15 mai 2013

Rien n'a vraiment changé


je collectionnais
les magazines
quand j'étais adolescent
les Pariscope
les Onze-Mondial
Les Historia
les France Football
du mardi et du vendredi
les Télé 7 Jours
des fêtes de fin d'année
je cachais aussi
quelques photos un peu érotiques
souvent en noir et blanc
découpées dans les magazines
d'information de mon père

je les empilais dans
une double armoire
ça pesait son poids
ça n'avait aucun sens
d'empiler ainsi
des magazines que je ne rouvrais
quasiment jamais

j'ai continué à collectionner
ces mêmes magazines
et d'autres
en habitant
un studio de 20m2

et puis
j'ai fini par tout jeter
à la poubelle
ça n'avait aucun sens de tout
jeter ainsi

c'était comme effacer
une partie de moi
qui ne ressemblait certes à rien
de consistant
mais qui avait pris toute
la place de la
consistance

c'était prendre le risque
de déclencher
un obus
et d'y creuser un
trou de
mémoire
sur tout le reste

aujourd'hui
je ne collectionne
plus rien
mais je note
scrupuleusement
sur l'ordinateur
tout ce qui m'arrive dans
les moindres détails les
plus insignifiants

ça n'a aucun sens
d'empiler ainsi
mémos sur mémos
année par année

ça n'a aucun sens


fort sens commercial


c'est bien payé
mais
c'est pas pour moi
l'annonce précise
qu'il faut être doté
d'un fort sens commercial

je sors une bière du frigo
je demande à ma femme
pourquoi je ne suis pas
doté d'un fort sens commercial

elle me sourit gentiment
-t'as d'autres qualités, mon amour
-peut-être, mais pas pour l'annonce
-t'en fais pas, tu trouveras bien quelque chose
-ouais, ouais

je bois une longue lampée de bière
je demande à ma femme
si elle m'aime toujours
même si j'ai pas un fort sens commercial
-y'a pas que le fric dans la vie, me dit-elle

puis
elle approche

son souffle est sur
ma nuque
-j'ai envie de toi

sa main est sur
ma queue
fièrement dressée
-je t'avais bien dit que t'avais d'autres qualités, mon amour

à ce moment-là
j'ai bien failli
la croire





Frigo là-haut ?

plusieurs fois
le soleil a couché
avec la pluie
et de leur union
hasardeuse
est née
une tripotée
d'arc-en-ciels
embryonnaires
portés disparus
depuis

Une petite histoire de mouche

il était une fois
une mouche à merdes
qui en avait marre
de renifler les excréments
elle resta un an sans rien faire
d'autre que regarder
 les autres mouches à merdes
qui ne sachant faire que ça
reniflaient les excréments
elle mourut
écrasée
comme une merde
à défaut d'avoir été mouche

Grand Seigneur

le siège sur lequel je suis assis
est une reproduction
de style Louis XV
ce qui me donne l'impression
de gouverner
la royaume des
pixels
&
de Navarre
devant l'écran de l'ordinateur

En attendant...


les jours passent
plus ou moins
vite
plus ou moins
identiques
c'est banal
lancinant

et l'horizon dans tout ça ?

d'un côté le carcan
de l'autre la phobie
au milieu c'est une tête
lestée
de tension
vague

qui se dit :
mieux vaut
s'enfermer
ici
volontaire
(mais la volonté se fout bien
d'elle-même)

alors que tant d'autres
y sont déjà
les pieds et les poings
déliés

puisque

la vie poursuit son
cours
juste à côté
(c'est ailleurs, c'est si loin)
(ce sont des bruits, des pas
des gens abstraits en somme
on ne se connaît pas)

on chercherait en vain
ici
l'alchimie
d'une réussite
&
le soupçon
d'un renouveau
(un modèle neuf et bien ficelé)

s'enfermer
volontaire
en attendant mais
que faire
d'autre
quand l'attente
paraît
interminable

et

qu'elle mène à
une voie sans issue
(c'est le serpent qui
se mord la queue) ?

8 mai 2013

Impro



je laisse glisser
les mots

les uns après les autres
sans trop savoir
si ça va donner
quelque chose

parfois
les mots
se bousculent
avec fluidité

s'estimant en droit
de venir noircir
la page

puisqu'ils le
veulent

puisque ce sont
les mêmes
que d'habitude
à peu de choses près

quant aux autres
mots
ceux
qui pourraient
fournir d'autres images
ils ne sortent pas
si facilement
que ça

est-ce de la
retenue
est-ce de l'
ignorance

et quand la page
est bien noircie
comme c'est le cas 
à présent

je me rends bien
compte
que quelque chose
cloche vraiment

qu'il y a un
blocage
que des connections
nouvelles
ne se font pas

qu'une paresse
finit par remplacer
l'impuissance
à faire mieux



et ça leur donne la dalle


avec toute cette pluie
qui se déverse
sur la ville
les hommes et les femmes
le nez à la vitre
voient

pousser
de plusieurs centimètres
les hommes et les femmes
dehors

qu'ils comparent à des
carottes à des
navets à des
brocolis

ils n'ont pas de jardin
par ici
et ça leur donne
faim.


7 mai 2013

comme aujourd'hui, brouillard...


Demain
sera
tristesse
comme
aujourd'hui
brouillard

quel poids porteras-tu sur
les épaules ?

quelle pensée t'obsédera
au point d'en perdre
l'appétit ?

quelle sensation ton corps
quelle image ton passé
quel sourire pour adoucir

ce qui ne se dit pas ?



5 mai 2013

D'être quelqu'un à tes yeux ?


Je sais que je tiens-là
une justification
aussi absurde que romantique
à mon manque d'ambition
professionnelle

et à tout ce qui en
découle
de négatif -
par exemple dans le
regard des autres -

oui, j'écris des poèmes
oui, j'écris de courts textes en prose
non, je ne fais rien d'autre
pour alimenter le compte en banque

suis-je encore
digne
d'être quelqu'un à tes yeux ?

Anniversaire !

