi les passagers. Moi, je suis sereine. Ces turbulences semblent faire écho à mes pensées. Je m’imprègne de leur emportement et m’en remets à eux. Je suis brinquebalée de toutes parts, je sens presque la violence de la pluie sur mon visage collé au hublot. J’entends la carlingue gémir. Je suis persuadée que l’avion lit en moi, qu’il me comprend et partage ma peine. Je me prends alors à souhaiter qu’il sente mon désespoir au point de décrocher une bonne fois pour toutes, emportant avec lui ma carcasse fatiguée et les souvenirs qui me taraudent.
Deux semaines plus tôt, nous sommes tous présents dans une salle d’hôpital. Les médecins déplacent mon père dans une chambre individuelle. Pour que notre grande famille puisse y tenir.
La famille au complet est là, à attendre… A attendre quoi au juste ?
Si ce n’est le poste de télévision qui déroule, en arrière fond, l’histoire du premier joueur de foot d’origine algérienne à intégrer l’équipe de France, pas un mot ne se dit.
Petit à petit, mes frères et sœurs sortent pour échapper à l’atmosphère viciée qui règne dans cette chambre. Il ne reste plus que ma mère, l’une de mes sœurs et moi.
Sur son lit d’hôpital, très amaigri, mon père observe sa famille et ne cesse de se mordre la bouche.Il se mâchonne la langue, je le vois bien. Nous sommes là, dans cette pièce, peut-être sa dernière chambre, en proie aux effluves fétides s’échappant de la poche de sang caillé dont il ne cesse de se vider et rien ne se dit, rien ne se passe. Il ne cesse de se mordre les lèvres. Il se mordille la bouche et d’autres fois les joues, mais il ne dit rien.
On se regarde en chien de fusil, lui et moi. Ses yeux écarquillés me dévisagent avec insistance. Je sens qu’il lutte contre lui-même, qu’il a peur de briser le silence. Je ne supporte plus ce regard fixe. Je désire ardemment me dérober à cette inspection minutieuse, mais je n’arrive pas à baisser mes yeux. Je les ai baissé toute ma vie, mais aujourd’hui, jour fatidique, jour d’entre les jours, j’en suis incapable.
Nous n'avons pas l'habitude de parler ensemble, mon père et moi. Nous préférons nous examiner. Il m’observe et moi, en général, je le surveille du coin de l'œil. La dernière fois qu’il m’a regardée avec une telle insistance,c’était pour me parler du lion qui l'attaquait dans ses rêveschaque soir, le laissant pantelant au petit matin. Le fauve aura eu raison de lui...
Que va-t-il me dire cette fois?
Il se lance dans un flot d’excuses maladroites. Je tressaille. Ma sœur fond en un flot de larmes incongrues, un torrent incontrôlable. Elle est prise de soubresauts que je trouve comiques tant je ne suis pas prête à vivre cela, à écouter ces paroles, à entendre ces pleurs. Je les coupe net.
Pas d’excuses, non.
Les excuses, c’est le début de la fin, alors que pour toi, papa, ce n’est que la suite du commencement. Il va y avoir cette opération, demain, après-demain, et elle marquera un changement, ton renouveau, mais certainement pas la fin !
Pas de larmes, non.
Les larmes sont là derrière les paupières mais les laisser couler, rendrait trop palpable le désespoir dans les mots, mieux vaut les ravaler sauvagement.
Je le coupe net.
Le silence revient dans la pièce. Et l’on continue à attendre.
L’avion poursuit son chemin chaotique vers mon pays. Je me prends à espérer que les turbulences nous emportent, la boîte et moi vers d’autres cieux. Ma vie s’est arrêtée avec ces mots d’excuses avortés. Des paroles qui ne seront jamais réitérées. J’ai aspiré l’embryon de repentir exprimé par mon père. Des mots qui sont perdus à jamais. Cette scène, je la revis en permanence. Elle s’arrête toujours à ces paroles. Je ne saurai jamais ce qu’il a voulu dire. Ni n’exprimerai jamais de réponse.
