1 avr. 2014

"Ouvrez le gaz 30 minutes avant de craquer l'allumette" (Eric Dejaeger)

J'inaugure là ma première note de lecture.
D'autres suivront à un rythme plus ou moins régulier.
Je me bornerai à notuler les livres d'ami(e)s (cf en lien sur ce blog et d'autres pas encore en lien).



"Ouvrez le gaz 30 minutes avant de craquer l'allumette", d'Eric Dejaeger
Que voici un livre vraiment jouissif !
Tout d'abord, l'objet est splendide : papier glacé, superbes photos de Pierre Soletti.
Puis le titre… qui incite au suicide. Evidemment, c'est du 1er degré (quoique).
La cinquantaine de poèmes montre ensuite Eric Dejaeger au meilleur de sa forme : anti-conformiste, anti-mode, a-moraliste, a-philosophe, il déglingue à tout va (le marketing publicitaire, les poses poétiques, la connerie humaine en général, Dieu, le rap, les allumeuses de 15 ans qui en font 18, la souffrance amoureuse soit-disant "inspiratrice", la bien-bien-pensance des bienséants etc).
Le style d'Eric est direct, sans artifice, sans chichi. On pourrait le "rapprocher" (s'il fallait faire un rapprochement) du style de Buk, par exemple.
Et puis, par petits instantanés, par petites touches, Eric nous offre des notes sensibles, tendres…mais juste le temps d'un clic, hein…Faut pas abuser !
On assiste donc bel et bien à un suicide mais c'est celui de l'hypocrisie ambiante. Ce qui pourrait être vu comme une sorte de moralisme, après tout...mais NON car Eric ne fait que tenter de surnager dans ce monde-là, sans chercher à imposer quoi que ce soit aux autres.
Pour y parvenir, Eric manie l'humour, au pluriel de son singulier.
Dans sa préface, Jean L'Anselme parle d'un humour à la Buster Keaton. Assez d'accord avec ça. Mais pas seulement car l'humour dans ce recueil est varié (humour vache, humour potache, humour gras, humour absurde, auto dérision). Que du bonheur dans cette variété.
On ne s'ennuie donc pas ! On prend son pied et même le second.
Ce recueil, composé de poèmes parus dans différentes revues, tient bigrement la route et sa cohérence. Gageure réussie que de regrouper ainsi des textes s'étalant sur différentes époques.
Ça se consomme sans modération. Ça se fume d'un paquet. Ça se boit d'une traite.
Et ça se relit avec le même plaisir.
A commander sur le site des Editions Gros Textes. http://grostextes.over-blog.com/2014/01/eric-dejaeger.html
Prix : 13 euros (+ 2 euros pour le port) et ça les vaut amplement !

29 mars 2014

2 textes de Stéphane Bernard

Humus

jusqu'où porte le souffle ?
partagerons-nous cet air ?

te sentir -
mieux que d'y croire -
et tu es là.

la feuille est l'esprit du bourgeon
qui persiste après lui.
cette ombre éclose

par ce qui la nourrit

dans le temps brûle et tombe
en l'humus
où nue comme morte
tète sa branche.

les saisons se renvoient une sève.

point ici mais là,
l'absent en présence est si fort.

le père, le fils, eux aussi n'ont qu'un sang.

***


Dans le bain


le renoncement à l’hygiène est un des symptômes.

la crasse isole, met une distance de plus entre soi
et le reste du monde.
les mues s’agrègent, le futur pourrit sur pied.
c’est à ça que je pense, ici, dans mon bain.
l’eau ondule à peine déplacée
par la respiration légère d’un corps à la nervosité vaincue, presque cuit.
le hochement paresseux de mon sexe sous l’eau.
des nappes de peaux mortes à la surface, de poils
et de savon, vivante dentelle opaque, 
font disparaître mes jambes par endroits.
frotter. frotter cette peau, la bouillie, la rose.
quitter l’obsolète pénultième peau.
gratter, réduire l’étui qui me tient, la gaine.
dénuder, s’avancer un peu. contre l’air plus senti
déjà les brindilles des veines frissonnent.
frotter la peau. approcher. être de retour.


Stéphane a une écriture dense, exigeante...ce n'est pas de tout repos, surtout pour moi ;-)

Mais, on trouve des pépites sur son blog : http://unemainestaussiunpoing.blogspot.fr/



27 mars 2014

elle fixe un point par la fenêtre
et dit
-tu vois, là bas, c'est une autre vie
-laquelle ?
elle se tourne alors vers moi
et dit
-décidément tu comprends rien !
-je ne te comprends pas, toi, c'est différent !
-je sens d'épais brouillards en moi
elle baisse la tête
j'attends qu'elle dise autre chose
mais elle s'assied sur le lit
et dit
-excuse-moi, je suis fatiguée de tout ça
-moi aussi
elle s'allonge et ferme les yeux
-j'aimerais un rêve qui ne contienne absolument rien de la réalité
-comment savoir qu'il ne contiendrait rien ?
-ce serait comme oublier de sourire à quelqu'un qui ne sourit jamais
-et ?
-il n'y aurait aucun écho du monde
-sinon celui qui est en toi
-nan justement il n'y aurait qu'un flux face à un reflux parcourus de formes volatiles et inconnues
-une sorte de berceuse ?
-si tu veux, mais elle serait sans effet, ni cause ni conséquence
je me place face à la fenêtre
je cherche le point qu'elle fixait
tout-à-l'heure
en espérant accéder à sa proximité
je ne vois que des immeubles
un ciel nuageux
la buée sur la vitre