Tu viens d'avoir
trente-huit ans
aujourd'hui
tu observes dans la glace
les avancées
du temps
et tu en conclus
qu'il n'est vraiment pas nécessaire
de souffler toutes ces bougies
comme si c'était jour
de fête

Couches superposées

Une pensée
en amenant une autre
sans forcément un lien
entre elles
il m'est parfois très difficile
de savoir
si elles ne sont pas
seulement
les couches superposées
d'un vieux mur
peint
&
repeint
à plusieurs époques
différentes.

3 mai 2013

La métamorphose des cloportes (FXF)


La métamorphose des cloportes

Le miracle en poésie
c’est qu’un type
affreusement dégueulasse
peut s’avérer être
un excellent poète
et qu’un type
absolument formidable
peut au contraire
se révéler être
un très mauvais poète
Je pense me situer
entre les deux.

© François-Xavier Farine - 24/04/2013.

Pschiit !



La prédisposition au
Bonheur
Ce doit être un truc
Dont on parle
Sans l'avoir jamais vu
Et ça fait pschiit !

Sans haine, ni arme, ni violence ni rien de tout ça


A trop écouter les
faits divers
à la télé

voilà que
le fantasme naît

y'en a toujours un qui
finit par retenir notre attention
plus que les autres

fourgon blindé / attaque d'un distributeur...

des fois on en parle
en se disant qu'on pourrait
faire la même chose
on plaisante bien sûr

et puis des fois
on y pense plus sérieusement

parce que pour se sortir
de la merde
y'a pas trente-six solutions
elle doit être radicale

sauf

qu'on se heurte
à de gros problèmes
logistiques
ça ok

&

surtout
de conscience

sous ce mot
peut-être
la lâcheté
va savoir

ou bien

le besoin qu'on en a
n'est-il pas encore
si désespéré qu'on croit

en attendant d' y voir plus clair
velléitaire
de toujours

je relis Curzio Malaparte
quelques pages
de sa "Technique du coup d'état"

ça peut servir
un jour ou l'autre
sait-on jamais...






ordinateur chronophage

quelques mots
à l'emporte-pièce
mémoire, que faire, sortir, plus tard, chercher,
soleil, grilles, toujours le même
la même, enfance(s)s, déni
jamais, peut-être, plus tard
pourquoi, sans raison, trop loin, pourtant

justement le temps
qu'on n'a plus trop

le lien existe

sensible
à ce qui m'empêche
d'avancer

et c'est facile de comprendre que
ce qui m'en empêche
vraiment
d'avancer
aujourd'hui

c'est très simple :

le cul collé à cette chaise
confortable
devant l'ordinateur chronophage

Qui t'attend et se sent inutile


Assise à ton poste de travail
je t'imagine
en train de regarder
par l'une des fenêtres

l'herbe
taillée
arrosée par les
puissants jets d'eau

de suivre
le parcours précis du jardinier
penché sur les
lilas les roses & les gardénias

de lever les yeux au
ciel
un instant
pour savoir si les nuages
ressemblent à quelqu'un
que tu connais

et d'avoir
de fil en aiguille
une petite pensée pour moi
qui t'attends - et me sens inutile

puis de te concentrer
à nouveau
sur les nombreux objectifs
de ton planning quotidien

avant que le chef
revenu de ses statistiques
à la con à la clé
ne transmette tout son stress
à l'équipe

je ne peux rien pour toi
mais
je suis là
qui t'attends - et me sens inutile






2 mai 2013

Un message fort à faire passer !


Allongé dans
mon lit je rêve à des mondes
parallèles

le peuple des gouloulous
qui vit sur les
réverbères
ne rencontre jamais
le peuple des falalas
qui s'est installé
au milieu de la route
s'ils se rencontraient
...

Je tire subitement
de ma poche
un tract sur
lequel
est écrit
"NON au capitalisme sauvage !"

Je me souviens du mec
qui me l'a filé
ce tract
il ressemblait à n'importe qui
portant barbe grise mal rasée
lunette d'intello
jean cool
&
un message fort à faire passer
au plus de monde possible
OK

Puis je reviens
vers les mondes parallèles
parce que si les gouloulous
&
les falalas
lisaient le tract
peut-être que ça changerait
la donne dans ce monde
non ?








la panoplie de l'anti-héros


Je passe
devant
la fenêtre
sale
devant
la tasse de café
vide sur
la table
devant
la petite araignée qui
tisse une toile
presque invisible
devant
l'armoire aux poètes
suicidés
déglingués
devant ce
qui nous mène par
le bout du nez
devant l'acharnement
du manque
devant ta pile
de médicaments
mystérieux

et ce n'est pas de l'indifférence
vois-tu

je passe devant
tout un tas de choses
qui n'en demeurent pas moins
là
bel et bien là

on n'efface pas d'un coup de
baguette magique
l'ombre de Brautigan
&
la panoplie complète de l'anti-héros

on les fait cohabiter
au mieux

1 mai 2013

réflexe

ciel d'automne
au printemps
pluie battante

envie d'écrire
des mots sans savoir
où aller où finir

envie de jouir
tout simplement
sans pression ?

envie de petits riens
de quelque chose
et la chanson besoin de rien, envie de toi

qui me vient
comme réflexe conditionné
par la mémoire, putain de mots

ciel d'automne
au printemps
nuit tombante


des progrès à faire


On se fait face
dans la pièce
à l'écart du bruit
ambiant

-Notre entreprise est en pleine expansion, on cherche 3 postes, votre profil...
etc

l'entretien se passe
cordialement
sans questions trop
embarrassantes
enfin disons que c'est
juste du réchauffé - j'ai l'habitude maintenant.

puis elle me regarde
un peu gênée :
-Excusez-moi d'être aussi directe mais comment dire...
-Oui ?
-Vous avez 45 ans... et on a la désagréable impression que vous stagnez professionnellement...
-Je suis bien d'accord avec vous.

elle ne s'attendait sans doute pas
à ce que j'aille dans son sens
aussi vite
sans montrer
aucune rebéllion
aucune honte
aucun remords

me contentant d'un sourire
sincère
qui en dit long
trop long pour elle
-Vous n'envisagez donc que des boulots alimentaires, en fin de compte ?
-Oui, c'est exact...mais ça ne m'empêche pas d'aimer ensuite - parfois - le boulot que je fais.

elle a un de ces regards
dubitatifs
qui laisse peu de chance
à l'espoir

parce que
savoir convaincre
faire sa pute
ce n'est pas donné
à tout le monde

j'ai des progrès à faire, je crois

NON
j'en suis sûr



Chronique...