Ces mots de pardon que j’ai refusés à mon père, ils coulent à flot dans mon esprit, à présent. Ils se heurtent à la barrière scellée de mes lèvres. Ils se heurtent aux parois en bois de la boîte. Celui qui occupe cette boîte ne peut maintenant pas plus entendre les paroles que je ne dirai jamais, que prononcer les mots qu’il n’a pas dits.
11 juil. 2013
aucun vautour au ciel
Soleil
grand soleil ce matin
vacances - plage - vagues - barbecue
mais non rien de tout ça
c'est un réveil douloureux
un peu angoissé
visage à l'eau froide
et des habits propres
j'ai plus l'habitude
de me préparer
à ce rituel
pour pas rater ce grand moment
de sociabilité retrouvée
avec des collègues
tout neufs
un bureau des ordinateurs des programmes
spécifiques une formation de plusieurs jours
et un contrat bon dieu un contrat !
et puis c'est l'heure du départ
un peu angoissé
non non c'est pas la rue
c'est presque désert
aucun vautour dans le ciel
aucun duel à l'horizon
pas de panique merde mais
toujours un peu angoissé
c'est jamais facile de
faire bonne figure
de montrer du caractère
de la volonté de l'envie
de la motivation bordel !
et puis je ressemble à quoi
maintenant ?
j'ai toujours l'air normal ?
je peux réussir à m'habituer ?
à m'y faire ?
hein je ressemble à mon hier
ou à mon avant-hier lointain ou
à rien ?
avant d'entrer en contact
direct je suis dans le métro assis face
à quelqu'un qui
pense que je le fixe
mais qui a commencé nom de dieu ?
je sors un livre de ma poche pour
me donner une contenance
je fais semblant de lire
je n'arrive pas à lire dans les transports en commun
je tourne les pages je tourne et
je retiens un mot par ci par là pas plus
je t'envoie un texto pour me sentir mieux
j'espère que ça va marcher, tu espères aussi
l'heure approche...
je suis devant les locaux...
un peu angoissé...
je respire un bon coup...
une clope je la fume lentement, très lentement
je l'étire jusqu'au mégot
on m'attend
il me faudrait mon chapeau de cow-boy
je sais pas une fiole de bourbon
une phrase toute faite
une confiance à toute épreuve
et puis surtout surtout
me souvenir (chaque heure, le plus possible)
qu'on n'a pas le choix
pas d'autre choix pour l'instant en tout cas
(on va y penser l'esprit léger aérien volatile concentré)
allez ! allez !
pas de vent pour me pousser ?
je suis toujours un peu angoissé
un peu
quand ça arrive ces choses-là
grand soleil ce matin
vacances - plage - vagues - barbecue
mais non rien de tout ça
c'est un réveil douloureux
un peu angoissé
visage à l'eau froide
et des habits propres
j'ai plus l'habitude
de me préparer
à ce rituel
pour pas rater ce grand moment
de sociabilité retrouvée
avec des collègues
tout neufs
un bureau des ordinateurs des programmes
spécifiques une formation de plusieurs jours
et un contrat bon dieu un contrat !
et puis c'est l'heure du départ
un peu angoissé
non non c'est pas la rue
c'est presque désert
aucun vautour dans le ciel
aucun duel à l'horizon
pas de panique merde mais
toujours un peu angoissé
c'est jamais facile de
faire bonne figure
de montrer du caractère
de la volonté de l'envie
de la motivation bordel !
et puis je ressemble à quoi
maintenant ?
j'ai toujours l'air normal ?
je peux réussir à m'habituer ?