25 mars 2014

6 crottes de mammouth

donner le pire du meilleur de soi-même
et ne garder que
le meilleur du pire

***

commençons par
enfoncer le clown dans le mur
par le nez
puisque
la vie est un cirque
où la tristesse jongle avec l'échec

***

chaque jour qui passe
depuis ma fenêtre
me donne envie
d'acheter des rideaux

***

le silence
la solitude
et le pet

***

voir les choses en face
attendre qu'elles se retournent
et leur foutre un grand coup de pied au cul

***

un homme sur son vélo
pédale comme un fou
dans la grande avenue
il est suivi de près
par un fou
qui pédale sur un homme
en criant
à l'attaque !


j'ai pas de boulot
pas de fric
pas de quoi assurer les dépenses
du quotidien
le manger les études les factures
de gaz d'électricité les crédits
les vêtements les voyages le fromage
la purée la charge de la brigade légère
les bijoux de la castafiore
j'apporte rien de concret
le concret ça fait peur
j'ai encore des blagues des gestes tendres
je fais l'autruche la carpe
le zouave
le poteau d'exécution
l'ampoule dans la pénombre
le faux monnayeur
je fais le con
mais pas de quoi rassurer les angoisses
de plus en plus
pressantes
qui te font pencher
dangereusement
vers un sombre dimanche
qui n'aurait pas de lundi
te font pencher vers le cumul
de mes atermoiements
j'ai pas de boulot
pas de fric
pas de turbo diesel
pas de quoi prendre le temps
d'écrire mieux qu'avant au plus juste au plus près
de mes aspirations
de mes aspirateurs
ça ne se vend pas non
ça ne se vend pas
pas de quoi être fier de quoi que ce soit
venant de moi
du système qui nous broie
du noir
et pas de chien venant s'asseoir
près du lit
pour nous consoler
nan rien de tout ça

(to be continued)



d'où cette sale impression

je lave mes mains
mes aisselles
je lave mes dents
mes pieds
je lave mon visage
la vaisselle
je lave mon tee-shirt
ma chemise
mes chaussettes
je lave ma voiture
les vitres
je lave ma queue
après l'amour
je lave plein de choses
mais jamais rien de
tout ce qui se trouve
à l'intérieur
de moi

3 crétinoises + 1 bonus track d'Eric D.

L'appétit vient en mangeant
de la vache
enragée

***

Loin des yeux
        loin du coeur
proche des yeux
        proche de ma bite

***

dans l'encadrement
d'une fenêtre
un visage
que je ne peux pas
encadrer !

***

Bonus :

"J'aime quand elle a un haut et des bas" (Eric Dejaeger)

plus saisissante encore

dans la pluie fine du matin marche d'un pas résolu
à taire l'hier
il ne sait pas ce qu'il compte faire au juste pour parvenir à ses fins
ne sait pas si la marche d'un pas résolu efface l'hier
ni l'avant-hier ni tout ce qui le précède
ne sait pas s'il tourne en rond si les gens le reconnaissent le prennent pour un fou
il sent la chaleur dans son corps
une chaleur sportive une sueur d'efforts
ses pensées le suivent un peu en retrait mais elles referont surface
quand il s'arrêtera
en rentrant chez lui
qu'il n'aura plus d'objectif
il aura l'air fatigué des cernes sous les yeux une sorte de tristesse
aux contours indéterminés et c'est ce qui rendra cette tristesse
plus saisissante encore

14 mars 2014

Mon éditeur Fred Houdaer a récupéré les exemplaires chez l'imprimeur, hier !



"Un livre qui sent le cheval" (Le Monde, Mars 2014)
"Mieux que Bukowski et Brautigan réunis ! " (Playboy - Mars 2014)
"L'auteur au meilleur de sa forme !" (Fitness Magazine - Mars 2014)

5 mars 2014

Le roi (tribute to Heptanes Fraxion)

Le roi
se gratte la tête
il dit
sans réfléchir
les rues sont pleines de cul
les trottoirs sentent le rance la sueur
il dit
pas besoin de beauté
pas besoin de payer pour ça
la beauté c'est pour les riches
y'a qu'à attendre et se servir
et il se marre
j'suis un fameux philosophe hein ?
le roi
montre ses dents pourries
l'haleine à l'abordage
ses bras remuent dans l'air

il parle à personne
en particulier
il parle fort
pour qu'on l'entende à l'autre bout
il dit qu'il faut se faire entendre
pas besoin de se justifier
c'est comme ça
il dit
c'est comme ça la vie qu'elle est mon pote
il veut pas de réponse
pas de contradiction
le roi
il est seul maître à bord
je vous emmerde profond, messieurs-dames
il dit très poliment

Le roi
retourne en ses entrailles secrètes
déambule
il dit plus rien
il a déjà beaucoup parlé
le roi
est fatigué
il va falloir trouver de quoi
survivre
encore un peu ici
Le roi
n'a pas de remplaçant
pas d'héritier
le monde ne s'en remettrait pas
c'est sûr