Il y avait une petite rivière ici
Dans le temps elle prenait sa source par là-bas
Jure le vieil homme
Montrant du doigt
L’eau stagnante d’un caniveau
Souillé
De pisse.

(Extrait d'un truc en cours)

4 Crétineries d'un mercredi pluvieux


Je gare ma voiture
juste
devant chez moi
je sors une grosse corde
que j'accroche au mur
solidement
je démarre
en tirant
mon appartement
loin de la ville.

***

Elle lit dans les
lignes de ma main
me dit qu'il faut
filer droit au but
ne plus tergiverser
ne plus hésiter une
seule seconde
-c'est écrit là me dit-elle
je ne savais pas les lignes
de ma main aussi
bavardes...
moi qui suis plutôt
timide.

***

Il pleut
des phrases toutes
faites
dans une grisaille
de mots
inutiles

***

Je consulte mon compte
bancaire et je le trouve
bien maigrichon
celui-là
presque rachitique
je me demande s'il ne lit pas
en cachette
les magazines de mode
féminin
avec d'anorexiques mannequins
en couverture

30 avr. 2013

Clin d'oeil du doigt


-Le ventromnipotent ou la toute puissance des obèses.

-L'imprimante religieuse finit par bouffer tout ce qui s'écrit de "sacré".

-Le canapéteur permet d'étouffer les borborygmes anaux devant une émission de télé à la con.

-Après un licen-ciment, il faut bétonner ses arrières !

-Dans les cime-tiers, on ne meurt pas à moitié..

-J'enlève ma robe de chambre, j'enfile mon slip de rue.

-A t'elle retrouvé ses rêves berbères sous les réverbères ?

D'un jour comme ça

des jours comme ça
il y en a
qu'il faut vivre
 à côté de
ses pompes
ou de quelqu'un
n'ayant qu'un ciel
d'hiver pour unique saison
il y a parfois un peu de soleil

à faire
frémir les pages
qui s'étirent
dans le sombre
dedans
d'où rien ne sort
même pas la raison du mystère ; c'est comme ça

non rien ne sort
en fin de compte
c'est-à-dire
qu'il n'y a pas grand-chose
à en tirer
des jours comme ça
ni de soi ni des autres
on a déjà creusé
vécu 
attendu
survécu 
plusieurs fois à cet endroit familier
c'est-à-dire

qu'on ne sent plus
la différence entre
l'entame de l'aube
et la nuit qui paraît

et c'est d'un jour comme ça
qu'il est
fou d'espérer quoi que ce soit



25 avr. 2013

10th STREET (Eric Dejaeger)


De nombreux médecins
prescrivent à leurs patients
neurasthéniques
un détour par
la Rue des Idées Perdues
dont l'on sort
l'esprit complètement
nettoyé
récuré
désinfecté
aseptisé
mais sans plus la moindre
imagination.

Eric Dejaeger : Son blog

Mon petit dernier


Collection "Confetti", publiée chez Asphodele Edition.
Au catalogue des "Confettis" : Jany Pineau, Jean-Jacques Nuel, Esther Ka pour les tout récents... mais aussi Thomas Vinau, Marlène Tissot, Guillaume Siaudeau, Cathy Garcia pour ne citer qu'eux...
Un confetti : 2 euros.
Il s'agit d'une mini-nouvelle de 10 pages, format poche.

23 avr. 2013

dans le désordre

dans le désordre
c'est une journée
de vingt-quatre heures
commencée tôt cette nuit
Millwall-Blackburn cocher 1 - N ou 2
un attentat en Libye
un projet d'attentat déjoué au Canada
un texto de Pôle-Emploi
pour assister à une formation de secrétariat
la poussière sur l'ordinateur
la carte de visite du docteur Ch.
les nuages qui cachent le soleil
le lit pas fait
le vote en faveur du mariage pour tous
la voix de Thierry Beccaro -
ma fille malade regarde
le jeu Motus / des mots de sept lettres -
journée
par exemple
c'est sept lettres
et vingt-quatre heures
alors que désordre
ça ne fait pas gagner
à la télé mais
le temps passe plus vite
jusque tard dans la nuit.
je choisis d'abord Millwall cocher 1

8 avr. 2013

Facile

Un chat court par les toits aux
tuiles décolorées
pour dénicher de la bouffe
quelque part
il me fait face
à présent
avant de disparaître
derrière une cheminée
qui fume
comme je fume tiens et
puis pourquoi
j'ai la carte de visite du Dr Chass...
pliée
en deux
avec un numéro de téléphone et une adresse
et la date du prochain rendez-vous
dans la main ?
je n'ai plus qu'à me
souvenir de l'un et
à oublier l'autre
après tout

Si seulement je pouvais m'en souvenir

C'est dommage que
je ne puisse pas
durablement
me souvenir de
mes rêves
les plus étranges
ces rêves

dans lesquels je ne suis
qu'une sorte d'image
sans corps
sans logique
projetée dans
un "je" parlant de
moi comme si on se

connaissait vraiment
et
ce n'est pas que
je fuie absolument
la réalité le quotidien
les responsabilités
de père de mari d'employé de chômeur
mais cette réalité-là

attire vers elle
les heures à venir les
douceurs
perdues d'avance
jusqu'à fragmenter
toute pensée
sur soi
en un déchet amer

plus sombre
plus dérangeant
plus étrange que
n'importe lequel de

mes rêves

si seulement je
pouvais
m'en souvenir







31 mars 2013

3 Crétineries de Pâques


Elle n'a pas de jardin
vit seule
ne fête jamais Pâques
mais elle attire la
curiosité 
des gosses du voisinage
avec sa bouche en cul de poule
Sur sa porte d'entrée, elle a écrit :
"je ne ponds rien de comestible
Allez donc vous faire foutre !".

***

Après avoir englouti toute la boîte de
chocolats
il se dit qu'il irait bien
"faire ses Pâques"
au confessionnal
du coin
c'est-à-dire dans
la cuvette des chiottes.