à m'y faire ?
hein je ressemble à mon hier
ou à mon avant-hier lointain ou
à rien ?
avant d'entrer en contact
direct je suis dans le métro assis face
à quelqu'un qui
pense que je le fixe
mais qui a commencé nom de dieu ?
je sors un livre de ma poche pour
me donner une contenance
je fais semblant de lire
je n'arrive pas à lire dans les transports en commun
je tourne les pages je tourne et
je retiens un mot par ci par là pas plus
je t'envoie un texto pour me sentir mieux
j'espère que ça va marcher, tu espères aussi
l'heure approche...
je suis devant les locaux...
un peu angoissé...
je respire un bon coup...
une clope je la fume lentement, très lentement
je l'étire jusqu'au mégot
on m'attend
il me faudrait mon chapeau de cow-boy
je sais pas une fiole de bourbon
une phrase toute faite
une confiance à toute épreuve
et puis surtout surtout
me souvenir (chaque heure, le plus possible)
qu'on n'a pas le choix
pas d'autre choix pour l'instant en tout cas
(on va y penser l'esprit léger aérien volatile concentré)
allez ! allez !
pas de vent pour me pousser ?
je suis toujours un peu angoissé
un peu
quand ça arrive ces choses-là
7 juil. 2013
plouf, plouf
Parfois
je me sens
pessimystérieux
j'avoue que
j'aimerais m'y
vautrer davantage
mais comme
tu l'es bien plus que
moi
en règle général
je redeviens
malgré moi / double nature
optimistificateur
pour équilibrer la chose
entre nous
je me sens
pessimystérieux
j'avoue que
j'aimerais m'y
vautrer davantage
mais comme
tu l'es bien plus que
moi
en règle général
je redeviens
malgré moi / double nature
optimistificateur
pour équilibrer la chose
entre nous
25 juin 2013
Microbes 78 !
Le 78e numéro du Microbe est à l’impression !
Les abonnés « + » recevront également le mi(no)crobe 40 Venge les anges signé Patrice Maltaverne.
Comme d’habitude, les autres ne recevront rien !
Pour tous renseignements, contactez Eric : ericdejaeger@yahoo.fr
5 encore du matin c'est vers 10h45 l'heure du crétin
Comme il fait froid
pour la saison
j'ai décidé d'enfiler
son beau nez
sur le mien
***
J'attends qu'on me rappelle
mais personne ne
me rappelle
du coup j'attends que
personne ne me
rappelle
ce qui me rend beaucoup plus
serein
***
On vient de faire
l'amour
dans la position
du caravanier
tu me dis que ce n'est pas
celle du caravanier c'est
la position
du calligraphe
-et hier ? demandé-je
-hier on a fait l'amour dans la
position
du guide de haute montagne
***
J'attends que personne ne
me rappelle et
comme personne ne me rappelle
j'en conclus que j'ai
absolument raison
d'attendre que personne
ne me rappelle
-et si c'était toi qui rappelais ? me demandes-tu
-tu plaisantes ! ce serait une remise en cause trop brutale...
***
Comme on est dans le lit
tous les deux
on échange les draps
des regards
nos slips
nos salives
nos liquides séminaux
nos mains
on échange nos sexes
je deviens femme
tu es mon homme.
pour la saison
j'ai décidé d'enfiler
son beau nez
sur le mien
***
J'attends qu'on me rappelle
mais personne ne
me rappelle
du coup j'attends que
personne ne me
rappelle
ce qui me rend beaucoup plus
serein
***
On vient de faire
l'amour
dans la position
du caravanier
tu me dis que ce n'est pas
celle du caravanier c'est
la position
du calligraphe
-et hier ? demandé-je
-hier on a fait l'amour dans la
position
du guide de haute montagne
***
J'attends que personne ne
me rappelle et
comme personne ne me rappelle
j'en conclus que j'ai
absolument raison
d'attendre que personne
ne me rappelle
-et si c'était toi qui rappelais ? me demandes-tu
-tu plaisantes ! ce serait une remise en cause trop brutale...
***
Comme on est dans le lit
tous les deux
on échange les draps
des regards
nos slips
nos salives
nos liquides séminaux
nos mains
on échange nos sexes
je deviens femme
tu es mon homme.
24 juin 2013
L'espoir est permis
avec six fenêtres
et
deux portes
je ne vois pas comment
on pourrait
ne pas s'en sortir...