Le texte de Hepta est ici : http://heptanesfraxion.blogspot.fr/2014/03/le-roi_4.html



4 mars 2014

8 petites bestioles

Fouiller sa mémoire
à la recherche d'un souvenir inédit
et s'il n'en vient aucun
fouiller la mémoire des autres

**

Parler pour ne rien dire
oblige l'interlocuteur
à entendre sans rien écouter
ce qui revient à placer
deux coques vides
l'une en face de l'autre

**

On vient du passé
mais avant cela : rien
on vit le présent
on va vers l'avenir
mais après cela : toujours rien

**

Vivre au jour le jour
c'est déjà faire preuve de patience
je vis seconde après seconde
et j'entends le tic-tac de l'horloge
qui me presse
de faire enfin quelque chose
de ce temps-là

**

Le marché du travail est tellement saturé
qu'un chômeur d'occasion
n'est même plus présenté en vitrine
il est directement remisé à la cave

**

Prendre le métro aux heures de pointe
mêler son odeur sa sueur à celles des autres
éviter d'écraser les pieds alentour
ne pas fixer quelqu'un en particulier
repousser d'un souffle les cheveux d'une femme trop parfumée
s'agripper fermement à la rampe glissante
espérer qu'aucune bombe n'explosera
trouver le temps excessivement long
sortir enfin du métro et vivre ça comme une putain de délivrance.

**

Il faut être fou
pour demander la main de quelqu'un
avant même de prendre son pied.

**

Demain est un autre jour
Je est un autre
Je vivra demain




13 févr. 2014

jeudi mot

les passants passent
les boutiques tiquent
il pleut
sur eux
où va l'argent où vont les gens

les immeubles meublent
le monde en bas se bat
la tête sous les gouttes goûte
moi ça
la féerie en la périphérie
dis-tu
c'est du latin
mais moi je ne pense
qu'à ma panse à mes poches
c'est moche sous les yeux

de la fenêtre naître
ou ne pas naître
au plus près du présent pressé
aux pas chassés du pas assez
mais le passé n'est pas si loin

le feu est à l'orange je me range
déjà ja ja mais navigué
il pleut
pour deux
où va l'argent où vont les gens

approches

J'approche d'un homme paisible
assis sur un banc
je me souviens que j'aimais m'asseoir
sur les bancs
sans rien dire

l'homme paisible lit son journal
et aux gros titres
je vois que la situation ici ou là empire
je me souviens que j'aimais croire
que tout irait mieux plus tard

l'homme paisible replie son journal
regarde l'heure
soupire
s'étire
se lève
et part sans se retourner

je n'aime pas voir les hommes paisibles
ainsi disparaître
à l'horizon
je me souviens que l'horizon tenait alors
d'un coup d'oeil entre les murs de ma chambre

j'approche d'un peu plus près
ma propre disparition



accalmie

de la pluie
vient l'érosion des corps
qui savent que tout finit
un jour ou l'autre
avec ou sans parapluie

du vent
vient la dispersion des regards
tournés vers le vide
ce quelque chose qu'on porte sur soi
une amulette sacrée
qu'on enroule autour du cou comme une laisse
et le chien aboie en nous et le chien aboie

des rues
remonte la lente
humide fermentation
des solitudes
ce n'est pas une petite accalmie
qui va y changer quoi que ce soit
les réponses sont sans question

12 févr. 2014

de choses et de choses encore

J'en suis à six clopes depuis ce matin
et je n'ai toujours pas
perdu un oeil
c'est bon signe

***

le ciel est bleu et blanc
il manque juste un peu de sang frais
pour un ciel bien français
aux armes, citizens !

***

des rides des cheveux blancs
des lunettes de vue
des poils dans les oreilles dans le nez
des dents qui manquent
des dents abîmées
la peau qui tombe un peu
un ventre rebondi
voilà à quoi je ressemble de façon objective quand
je suis de bonne humeur

***

je descends récupérer le courrier
et je remonte avec celui du voisin
pour une carte postale ensoleillée
qui me fera rêver quelques instants

***

nous menons une vie bien réglée
bien rangée
nous mangeons à heure fixe
nous ne faisons pas de bruit
en dehors de notre périmètre intime
nous ne remettons rien an cause
nous n'aspirons pas à grimper
l'échelle sociale
nous nous satisfaisons de peu
nous sommes un modèle d'intégration
et de réussite, en somme

***

j'aimerais écrire un poème
avec un tas de bières
de whisky pur
de lardons fumés
de pistaches salées
de frites bien huilées
de merguez au barbecue
ce serait un poème qui donnerait envie
de bien boire
&
de bien manger
mais sur les conseils
de mon médecin traitant
je ne l'écrirai pas
car il ne serait pas bon pour ma santé




8 févr. 2014

près de l'ordinateur
un clavier
posé dessus
ce sont mes doigts
qui claquent
des lettres
et les effacent
et l'odeur de la clope
sur les murs
la poussière
au plafond
des ombres peut-être une araignée
peut-être la peur
dehors c'est la nuit
celle des autres
avec quelques lueurs
mais devant moi
c'est un clavier
un vieil objet sans âme
qui n'attend que mes doigts
pour faire parler
ma nuit
quand les étoiles se
figent avec un mauvais ciel
autour
qu'on dirait sans issue
qu'on dirait fait pour soi
tu souffles tu dors
tu respires
tu souffles tu dors
tu respires
et quelque chose
mais quoi
quelque chose
de toi
semble oui semble s'en
aller
mais où