***

Ils ont planqué des oeufs dans le jardin
puis un doute
terrible les prend :
"Et si les enfants découvraient un cadavre
enterré chez nous ?".
"Lequel ?" lui répond l'autre.

30 mars 2013

Après une semaine sans lâcher l'affaire


c'est de plus en plus souvent
comme ça
nuit trop courte, sommeil fracassé
par les murmures venus
de l'âge, de la situation, d'un réel trop brutal
puisque la dérision, la légèreté ne font plus effet

la nuit finissante est fraîche
les ombres ne crient pas 
au destin sombre
les oiseaux n'existent pas encore
la vie se coince entre le vide 
et l'incertain
alors 
trois cafés corsés sans sucre, quatre clopes
coup sur coup
c'est pour rester dans l'objectif fixé
d'un contrat d'intérim
à la con, à la con, à la con
(mais c'est un contrat, un contrat, un contrat)

une fois dans ma Clio grise de
12 ans d'âge
le ronronnement chaotique du moteur
se demande où je l'emmène
à cette heure
&
je lui réponds
les mains agrippées au volant
que je ne sais pas 
trop le choix qu'on a
alors on y va quand même

et les routes sont pleines de gens 
un peu comme ça

20 mars 2013

3 saynètes matinales


La gérante de la boutique de fringues
en face de chez nous
sort sur le trottoir
se fumer une clope
il n'y a pas grand monde dans sa boutique de fringues
peut-être une ou deux personnes
elle regarde passer les voitures
dans l'avenue bordée de petits immeubles
elle baille, elle a froid
puis elle retourne dans sa boutique de fringues
s'asseoir derrière la caisse enregistreuse
d'où elle fixe les robes devant elle
qui ne bougent pas d'un seul centimètre.

***

J'ai bu un café
j'ai fumé une clope
j'ai dû pisser un coup aussi
ah si, j'ai fait un tour sur le net
(mais pas longtemps)
et puis c'est à peu près tout
dis-je
au flic mal rasé, mal peigné
posté dans le miroir
-t'as glandé, quoi... et les offres d'emploi ?
-fais pas chier !
-et les offres d'emploi, hein nom de dieu ?
-Je suis fatigué, je vais me recoucher
-je ne te laisserai pas dormir en paix, grosse tache !
me lance le flic insinué jusque
dans mes pensées.

***

Le facteur pose son vélo
jaune
contre un mur
il ne ressemble pas du tout
à Charles Bukowski
il dépose le courrier
dans les boîtes aux lettres
il reprend son vélo
et ainsi de suite
jusqu'au mur suivant
s'il ressemblait à 
Charles Bukowski
je suis sûr qu'on ne recevrait pas
autant de mauvaises nouvelles.

14 févr. 2013

5 crétineries en un clin d'oeil


Le croissant de lune
s'est échappé
de la boulangerie.

***
Les amuse-gueule
s'accompagnent bien de
bouche-bée

***
Les gens trop
terre a terre
ne devraient vivre qu'au
rez-de-chaussée.

***
L'avion décolle
et c'est le papier
peint
qui fout le camp.

***
A la bonne heure !
Oui, mais laquelle ?

Hier soir


Le soleil
s'est couché
sans se laver les dents

ronflant des
lunes
épaisses

pissant quelques
gouttes
de pluie froide c'est

toute la
bière bue
seul là-haut et ce matin

la ville s'éveille
avec une sacrée
gueule de bois
(les arbres qu'on prend pour des révèrbères)
(le bus qui passe de l'autre côté)

J'ai échappé de peu à l'enfer !


Au tout début de l'entretien
le décor m'impressionne
La hauteur de la pièce
la moquette rouge
l'imposant bureau
le tableau de maître
(un vrai, un faux ?)
sur le côté
les manières de
gentleman
anachronique de
mon interlocuteur
quand il tient
mon curriculum
entre ses mains
soignées
puis très vite
tout ce vernis
outrancier
pour un CDD de 2 mois
non renouvelable
payé le smic
(ou à peine plus)
ma gonfle
à la 7è minute de l'entretien
je demande où
sont les toilettes
puis je descends vite fait
les escaliers
luxueux
avant de me retrouver sur
le trottoir
ou je respire un bon
bol d'air
près d'une crotte de clébard

6 févr. 2013

Gardez la monnaie !


rue froide, rue sale
rue Salazar
début d'après-midi

un bar
j'entre dedans
me réchauffer
c'est sombre, c'est petit, ça pue
la sueur
le renfermé

je commande une bière
pression
m'assieds à une table
(toutes libres sauf une)

jambes croisées
découvertes
cheveux courts
dégarnis
rouge à lèvres
flamboyant
sourire alangui
dents jaunies

en face
de ma table
branlante

c'est une pute
elle ressemble à une vieille pute
en tout cas
grasse
ogresse
sans gène
malade
elle respire bruyamment
elle me fixe

je lui rends son
sourire
(faux-cul)
je ne veux rien
d'elle
la bière est
dégueulasse
j'appelle le
serveur à
moitié somnolent
sur son comptoir

de ma poche je sors
une pièce de
deux euros
-Vous pouvez garder la monnaie.

Ouvrir la foule avec un lasso & un banjo


Les jours de
marché
avec mon Stetson sur la tête
clope au bec
boots aux pieds
et mon lasso de sept mètres
replié dans la main
je mène les dix mille vaches
dans les rues de
la ville
au milieu des
embouteillages
ma fille qui me suit
comme un singe miniature
joue parfois du banjo
sur le rythme de mes éperons
des klaxons
et des cris.