***
ciel gris
rafales de vent
toujours pas
de boulot
rien toujours rien
de créditeur
sur le compte
en banque
mais tout n'est pas si noir :
j'ai mis
de côté
une bière belge de tradition
dans le frigo
***
on s'aime
et ça fait un paquet d'années
qu'on s'aime
et qu'on tourne en
rond et ça fait vraiment
un paquet d'années
qu'on s'aime
en se jurant
que c'est au dessus de
tous les problèmes
qu'on retourne en rond
et qu'on s'aime
par dessus tout
quand même
et si on se jure encore que ce
n'est pas fini alors
l'espoir nous est permis
même aminci
même arrondi
de tous côtés
et
deux portes
je ne vois pas comment
on pourrait
ne pas s'en sortir...
***
ciel gris
rafales de vent
toujours pas
de boulot
rien toujours rien
de créditeur
sur le compte
en banque
mais tout n'est pas si noir :
j'ai mis
de côté
une bière belge de tradition
dans le frigo
***
on s'aime
et ça fait un paquet d'années
qu'on s'aime
et qu'on tourne en
rond et ça fait vraiment
un paquet d'années
qu'on s'aime
en se jurant
que c'est au dessus de
tous les problèmes
qu'on retourne en rond
et qu'on s'aime
par dessus tout
quand même
et si on se jure encore que ce
n'est pas fini alors
l'espoir nous est permis
même aminci
même arrondi
de tous côtés
6 pour 1
c'est toujours la même
rengaine
au moment
crucial
la tension monte
jusqu'au
4è étage
je sors de l'ascenseur
étroit
je frappe à la porte
vitrée
une jeune femme
vient m'ouvrir
dit bonjour
et retourne aussitôt
à son poste de travail
me lassant planté
dans le couloir
quelques instants
une autre femme
d'âge mûr
me convie à
m'installer
en attendant
les autres
dans une salle de réunion
où se trouve déjà un mec
affairé
avec son téléphone portable
on se sourit
je lui demande s'il a des infos
sur la mission
il me répond "non
pas vraiment"
les minutes passent
je regarde alentour
un tableau
sur lequel figure
l'organigramme de la société
puis la cheminée fumante
d'une aciérie en face
de l'immeuble
puis cette foutue table
transparente
qui scrute le moindre
de nos gestes
de nos gènes
puis je ferme les yeux
en tâchant
de savoir si mon
pouls s'est calmé
si mon âge sera un atout
si je tiendrai le coup
jusqu'au bout
cette fois
et avant
bien avant
d'obtenir des réponses
la porte se referme
sur une voix feutrée
légèrement hésitante qui
nous indique que
nous sommes au complet
six
candidats
pour un poste
rengaine
au moment
crucial
la tension monte
jusqu'au
4è étage
je sors de l'ascenseur
étroit
je frappe à la porte
vitrée
une jeune femme
vient m'ouvrir
dit bonjour
et retourne aussitôt
à son poste de travail
me lassant planté
dans le couloir
quelques instants
une autre femme
d'âge mûr
me convie à
m'installer
en attendant
les autres
dans une salle de réunion
où se trouve déjà un mec
affairé
avec son téléphone portable
on se sourit
je lui demande s'il a des infos
sur la mission
il me répond "non
pas vraiment"
les minutes passent
je regarde alentour
un tableau
sur lequel figure
l'organigramme de la société
puis la cheminée fumante
d'une aciérie en face
de l'immeuble
puis cette foutue table
transparente
qui scrute le moindre
de nos gestes
de nos gènes
puis je ferme les yeux
en tâchant
de savoir si mon
pouls s'est calmé
si mon âge sera un atout
si je tiendrai le coup
jusqu'au bout
cette fois
et avant
bien avant
d'obtenir des réponses
la porte se referme
sur une voix feutrée
légèrement hésitante qui
nous indique que
nous sommes au complet
six
candidats
pour un poste
23 juin 2013
5 bidules du dimanche matin
Normal de saliver
la peur de parler de soi(n)
avant un entretien dent-bouche
mais il est encore trop tôt
pour demander
une augmentation de molaire !