7 févr. 2014

le jeudi souvent je dévie (Heptanes Fraxion)

le jeudi souvent je dévie
délassé depuis que banni
béni depuis que déclassé
je demande asile aux allées
à la poussière du massalé
et à la peau des entrepôts
où je prends ma pause
où je prends le large
ma dose d'exil
ma dose de marge 
de quoi m'affaler
de quoi me rôtir
dans le doux diesel des alizés
dans le feu nu des endorphines
les grillons font de la radio
j'attrape des trains avec les yeux
des ciels de traîne
des culs de chiennes
des terres de Sienne
des rires de hyènes
Dr Wax est encore mon ami
mais il n'est que huit heures et demie
le jeudi souvent je dévie

Le blog d'Hepta: http://heptanesfraxion.blogspot.fr/

4 févr. 2014

Le Cow-Boy de Malakoff (sortie proche au Pédalo Ivre)


Je suis très heureux d'annoncer aux quelques ami(e)s de mon blog la prochaine sortie de mon recueil "Le cow-boy de Malakoff" aux Editions Le Pédalo Ivre.
L'accouchement s'est fait par césarienne, avec anesthésie totale du monde extérieur pendant l'opération d'écriture.

Au catalogue du Pédalo, on retrouve des pointures (Th.Vinau, JM.Flahaut, JB.Cabaud, G.Damon, H.Dassavray).
Le tout, sous la houlette de Fred Houdaer, le Houdini du Fire Notice !

Un extrait ici : http://houdaer.hautetfort.com/archive/2013/03/16/le-cow-boy-de-malako.html

Les Editions du Pédalo ici : http://www.lepedaloivre.fr/

A bientôt !

4 déc. 2013

chasser les mouches

Ciel, la nuit tombe, froid, aucun oiseau. Par la fenêtre, d'autres fenêtres. Allumées, parfois. Rue, trottoirs, déserts ; non, un passant solitaire chevauche encore d'un pas vigoureux l'ombre des murs. Sans arme ni parole. Mains dans les poches. Emmitouflé. Un grand silence de quelques instants. Tiens, où sont passés les oiseaux ? Comme rentrés chez eux, avec femme et progéniture. C'est l'heure du repas, la becquée, du repos, être en forme demain matin. Sirènes étouffées, au lointain, pompiers, Samu ou flics. Tu es sous les draps, avec la couverture supplémentaire. Oui, je sais, ça caille dans l'appart'. Nos regards se croisent. La tendresse, l'habitude, la parole plus rare. J'ai ma robe de chambre. Tu ressembles à un pacha comme ça, tu me dis. Télé, émission quotidienne, page de pub. J'ai payé les charges au voisin, je dis. On avait du retard mais il n'est pas chiant. Et puis, je pense, plutôt je repense. Que j'ai lu un livre hier soir. Tellement bien écrit que ça m'en fout les boules. Comment faire après ça ? Qu'ajouter ? Comment l'écrire ? Je pense souvent à des choses comme ça. Qui ne remontent pas le moral, c'est certain On est vraiment faits l'un pour l'autre. Noirceur côtoie grisaille. Je pense, toujours. Et pour chasser les mouches dans mon esprit, je ferme les yeux, tire un trait, m'assied sur le canapé, télé.

3 déc. 2013

voisin

En descendant les poubelles, je croise le voisin. Qui se débat avec un cancer de la gorge. Il ne mange plus que des compléments alimentaires liquides. Il les achète par paquets de 50. Voix sourde, cassée, peau abîmée, froissée, rougie. Il me dit qu'il n'a pas toujours été aussi maigre bien sûr. Je lui demande si ça va mieux. Il descend souvent en Touraine, seul, dans sa maison de campagne. Il a un peu de famille, là-bas. Il s'y sent bien, me dit-il. Il ne remonte sur Paris que pour des séjours à l'hôpital. Examens, scanners, tout ça. La douleur passe parfois. Elle finit par revenir. Je hausse les sourcils. Il me demande si j'ai retrouvé du travail. Je lui réponds non. Depuis la mort de sa femme, il y a 5 ou 6 ans, je ne sais plus, il n'est plus le même. Elle portait la culotte. C'est l'impression qu'elle donnait. Je la trouvais assez désagréable. Lui, je l'aime bien. Une fois retraité, il s'est mis au bricolage ; une mezzanine chez lui, une ampoule par ci, par là ; la peinture du hall ; la boîte aux lettres ; une marche dangereuse dans l'escalier... "ça m'occupe" me dit-il. Il me demande si j'ai des entretiens d'embauche. Je lui réponds non. "La vie est dure en ce moment". Son regard perforant quand il prononce ça. Ce n'est pas juste une phrase de politesse, automatique. J'ai presque envie de le prendre dans mes bras. Je sors les poubelles sur le trottoir ; il remonte chez lui. La tristesse quand j'y repense.