11 mai 2012

de ses quelques sanglots
coulés
sur l'oreiller

humide

comme un ciel de
traîne

il ne sait rien
d'autre

que ce qu'il
imagine

quand les heures
les plus oublieuses
de la nuit

l'empêchent de
bouger

d'un seul centimètre
Terminé de lire hier soir la chasse au tatou dans la pampa argentine.
La fourchette d'un lycéen venait de se planter profondément dans la main de sa prof de Lettres. Chute finale de l'avant-dernière nouvelle.
J'ai éteind la lampe de chevet.
Chute d'un corps sur l'oreiller sans pouvoir m'endormir.
Yeux grands ouverts. Sueur. Pensées diffuses. Le fil de la journée.
J'ai mis le nez à la fenêtre en pleine nuit. Pour conjurer le manque d'air.
Une petite pluie tambourinait mélancoliquement.
J'étais pris subitement de remontées acides et d'une envie de vomir.
La nuit est souvent cahotique.
Cette nuit plus que d'ordinaire.
traversant la ville
cot cot
codec
la poule a pondu un oeuf
sur le passage clouté
puis un autre
cot cot
codec
au rayon lingerie
de la boutique de fringues
puis un autre
cot cot
codec
devant le poste de Police
de l'avenue Wilson
puis un autre
sur le pas de la porte
de l'appartement
d'une vieille dame
de 87 ans
puis un autre
cot cot
codec
et encore un autre
encore cot cot
codec
jusqu'à ce que la ville
ne soit plus
qu'une omelette géante
brûlée aux gaz

9 mai 2012

je ne sais pas trop s'il s'agit de moi quand je parle quand j'écris on dirait d'un dédoublement je ne parviens pas à m'impliquer dans cette relation intimité de mots de langage comme s'il m'échappait complètement m'échappait en partie quelle(s) partie(s) ? glisser ici faire un signe là d'accord pas d'accord je suis dans l'en deça l'à côté l'ailleurs soumis à l'espace tortueux à l'espace d'évidences puis suivre une route parfois la précéder voire la créer de toutes pièces je ne sais pas trop s'il s'agit bien de ça dont je voulais parler d'ailleurs c'est moi et ce n'est pas moi qui vient d'écrire ces lignes elles ne sont pas les miennes et pourtant etc
Un jour les aliens vont envahir
la Terre m'assure t'il
-Ah bon ? je demande
Ouais, et ils vont nous réduire
en esclavage
-Ah bon ?
Ouais on sera plus que des sous-merdes
exploitées et
crevant de faim
Je ne lui demande pas
ses sources d'information
Il serait bien capable de me répondre
que c'est classé TOP SECRET et
qu'il a la CIA aux fesses
Il me fixe bien droit
dans les yeux puis je
baisse la tête
-t'as sans doute raison, lui dis-je
pour conclure en beauté
On dit que la météo influence
le moral
de chacun
pourtant quand il pleut
je ne pleure pas chaque fois
quand le soleil brille haut et fort
mon humeur ne sort pas faire
bronzette
en pleine rue
au milieu de la foule
On dit quoi d'autre ?
On dit tant de choses
n'est-ce-pas..
Elle m'avait fixé un premier rendez-vous
la semaine dernière et j'avais alors trouvé
une excuse bidon pour ne pas m'y rendre
- fuite d'un robinet / attente plombier / bloqué chez moi / désolé -
Elle m'a fixé un second rendez-vous pour
ce matin
J'ai dit OK j'y serai
puis j'ai longuement réfléchi hésité tergiversé
pesé le pour et le contre
surtout le contre
- la vente c'est pas pour moi -
- horaires en décalé / rémunération trop variable / stress infernal -
je me suis à nouveau défilé
par mail
au dernier moment
prétextant une diarrhée colossale
après avoir ingurgité une viande avariée
n'ayant pas fait gaffe à la date de péremption
écrite en tout petit et j'avais pas mes lunettes
- désolé pour les détails avais-je ajouté-
pas de réponse de sa part depuis lors
je sais c'est con (je suis con)  mais
j'ai un certain don pour envoyer ma
candidature quand ça ne me concerne pas
(quand je sais à l'avance que.. enfin bref
mieux vaut passer à autre chose - une bière ?)

7 mai 2012

back office !

pour ce poste, me dit-il
la seule exigence est une orthographe
parfaite
-ça vous convient ?
j'opine du chef
il me dicte 4 phrases
et vérifie ce que j'ai écrit
-très bien, très bien
puis il me demande ce que
moi
(oui, moi)
je compte apporter à l'entreprise
j'opine encore du chef
 - avec sans doute un air de tête de noeud -
en le regardant droit dans les yeux (il est jeune pour tant
de responsabilités)
puis je lui crache d'un trait
un baratin convenu
en vantant mes putains de mérites
(je sais faire ceci, je suis cela mais pas ça/
il va bien le voir que j'en fais trop
quand même)
Il me sourit :
-vous semblez nerveux ?
je sens effectivement mes paumes moites
mon coeur battre sur un circuit de Formule 1
mes aisselles en chaleur
j'ai envie de me barrer de là
il me sourit encore
j'opine du chef
-très bien, très bien, je vous recontacte ce soir
on se serre la main après quelques
dernières formalités / photocopies puis
une fois dehors je respire un bon
coup j'allume une clope je ferme
les yeux la délivrance la délivrance
mon cerveau se répète en boucle
sans trop y croire:
A MOI CE BOULOT A LA NOIX !

6 mai 2012

cet avion
descendant du ciel
donne l'impression de
tourner en rond
quelque instants
le kérozène
à son cul
avant de s'effilocher
complètement
laisse
une empreinte
blanchâtre
qui se confond parfois
avec les nuages
coiffant
les hautes tours
du quartier
d'une plume de cabaret
légère et
fuyante
Au comptoir
je me regarde boire
de temps en temps
dans la glace
qui me fait face
-le noeud du problème me répète t-il
pour la n-ième fois
c'est la politique
tandis qu'à flots
tendus
la bière
coule dans
mes veines

D'aller de l'avant, sais pas comment faire

Le lit n’est pas fait
Les poubelles débordent
Le linge
Quand il ne sèche pas sur les radiateurs
S’empile dans la baignoire
Ou par terre
Les murs s’effritent
-  sorte d'huile poussiéreuse
sur papier jaunâtre -
Le jour se lève et se couche plus vite
Qu’une réponse 
A mon indécision
Chronique
Je ne sais toujours pas
Tirer le bon vin
De l’ivraie

Je mène un
Vide sédentaire
Que je remplis
Chaque jour
De petites choses
Plus ou moins vraies
J’aurai de quoi
Peut-être
Un jour
Terminer le livre
Avec mes souvenirs
Plus ou moins vrais



16 juil. 2010

Son 1er (et sûrement pas son dernier)


Hâte de recevoir et lire cet opus de l'excellente Marlène Tissot.
Voici ce qu'elle en dit: "Mon nouveau-né, tout petit mais conçu avec beaucoup d'amour, chez un éditeur pas comme les autres : "Celui qui préférait respirer le parfum des fleurs" n°46 dans la collection 8pA6 de La Vachette Alternative. 13 petits poèmes hommage à Elliott Smith. Voilà, je suis émue..."