***
Vivre
sans projets
quand le seul projet
est de survivre
à son propre chaos
j'aimerais te voir
remonter à
la surface
de temps en temps
***
La vie est ainsi faite
qu'elle se défait
tout aussi facilement
quand on en a marre
de passer pour ce qu'on n'est pas
***
Dans le lit
repliée
en position foetale
tu me dis que tu rêves
souvent
d'être
une boule de bowling
lancée
contre un mur.
***
J'écris pour
presser
le temps
d'en découdre
une bonne fois
pour toutes
la peur de parler de soi(n)
avant un entretien dent-bouche
mais il est encore trop tôt
pour demander
une augmentation de molaire !
***
Vivre
sans projets
quand le seul projet
est de survivre
à son propre chaos
j'aimerais te voir
remonter à
la surface
de temps en temps
***
La vie est ainsi faite
qu'elle se défait
tout aussi facilement
quand on en a marre
de passer pour ce qu'on n'est pas
***
Dans le lit
repliée
en position foetale
tu me dis que tu rêves
souvent
d'être
une boule de bowling
lancée
contre un mur.
***
J'écris pour
presser
le temps
d'en découdre
une bonne fois
pour toutes
14 juin 2013
Un Marché (de la Poésie) à Paris (Fred Houdaer)
œil-qui-pleure
s’assoit dans le siège 108
de la voiture 15
du TGV qui le conduit Place Saint-Sulpice
quand œil-qui-pleure arrive à Paris
c’est pour s’enterrer tout de suite
prendre le métro à même la gare
grimper dans la première rame
et là bingo
il s’assoit
re
dans un bain de langues
à côté d’une fameuse auteure à scandale
qui lit religieusement le Libé du jour
œil-qui-pleure la dévisage
sans envie
et partage avec elle
les mêmes hoquets ennuyeux
jusqu’à ce que la rame
se remplisse brutalement
d’une classe entière de lycéens
complètement bourrés
une lolita demande à œil-qui-pleure
si elle peut caresser son crâne parfaitement chauve
œil-qui-pleure refuse
elle le fait quand même
tandis qu’un jeune sosie de Joe Dassin se met à hurler
aux Champs Élyséééées
œil-qui-pleure se dit que ce n’est pas à Lyon
que l’on verrait un puceau beugler du Joe Dassin
dans le métro
pieds-qui-brûlent
se déchausse
lors de sa visite au Musée des Arts Premiers
maison des hommes
bâton de danse
ancestor figure
pieds-qui-brûlent finit par revenir
Place Saint-Sulpice
pour apprendre de la bouche d’une femme
engraved stone
skull-mask
que l’un de ses amis
n’est qu’un satyre
pieds-qui-brûlent est sommé de répondre
à la question
est-ce que ce connard PEUT ÊTRE un bon poète ?
pieds-qui-brûlent répond prudemment
ce ne serait pas le premier
et reprend un café à trois euros
il souhaite que la femme
achète l’un de ses recueils
male figure
poteaux funéraires
Sèvres-Babylone
dos-qui-fait-mal arpente les allées
serpente au milieu des stands
renvoie aux éditeurs leur absence de sourire
beaucoup de belles femmes ici
heureusement qu’il y a beaucoup de belles femmes ici
se dit dos-qui-fait-mal
la poésie n’attire pas que des enseignantes ménopausées
elle attire aussi des enseignantes non ménopausées
voilà ce que pense
dos-qui-fait-mal
en devenant vessie-qui-presse
en visitant l’algeco-pissotière
du Marché de la Poésie
vessie-qui-presse se soulage
au dessus de chiottes qui ont déjà vu passer
les queues de centaines de poètes
vessie-qui-presse en établit mentalement
une première liste
vessie-soulagée
tourne le dos aux stands pour quelques minutes
le temps de rentrer dans l’église Saint-Sulpice
d’y mater une scène de catch
entre Jacob et un ange
peinte par Delacroix
vessie-soulagée ne s’attarde pas
sous ses dents
une miette de biscuit
lui rappelle que le seul vrai dieu