30 nov. 2013

3 choses entre nous soit dit

je tape des lettres
qui forment mots
qui deviennent phrases
qui font poème sur fond
d'ennui

***

par la pensée
improviser
un lien avec
le monde extérieur
si ténu
que ma pensée
s'y perd
sans rien toucher
rien déplacer

***

écrire
pour se donner un sens
une raison
d'être là de se poursuivre
écrire
comme sorte de religion
où dieu serait le trop présent
qu'on porte en soi
celui qui veut sortir du je
l'absenter
remplir l'espace de sa compréhension
de ses lacunes
écrire



29 nov. 2013

soirée devant la télé

j'avais
en sortant de la médiathèque
la tête pleine de livres
la nuit était là
devant moi
je lui ai demandé de s'écarter pour me laisser
passer
j'ai vu des ombres des silhouettes marcher
marcher
devant marcher à côté
sortir d'Intermarché
je leur ai demandé de s'écarter pour me laisser
passer
j'ai vu les réverbères à la lumière pâle
mourir à petit feu
sous le froid crachin d'automne
je leur ai demandé de s'écarter pour me laisser
passer
la tête pleine de livres
j'avais tous ces noms d'auteurs
inconnus
lointains
étranges
mais qu'avaient-ils donc écrits ?
étaient-ils morts ? vivants ? malades ?
de quoi parlaient-ils ?
est-ce qu'on se souviendrait d'eux dans cinquante ans ?
pourquoi avaient-ils écrits tout ça ?
pourquoi n'avais-je rien lu d'eux ?
j'avais
en sortant de la médiathèque
toutes ces pensées en tête
je leur ai demandé de s'écarter pour me laisser
passer
la soirée devant la télé

22 nov. 2013

Assortiment de crudités (Recueil collectif)

Ça sort le 10 décembre.
J' ai écrit une nouvelle de près de 9 pages (ouah) !
Et je suis bien entouré.




Plus d'infos sur le site de l'éditeur : http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

ça arrive tous les jours, y paraît

Un soir
en rentrant chez lui
Jim a trouvé
sa femme
assise sur le canapé
-Qu'est-ce-tu fous là ? lui a t-il demandé
-Je regarde une série à la télé

Une minute plus tard
en rentrant chez lui
Jim a trouvé
un flic
allongé dans le lit
-Qu'est-ce-tu fous là ? lui a t-il demandé
-J'essaie de dormir, mon chéri
-Où est passée ma femme ?
Le flic a pas répondu

Une minute plus tard
en rentrant chez lui
Jim a trouvé
un chien
dans le frigidaire
-Qu'est-ce-tu fous là ? lui a t-il demandé
-J'arrive plus à aboyer mais je peux parler
-Où sont passés ma femme et le flic ?
Le chien a refermé la porte du frigo

Une minute plus tard
en rentrant chez lui
Jim a trouvé
son ombre
pendue au plafond
-Qu'est-ce-tu fous là ? lui a t-il demandé
-T'as oublié de me décrocher, Jim
-Où sont passés les autres ?
Son ombre, enfin détachée, a sauté par la fenêtre
et s'est accrochée à quelqu'un d'autre.


poème perdu

dans un poème
il y a la vie

dans la vie
il y a des cacahuètes

dans les cacahuètes
il y a du sel

dans le sel
il y a de l'eau

et dans l'eau
j'ai perdu les mots

avant
avec les bras pour me noyer
je jouais du piano
et
c'était un merveilleux poème



21 nov. 2013

Ce serait (Co Errante)

Ce ne serait pas 

comme si on ne disait
rien

Ce serait juste
taire l’inutile
éliminer le superflu
rayer le cliché
froisser l’emballage cadeau

Ce serait
la flèche dans le cœur
le caillou dans la chaussure 
le grain de sable dans l’œil
qui forcerait à s’arrêter

Ce serait se défaire
de quelque chose
pour mieux le regarder

Ce serait
dérouter la flèche
polir le caillou et
grossir le grain de sable

Ce serait écrire

dans le tiroir

dans le tiroir
je trouve nos vieux téléphones portables
qui ne s'allument plus
depuis des lustres
et qu'on empile
comme le linge humide sur la
la peinture écaillée
des radiateurs

dans le tiroir
je trouve quelques semblants de bijoux
que tu n'as jamais portés
que tu ne porteras sans doute jamais
et qui s'entassent
avec des petites piles usagées ou
des modes d'emploi d'appareils ménagers
déjà partis
aux encombrants

dans le tiroir
je trouve une carte routière
qui devait nous amener
dans l'ouest du pays
une petite ville sans rien autour 
est cerclée de rouge
et d'un point d'interrogation

Je referme le tiroir
en le laissant tel quel

en vrac

Le tireur fou arrêté près de Paris
les tracteurs manifestent
la neige dans un quart sud-est du pays
l'aide humanitaire aux Philippines
un attentat inter-religieux en Irak
l'équipe de France qualifiée pour la coupe du monde
le moral des français en berne
le beaujolais nouveau
un gentil débat sur la reprise économique
un nouveau règlement de comptes à Marseille
les bonnets rouge
la neige la pluie le vent
l'approche de Noel
les bruits de la ville
le micro-ondes qui tourne
&
ce présentateur qui voudrait me convaincre
qu'il raconte toute la vérité
rien que la vérité