14 juil. 2010

Entre flux & regard

J’hésite entre un camescope
&
Un stéthoscope
Pour
Suivre des yeux
Quelques passants
Plus ou moins pressés
Jusqu’à les voir disparaître à l’angle
Du distributeur de billets
&
De la boulangerie
Où le sourire et les seins de la serveuse
Rivalisent de rondeur avec
Les cannelés tout chauds
Un jogger fait du surplace
Puis file sur l’autre rive
À un rythme toujours régulier
Quand le feu passe au vert
Je suis
À la fenêtre
Torse nu
En slip
&
Je fume
Ma treizième cigarette
Depuis ce matin
Je ne pense pas pourtant que je pourrais m’asseoir
Sur un banc
Pendant d’aussi longues minutes
En donnant quelques miettes de plus aux pigeons
Gras
Comme le fait ce vieil homme
Solitaire
Le soleil tape sur la ville
Ecrasée d’inconfort
D’odeurs
&
De phantasmes morts nés
J’hésite encore entre mouvement
&
Immobilité

10 juil. 2010

Quelques (presque) nouveautés














Eric Dejaeger nous offre son Seigneur des ânes aux Editions Maelstrom.

JM Flahaut a sorti Aliéné(s) aux toutes nouvelles Editions des Etats Civils (issues de la revue numérique éponyme).

Hélène Dassavray sort Des contes et des faits.

Thomas Vinau (au texte) & Magali Planès (aux illustrations) sortent Nuisibles.
Et Patrice Maltaverne a publié "Prélude à un enterrement sur la lune" avec des dessins de Patrice Vigues, aux -36è Editions.
Leurs sites sont en lien ici (sur votre droite).




Abdelkader Djemai (1948)





























Quelques-uns de ses livres:
-Un été de cendres (1995)
-31, rue de l'Aigle (1998)
-Camping (2002)
-Gare du Nord (2003)
-Le nez sur la vitre (2004)
-Zorah sur la terrasse (2010)
.
Abdelkader Djemai est né en 1948 à Oran et vit en France depuis 1993.
Enseignant puis journaliste, il a publié son 1er roman à l'âge de 30 ans.
"Pour Abdelkader Djemaï, ses romans lui permettent à la fois de dire la mémoire algérienne avec la langue française et d’écrire pour les siens parce qu’ils sont loin de lui."




Microbes #60



Joyeux anniversaire: l'excellente revue fondée et animée par les sieurs Eric Dejaeger & Paul Guiot fêtera ses 10 ans d'existence en Septembre.
Longue vie!


Préparé par Marc Bonetto, le 60ème numéro du Microbe est sorti.
Un beau sommaire: collages de Santa et textes d’Alexis Alvarez, AppAs, Florence Boutet, Hamid Chafi, Bernard Deglet, Patrick Frégonara, Cathy Garcia, Nadia et Alain Giorgetti, Christine Jeanney, Jean L’Anselme, Michel Lequenne, Serge Maisonnier, Véra Mund, Alban Orsini et Thomas Vinau.

Les abonnés « + » ont également reçu "Tristana, d’un trait", mi(ni)crobe signé Thierry Roquet.
Il s'agit du 25è mi(ni)crobe de la collection.

Pour tous renseignements, contactez Eric D.



6 juil. 2010

passe quand même

tu es assise à côté de lui
sur le siège du mort
non pas qu'il soit plus
vivant que toi
et ce siège-là te va bien
mais tu ne veux pas mourir
dans une carlingue défoncée
sur l'autoroute A6
tu ne dis rien
tu regardes le paysage défiler
le front collé de biais à la vitre
tu ne retiens même pas
le nom
des villes à proximité
le temps est changeant
tu regardes l'heure
tu jettes un oeil de temps en temps
vers le tableau de bord et tu tentes de deviner
la vitesse et tu marques un point dans ton
for intérieur et tu sens que ça l'énerve
&
tu penses que rien ne change
vraiment
tu demandes si tu peux allumer une clope
parce que tu t'ennuies
parce que tes doigts s'agitent
parce que ton corps s'agite
il te répond souvent par des monosyllabes
il répond ouais
&
c'est pas plus mal
parce que
ça t'évite de te sentir
obligée de lui sortir des trucs intellligents
ou drôles ou simplement usuels
&
il te dit qu'on est arrivés
dans moins de cinquante kilomètres
&
tu fais semblant de n'avoir rien
entendu de n'avoir rien
à ajouter
&
de toute façon
le temps passe quand
même

1 juil. 2010

les draps par terre

il y a des fleurs
le long de la route
des réverbères tous
les dix mètres
c'est la nuit
il y a des boutiques
aux yeux baissés
des bouts de papier
abandonnés des empreintes
de pas ou d'huile
c'est la nuit
il y a encore quelques
passants un chat silencieux
&
des insectes
par centaines
&
la lune
borgne
&
derrière moi
ta chaleur
s'endormant
tout
en travers du lit
&
les draps
par terre comme
une évidence

30 juin 2010

dans la chambre
forte
ils gardent le secret
de leur amour

petite mine

le docteur l'a
examiné
et lui a trouvé
un kyste poétique
(assez purulent)
j'ai ouvert la porte
(où tu pissais)
en même temps que ma gueule
(de bois dur)
avant de fermer les yeux
(les deux alternativement)
et de glisser
mes doigts
le long
de ta petite culotte
en poils
de crocodile
ou d'albatros
à deux euros
cinquante
(je n'ai plus de monnaie
à présent pour / ...)
et d'en sortir indemne
et d'en sortir encore
plus amoureux
m'a regardé de travers
j'ai dû me pencher
m'a lancé fils de pute
j'ai nié de toutes mes forces
l'a sorti son couteau
j'ai dit c'est pour aller où ?
l'a planté dans mon bide
j'ai pas compris pourquoi (puis j'ai compris quand même)
l'a goûté mon sang
lui ai tendu une paille
l'a tout bu le salaud
et avec quoi je vais vivre moi ?