qu’il ait l’habitude de prier
se nomme Speculoos
vessie-soulagée retourne aux stands
l'y attend
une nouvelle catégorie de ses lecteurs
il y avait ceux qui aiment ce qu’il écrit
ceux qui n’aiment pas ses poèmes
depuis peu
vessie-soulagée sait qu’il existe une catégorie de gens
qui éprouvent un plaisir coupable
à dévorer ses livres
c’est l’expression qu’ils emploient le plus souvent
plaisir coupable
et vessie-soulagée ne sait comment la recevoir
il espère progresser
aujourd’hui
Son blog : http://houdaer.hautetfort.com/
s’assoit dans le siège 108
de la voiture 15
du TGV qui le conduit Place Saint-Sulpice
quand œil-qui-pleure arrive à Paris
c’est pour s’enterrer tout de suite
prendre le métro à même la gare
grimper dans la première rame
et là bingo
il s’assoit
re
dans un bain de langues
à côté d’une fameuse auteure à scandale
qui lit religieusement le Libé du jour
œil-qui-pleure la dévisage
sans envie
et partage avec elle
les mêmes hoquets ennuyeux
jusqu’à ce que la rame
se remplisse brutalement
d’une classe entière de lycéens
complètement bourrés
une lolita demande à œil-qui-pleure
si elle peut caresser son crâne parfaitement chauve
œil-qui-pleure refuse
elle le fait quand même
tandis qu’un jeune sosie de Joe Dassin se met à hurler
aux Champs Élyséééées
œil-qui-pleure se dit que ce n’est pas à Lyon
que l’on verrait un puceau beugler du Joe Dassin
dans le métro
pieds-qui-brûlent
se déchausse
lors de sa visite au Musée des Arts Premiers
maison des hommes
bâton de danse
ancestor figure
pieds-qui-brûlent finit par revenir
Place Saint-Sulpice
pour apprendre de la bouche d’une femme
engraved stone
skull-mask
que l’un de ses amis
n’est qu’un satyre
pieds-qui-brûlent est sommé de répondre
à la question
est-ce que ce connard PEUT ÊTRE un bon poète ?
pieds-qui-brûlent répond prudemment
ce ne serait pas le premier
et reprend un café à trois euros
il souhaite que la femme
achète l’un de ses recueils
male figure
poteaux funéraires
Sèvres-Babylone
dos-qui-fait-mal arpente les allées
serpente au milieu des stands
renvoie aux éditeurs leur absence de sourire
beaucoup de belles femmes ici
heureusement qu’il y a beaucoup de belles femmes ici
se dit dos-qui-fait-mal
la poésie n’attire pas que des enseignantes ménopausées
elle attire aussi des enseignantes non ménopausées
voilà ce que pense
dos-qui-fait-mal
en devenant vessie-qui-presse
en visitant l’algeco-pissotière
du Marché de la Poésie
vessie-qui-presse se soulage
au dessus de chiottes qui ont déjà vu passer
les queues de centaines de poètes
vessie-qui-presse en établit mentalement
une première liste
vessie-soulagée
tourne le dos aux stands pour quelques minutes
le temps de rentrer dans l’église Saint-Sulpice
d’y mater une scène de catch
entre Jacob et un ange
peinte par Delacroix
vessie-soulagée ne s’attarde pas
sous ses dents
une miette de biscuit
lui rappelle que le seul vrai dieu
qu’il ait l’habitude de prier
se nomme Speculoos
vessie-soulagée retourne aux stands
l'y attend
une nouvelle catégorie de ses lecteurs
il y avait ceux qui aiment ce qu’il écrit
ceux qui n’aiment pas ses poèmes
depuis peu
vessie-soulagée sait qu’il existe une catégorie de gens
qui éprouvent un plaisir coupable
à dévorer ses livres
c’est l’expression qu’ils emploient le plus souvent
plaisir coupable
et vessie-soulagée ne sait comment la recevoir
il espère progresser
aujourd’hui
Son blog : http://houdaer.hautetfort.com/
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