Sans Gene Kelly ni Fred Astaire

traces de doigts
et nez collé
à la fenêtre
la pluie
tombe

les parapluies
se croisent mais
Gene Kelly
n'est plus là
pour chanter

la facteur a
posé son vélo
contre un réverbère
où pissent les chiens
en rut
les chiens n'aboient pas
c'est étrange 
ils ont trop faim d'amour

la sacoche encore pleine
de lettres
humides
le facteur sonne à notre porte

on reçoit le calendrier des
pompiers
une carte postale de Biarritz
&
une revue télé

de ces instants de peu
je fais un rythme
dans ma tête
mais
Fred Astaire
n'est plus là
pour m'apprendre à
danser



Que l'attente

je n'ai pas de colère
pas de rage
pas plus que ça
je n'ai pas l'envie
d'en finir
pas de folie
diagnostiquée
pas plus que ça
je ne suis pas
fonceur OK
mais ne suis ni
aveugle
ni soumis
pas plus que ça
te dis-je
je suis parfois moi-même
au quotidien
souvent je ne suis rien
de plus qu'un jour soustrait du reste
je n'ai pas grand-chose à
attendre mais
je n'ai que l'attente


Pas du matin

chaque matin
c'est le
même rituel
je me lève après une mauvaise nuit
j'ai parfois la gaule
je marche à tâtons jusqu'à l'interrupteur
je mange un truc sucré
ma tête est embrumée
il fait toujours froid dans l'appart'
tes ronflements sont légers
je me souviens peut-être d'un rêve étrange
je réchauffe du café noir
je pisse un coup
je fume une clope à pleins poumons encrassés
j'aère légèrement
quelques lumières sont allumées en face
la vie paraît lointaine
j'hésite
entre
rester éveillé
&
retourner
au lit
&
la journée ne fait que commencer


s'en aller un peu plus

Je ne fais que survoler
sa vie
je suis là
près d'elle mais
je reste en retrait

son sommeil
est si profond
qu'elle semble s'en aller
un peu
plus

quand elle se souvient de ses rêves
elle
voudrait leur trouver
un sens
prémonitoire
je me souviens surtout de la justesse
de sa voix
quand elle parlait de nous de tout de rien

je ne vois pas
ce qui l'étrangle de l'intérieur
elle ne sait pas non plus
c'est comme ça
dit-elle
c'est l'oiseau de proie qui plane
au dessus de ses forces

je reste là
près d'elle
quand même
sait-on jamais

19 nov. 2013

4 crétineries intensément crétines

Passer larme à gauche
avec soupir
en pire

***

Un homme
descend les escaliers
en se demandant
s'il a bien refermé la porte
de chez lui
l'homme remonte
alors
les escaliers
en se demandant
pourquoi
chaque fois qu'il sort
il se pose la même question

***

Un homme
marche tête baissée
dans le couloir
il se cogne contre les murs
tâte son front
et part dans l'autre sens
l'homme
en lui-même
pense qu'il fera taire
ainsi
ce qui l'empêche d'avancer

***

Un homme
HURLE
son prénom
à l'oreille de
chaque personne qu'il croise
bientôt la ville
n'entend plus que ce hurlement-là
bientôt la ville
n'est plus qu'un
HURLEMENT
douloureux
qui s'étend jusqu'aux
oreilles de la ville voisine
et ce sont des
HURLEMENTS
par centaines de milliers
jusqu'à toutes les villes
du pays
et personne ne sait plus comment
sortir de
cette folie-là




Par l'ironie d'une obsession

on marche
marche tout près des vies
qu'on voit
si proches qu'elles
nous échappent
on marche
marche dans un sens
puis dans l'autre
si brusquement que notre
propre vie
rejoint le confluent des autres
elle nous échappe
encore
on marche
marche le regard un peu perdu
avec des mots des phrases
pour soi seul
des arrache-vides
des greffe-consciences
on marche
marche de moins en moins
c'est le temps de l'attente
celui de l'ironie d'une obsession  :
quel est ce mince espoir
d'un réconfort
qui lutte encore
après plusieurs dérives ?

17 nov. 2013

Les moi passent et ne se ressemblent pas (Marlène Tissot)

Je parviens à me souvenir
Sans me souvenir vraiment
Ce sont comme des images animées
Projetées sur un écran blanc
Des choses arrivées à quelqu’un
Qui aurait pu être moi
J’étais un autre corps
Un autre esprit
Quelqu’un avec qui je ne partage
Qu’un ADN
Une gourmette chiffrée
Scientifiquement
Qui ne définie mon identité
Que légalement
Dans ces souvenirs, ce n’est pas moi
Ces souvenirs, je les invente peut-être
Et je me dis que l’avenir
N’est pas différent du passé
Quand je pense au futur
C’est le moi d’aujourd’hui
Que je projette
Dans un décor imaginé
Un moi qui n’existera plus
Dans un film qui ne se réalisera
Probablement jamais
Et tous ces moi chimères
M’encombrent passablement
Mais j’ai peur un peu parfois
De m’en défaire
De me retrouver seule
Avec un moi de l’instant
Qui ne sait ni
D’où il vient
Ni où il va

12 nov. 2013

Le gris d'où l'on revient (Extrait) (de Jean-Baptiste Pedini)

Des fois, on ne s’attend à rien en ouvrant les volets. Un bock de soleil renversé sur la table. Un vieux chat qui le lape. Des bulles. De la tiédeur. Un peu de mousse jaune dans la barbe du ciel. Une brise sucrée. Les enfants qui courent vers la plage en laissant loin derrière leurs ombres essoufflées. Une mer entrouverte. Les dunes désertées. Les nuages collés à la vitre comme de petits post-it froissés. La buée les fait glisser tout doucement jusqu’à nos yeux. Mais on n’y lit qu’une tempête.