10 juin 2010

Souci du détail

à coller ses yeux sous une loupe au stuc des murs
en croyant qu'il est probable qu'il est possible
d'y trouver des indices des éclaboussures minuscules
parce que le temps presse
parce que le corps n'est plus là
parce qu'il ne lâchera pas l'affaire
la femme le regarde faire et se
demande s'il sert vraiment à quelque chose ici
mais elle pointe l'objectif de l'appareil
vers le doigt tendu indiquant ce qu'il faut faire:
prends-ça en photo, Rachel.
prends-ça aussi, ça peut-être intéressant
chaque fois le flash crépite
après une matinée ainsi passée
à scruter chaque recoin de la pièce sombre
ils s'en vont
chacun de leur côté
lui s'assied à la terrasse d'un bar
commande une bière bien fraîche
et lui viennent des tas de pensées sur les affaires
jamais résolues et qui l'obsèdent
à n'en plus dormir certaines nuits des bouts de pensées
qui défilent et en terminant sa bière il a envie de dire STOP
à cette infernale machine du cerveau
il se lève il marche longuement il traverse
des quartiers il veut marcher
jusqu'à faire le vide et quand il rentre
chez lui sa femme est endormie
sa fille est endormie
et un mot est laissé sur le table:
"je sais que tu veux faire de ton mieux
mais s'il te plaît renonce. Pour nous. Je t'aime."
j'aimerais ne pas singer autant
le jour qui suit avec celui
d'avant ce n'est pas dramatique
après tout il suffit de se laisser porter
par cette sorte d'ennuyeux mouvement
de flux et de reflux
en un périmètre limité
les habitudes ont la vie dure
la caissière juste en face
(je l'aperçois de ma fenêtre)
fait défiler les produits domestiques
à une allure folle
les jours de pointe
sur le déroulant mécanique
la mère avec sa poussette
(je l'aperçois de ma fenêtre)
traîne chaque matin ou
chaque après-midi des sacs
emplis de courses en essayant
de calmer l'enfant qui s'étrangle
(lui aussi je le vois quand il bouge)
l'étrange vapeur qui suinte des rues
coule à un rythme
régulier
parfois fait la buée
à ma fenêtre quand j'y pose le nez ou un doigt
de curiosité
le jour qui suit avec celui
d'avant ce n'est pas dramatique

21 mai 2010

les oiseaux font
le guet
pour que personne
ne s'envole
les voisins font
le guet
pour que personne
ne sorte
j'ai agité
un drapeau blanc
et
leur ai lu
un poème
de Blaise
Cendrars
elle a
glissé
sur le trottoir
s'est
retrouvée
perchée
en haut d'un toit
voyant le
monde
sous un autre
angle
(discours d'un monde à l'envers)
il y a ceux
qui
vendent
de la mauvaise
came
il y a celles
qui vendent
leurs corps
(comme elles peuvent)
&
il y a ceux
qui prennent
les deux
le soir venu
on tire
la couverture
sur la ville
&
on lit
les pages
écrites
aux fenêtres
d'un doigt
il y a
cette femme
en bas de chez moi
assise
contre un mur
il y a
des fenêtres
et
des gens
autour
se vider
les couilles
pour
se remplir
les poches
(discours d'un échange)
l'éducation
qu'on donne
n'est ni bonne
ni mauvaise
en soi
elle est simplement
au dessus
de nos moyens
(discours de la paternité pour une pré-ado)
le travail c'est
la santé
ceci explique
sans doute
pourquoi
je suis
souvent
malade
(discours d'un sans emploi)
Noyer
sa peine
dans l'alcool
et la boire
cul-sec
(en se souvenant
de nos comas
éthyliques)
(discours des années 90)
A chaque jour
suffit
sa pine

(discours de la chaudasse)
est-ce que les mots
dans un poème
ont
la liberté
de partir
&
de revenir
un peu en retard
désolé
(j'ai failli ne pas venir
ne pas me lever - fâcheuse
habitude)
j'ai découpé
les morceaux
(ceux que vous
m'avez demandés)
j'ai suivi les
flèches
j'ai grimpé les
escaliers
je n'ai croisé
personne
les mouches m'ont
suivies
je vous apporte
un peu de
mes entrailles
en cadeau
un peu en retard
vraiment
désolé
vous m'en voulez
toujours ?

immeuble

il est arrivé dans le hall
immense
où circule déjà
beaucoup de monde
dans un désordre
organisé
il montre son badge
à la sécurité
des hommes élégants qui trimballent
de petites sacoches en cuir
s'arrêtent parfois
pour saluer
des femmes vêtues de robes lègères
et élégantes
les voix semblent étouffées
par une sourdine
commanditée
devant l'ascenseur
il se poste
parmi d'autres
il fait la queue
chacun semble fasciné par
les numéros d'étages
"4" "3" "2" "1"
un petit bruit (discret)
la porte s'ouvre
une voix enregistrée
dit bonjour
la porte se ferme
blotti dans un angle
en silence (essayer de fixer le regard
vers le vide intérieur)
il attend patiemment
de pouvoir sortir
en espérant ne bousculer
personne
il salue poliment
en réponse à un bonne journée
une fois dans son bureau
du 8è étage
il se met à son aise
il jette un oeil par
la fenêtre
il énumère dans sa tête
les tâches
qu'il a à accomplir
aujourd'hui
il suit le vol
imprévisible
des étourneaux
il s'assied devant son ordinateur
et avant toute chose il
sort un petit calepin
dans lequel il
consigne
soigneusement
ses premières impressions