Vu à la télé


Deux documentaires
mettant en cause
des puissants
(industriels, politiques)

les faits remontent
aux années 70
&
aux années 80

protections
procédures ajournées
contre-expertises supplémentaires
pressions auprès des plaignants
et bien sûr les meilleurs avocats de l'époque

ces puissants
(industriels, politiques)
abusant de tous les recours
plus ou moins légaux
pour s'en tirer à bon compte

leur mauvaise foi
évidente
était à gerber

&

pris dans la nasse d'une justice
à deux vitesses
les victimes
(des gens simplement "normaux")

ont dû lutter comme des morts-de-faim
une vingtaine d'années
(quand ils n'ont pas laissé tomber)
(quand ils ne sont pas morts avant)
pour obtenir un semblant de réparation

&

aujourd'hui
qu'en est-il, hein
qu'en est-il
(ce n'est pas une question...)


11 nov. 2013

4 autres pensées par 4°

Quand on ne sait pas
quoi faire
de sa propre vie
on se demande si
elle commencera
un jour
à bien finir

***

A tourner
en rond
c'est
comme une force
centrifuge
qui m'empêcherait
de rester tranquille
au milieu
de moi-même.

***

L'homme sale
qui dormait sous un carton
au coin de la rue
est peut-être mort
à l'heure qu'il est

***

Par la fenêtre du voisin
d'en face
je distingue
un intérieur bien rangé
&
la vie confortable
des objets
qui ont l'âme
bien comme il faut
&
le voisin tire les rideaux
sur ce qu'il a de plus cher
Je retourne
à ma vie



4 pensées par 4°

Tendre la main au froid
regard
espérer vers soi
le glissement d'un sourire

***

Dire les choses comme
elles sont
(si tant est qu'elles soient ce qu'elles sont)
quand elles seraient plus
faciles à taire

***

De mes lointaines années
il reste
un peu de ma mémoire
c'est peu, si peu
parmi
ce qui a disparu
mais ça finit par ressembler
à mes lointaines années.

***

Certains jours
se figent
en une épaisse congère
sur le bas-côté
d'une vie
en attendant de
leur donner une couleur
plus vive

24 oct. 2013

Irréflexions (74) (Eric Dejaeger)

La fille est un long fleuve tranquille. Sauf une fois toutes les quatre semaines.

À quand une union europaïenne ?

« L’os m’ose ! » s’exclama la vierge enfin pénétrée.

La mouche à merde adore prendre son taon.

L’accro à l’héroïne voit-il les aiguilles tourner ?

22 oct. 2013

Quelques crétineries passagères

-Connais-toi, toi-même.
-Vas chier !
-C'est un bon début.

***

une pensée sur le point
d'aboutir
à une phrase
toute faite

***

des regards à la dérobée
pickpocket
de la séduction

***

renoncer à certaines choses
pour mieux
renoncer au reste

***

être
mal dans sa peau
mais
bien avec les autres

***

je bois beaucoup de cafés noirs
un jour
mon sang
ne sera plus qu'un lointain souvenir

***

mon enfance est un panier
percé
suis-je encore assez souple
pour ramasser
ce qui en est tombé ?

***

je voudrais être quelqu'un d'autre
je voudrais être
moi
à tout prix !

***

aucun boulot ne m'intéresse
et la plupart du temps
c'est réciproque

***

-SOS comptes en détresse, j'écoute ?
-Mon compte courant est bigrement anorexique...
-Alimentez-le !

***

ici
l'espérance de mort
augmente
au détriment
du désespoir de vivre

***

c'est fou
le temps que je peux
trouver
pour en perdre

***

le bonheur
se mesure
dans le sens contraire
des aiguilles d'une montre

***

le vide
est plein
d'un je-ne-sais-quoi 
de familier

***

à la froideur des temps
la chaleur de ton corps
fait un peu
contrepoids

***

conquérir le monde
assis
devant l'ordinateur

***

une phrase toute faite
sur le point
d'aboutir
à une pensée

***

un sandwich au pâté
de maison
un croissant au beurre
noir
un coca
phonie
j'avale
l'heure ajoutée

***

profiter de l'instant présent
comme s'il était déjà
passé

***

écrire un poème
sur une semelle de plomb
marcher
dessus dix fois vingt fois cent fois
pour voir s'il
résiste bien

***

s'adresser à l'un
en pensant à l'autre
et ne plus savoir
qui est qui
à la fin

**

la boutique a fermé ses portes
c'est la crise
on va rentrer par la fenêtre !




18 oct. 2013

AVIS DE PARUTION : BUK YOU!


Le projet a démarré en Février 2010, sous la houlette de Cap'tain Hervé Merlot.
Il devrait être finalisé par les Editions Gros Textes très prochainement.