20 mai 2010

revenu d'un souvenir d'enfance

pas l'habitude d'y revenir
pourtant
pas l'habitude de clarifier le temps
qui me paraît si loin (si effacé)
mais un matin (et je crois bien
que c'était ce matin)
cela faisait suite à un rêve qui aurait
mal tourné
m'est revenue cette scène
avec mon frangin quand nous
étions enfants
au fond du jardin la pente
étant descendante
la maison vue d'en bas nous semblait
gigantesque
monstrueuse
elle devenait une demeure
étrangère
autoritaire truffée de
présences maléfiques
(et il s'amusait visiblement à me foutre
la trouille en pointant du doigt
un cimetière "possible"
à proximité)
nous nous tenions près
de la petite rivière
dans l'ombre de la fin d'après-midi
nichée sous quelques arbres vieux
et voûtés
une petite rivière facile à enjamber
que mon frangin sauta d'un bond aérien
il me demanda de le suivre
à l'aventure
dans le grand champ de poussières de pierres
et de terre séchée (et plus loin
d'autres champs d'autres terrains vagues
des gens qu'on ne connaissait pas)
mais je restai bloqué un pied
de chaque côté de la rivière
et me mis à chialer
tandis que lui riait et se foutait
de moi et je ne parvenais
toujours
pas à choisir un abord de la rive
j'ai dû resté bloqué là quelques secondes
quelques minutes
je ne m'en souviens plus je
ne me
souviens plus de la
suite et c'est sans importance
je ne retiens que ça
cette sensation finale du souvenir
comme si elle
était un écho au temps présent
(vivace autant qu'inéluctable) et
que j'étais encore d'une certaine façon
cet enfant suspendu entre des
choix impossibles
(mais c'est sans doute une interprétation
parmi d'autres)

10 mai 2010

ils sont là, distants mais là, on les sent, inflexibles, venimeux, parasites, dans les arbres, nichés sous les feuilles, calfeutrés dans les branches, étendus par les ombres, ils ont de longues mains griffues, des serres, des crocs affutés, du sang à boire, une langue gluante qui se déploie, ils ont des yeux perçants, calfeutrés quand ils sont traqués, étirés quand ils fuient, ils ne fuient plus, ils sont là, distants mais là, dans un terrier, sous le sol, dans des galeries creusées par d'autres, qu'ils ont prises d'assaut, affamés, toujours affamés, tuant tout sur leur passage, hurlant, gémissant, jusqu'à ce que tout se taise alentour, hormis le bruit sec de leurs écorchures sur les corps tièdes, sur les os froids, hormis leurs courses frénétiques, qu'on dit sexuelles, sans trop savoir, sans qu'on les voit, ils sont là, c'est certain, ils nous font tourner la tête, ne sont pas partis, ils rôdent, ils ne comptent plus partir, ils n'ont plus peur, ils nous ont vus, ils sont à l'affût, nous ont vus

8 mai 2010

peut-être sous contrôle

peut-être dire
&
peut-être dire
mieux les arguments
&
peut-être regarder
bien en face
&
peut-être ne pas
ciller
&
peut-être ne pas faire
attention aux battements
du coeur aux pensées
parasites aux bouffées de
violence
&
peut-être se faire avoir
quand même

7 mai 2010

laverie et coup de poing

la machine chez nous est en panne. je passe à la laverie à deux pas. je ne mets pas de majuscule: je n'en mérite pas, je baisse la tête. je porte le sac de linge, je ne suis pas sisyphe, je suis sur le trottoir, temps maussade, vendredi matin, j'ouvre la porte, je fais bonjour, une seule personne est déjà là, elle me répond pas, je choisis la machine "6", la plus proche des séchoirs, je dépose le linge, je glisse deux euros dans la fente, je vais mettre un point à la phrase pour respirer un peu. ce sera fini dans 45 minutes. ça démarre. je sors fumer une clope. un mec me demande une clope. j'en file une. avant qu'il ne s'en aille je lui demande de rester un peu pour que je puisse faire une description de lui dans le texte. il me dit pas possible je suis pressé rien à foutre de ton texte mais merci pour la clope. pas grave je réponds je vais t'inventer une tronche pas possible. donc: un mec très con me demande une clope, il est moche comme un cul, gras, très gras, dans les 147 kilos, a des verrues partout, pue la pisse et la sueur mélangées, il a l'allure d'un serial killer en train de chercher une proie à violer à tuer à découper. tu l'auras voulu je lui hurle. je mets une parenthèse dans tout ceci, une parenthèse en cours: le mec est revenu vers moi, menaçant, j'ai pas flanché, il m'a filé un coup de poing dans le nez. je saigne. j'ai horriblement mal. pas de ma faute si le texte est un peu à cette image de moi et qu'il vous sort par les trous de nez poing barre point final.

5 mai 2010

Au dîner

Au dîner,
les pieds sous la table
le dos sur le dossier de la chaise,
il regarde les miettes de pain
à proximité de son assiette
-Y'en a beaucoup, dis donc
-De quoi ?
-Des miettes. C'est du pain d'hier ?
-Oui
Puis
Ils se taisent de longs instants
Puis ils
regardent l'heure
avalent rapidement leur pain
avec le fromage puis le yaourt
Puis
il repense à ce qu'elle lui
a dit au téléphone quand il était
là-bas de ne pas trop
s'en faire pour demain
que tout va bien se
passer
-Oui, tu as sans doute raison
il avait alors répondu
Elle lui avait répété de pas trop
s'en faire que tout va bien se
passer hein
-OK, je vais pas me laisser faire
Elle tente un sourire
Puis
elle le regarde fixement:
-Y'a effectivement beaucoup de miettes
Il tente un sourire
juste histoire de faire semblant
d'y croire
tout comme elle

courants d'air

dans le bus
191 de 7h37 c'est pas comme
dans le bus
191 de 18h54
ou de 22h34
non seulement l'heure (n'est pas la même
mais l'inclinaison du soleil (s'il est là, droit devant ou en hauteur
mais l'angle de la lune (si elle est jaune ou bleue
mais l'oblique des visages (selon l'agressivité
mais la déformation des voix (selon la fatigue
mais le bruit d'ouverture des portes (plus ou moins énervant
mais la fréquence des arrêts (selon les présences
mais la qualité du conducteur (variable mathématique aléatoire
NE SONT PAS LES MEMES
Alors
oui vraiment
dans le bus
191 de 7h37 c'est pas comme
dans le bus
191 de 18h54
ou de 22h34
et je confirme
que je ne suis pas
le même non
plus
ne pas oublier la fin de la parenthèse )
Les longs trottoirs
se sont rangés
dans un caddie
près du supermarché
En attendant le jour
qu'on les déplie
qu’on les piétine
De mille façons