160 pages au format 14 x 21, 12 € (+ 2 € de port – port compris à partir de l’achat de 2 exemplaires)
Commande à Gros Textes
Fontfourane
05380 Châteauroux-les-Alpes
(Chèques à l’ordre de Gros Textes)


11 oct. 2013

4

depuis longtemps déjà
l'homme invisible est
en ville
dans notre ville
il se terre quelque part
mange du poisson pané et de la salade
regarde la télé et les films de Superman
il sort parfois de chez lui
bien décidé à en découdre
avec un invisible ennemi
mais
pensif
il se rétracte
il croit dur comme fer
que les autres font semblant de
ne rien voir

**

4h57 du matin
la sonnerie stridente
du réveil
me tire du lit
j'enfile un vieux slip
un vieux pantalon
de vieilles jambes
un gros bide
&
de vieilles baskets
je bois un café
dans lequel je ne parviens pas
à lire l'avenir
je tire sur mes rides
sur mes cernes
&
sur les draps
pour voir son visage
-je suis prêt, je vais à mon rendez-vous
-mmmmmmmmmm, me répond-elle encore endormie
-je te dirai si ça s'est bien passé
-mmmmmmmmmmmmmm répond-elle, toujours endormie
je l'embrasse furtivement
une fois dehors
le froid glacial me donne envie
de retourner m'allonger près d'elle
nom d'un chien !

**

le dernière étoile
est morte il y a très longtemps
et d'elle il ne reste plus
que quelques particules
de poussières
les vautours du ciel
les ont laissées
pour plus tard
quand la nuit polaire aura
tout recouvert

**

je ne lis plus désormais
je bouffe les livres
de mes auteurs préférés
page par page
sans assaisonnement
pour que leur poésie
crûe
imprègne tout mon sang
du cerveau
à l’œsophage






9 oct. 2013

méthode Coué

Il me reste quelques
vieux souvenirs de
lycée et de fac quand
on nous parlait de cycles
économiqes
plus ou moins longs

et le mental fonctionne
un peu comme ça
des hauts, des bas
des très bas, des bien hauts

on ne s'en cache d'ailleurs pas auprès d'elle
qui connaît
nos difficultés financières
récurrentes

par une curieuse ironie
elle étudie les Trente Glorieuses
en cours d'Histoire
elle me dit :
-on aurait dû vivre dans les années 50 ou 60, papa
et d'ajouter :
-comme ça, tu aurais déjà trouvé un travail sans problème

je lui réponds
avec mes
vieux souvenirs de
lycée et de fac
-ça va finir par se tasser ; Joseph Kitchin parle de cycles de trois à quatre ans
-c'est long quand même

je suis bien conscient
que mon discours
est plutôt mal approprié
méthode Coué
devant l'urgence de la
situation

je ne vais quand même pas
lui parler de cycles menstruels
ni de roues de vélo
lancées à vive allure
dans une descente à pic

-c'est vrai, c'est long mais on va s'en sortir
-moi aussi, j'espère papa





5 oct. 2013

un demi-tour

A l'écart de la ville
c'est un bâtiment immense
accolé à deux autres bâtiments immenses
-un de chaque côté-

tout-à-l'heure en approchant
lentement
avec ma voiture
j'ai senti une sorte de peur instinctive
j'ai allumé une clope
je me suis convaincu qu'il s'agissait
d'une peur sans doute irraisonnée

le nom de la société figure en grand
en lettres rouge vif
dessous c'est écrit
"spécialiste des composants informatiques"
il ne fait pas encore tout-à-fait jour
et ce rouge sang
ne me quitte pas des yeux

je passe devant une statue monstrueuse
plantée au milieu d'un bassin
circulaire
un jet d'eau régulier sort
de la gueule du monstre
et m'éclabousse
j'avance rapidement dans la cour intérieure
je ne croise personne

ça sent la peinture fraîche
à moins que ce ne soit dans ma tête
de grandes baies vitrées
-très propres-
des lumières blanches à l'intérieur
des salles vides près d'autres salles vides
à pertes de vue

je me présente à l'accueil
-une jolie une femme brune-
je dis que c'est mon premier jour ici
la femme sourit
-j''espère que vous vous y plairez
je lui souris en retour
elle m'invite à monter au 4è étage
par l'ascenseur
de gauche
-je préviens Mr Priaud de votre arrivée

je la remercie
j'avance à pas résolus
pour faire bonne impression
en attendant l'ascenseur
je me demande si je ne ferais pas mieux
de faire demi-tour
illico presto


4 oct. 2013

6 petites pensées du vide intérieur

L'un parle,
l'autre écoute
à moins que ce ne soit l'inverse
quand l'un et l'autre
ne font qu'un
souvent ils se détestent

***

Je vais au travail
pour me sociabiliser
pour toucher ma paie
une fois que je suis bien sociabilisé
que j'ai touché ma paie
qu'il ne reste plus rien
je m'enferme chez moi
des jours entiers
et face à la fenêtre je cherche
une porte
comme un ciel de secours

***

Je suis au volant de
ma Clio grise
je jette un oeil sur le tableau de bord
puis dans les rétroviseurs puis
droit devant
-Tu ne démarres pas ?
et moi de te répondre qu'il est
finalement
plus prudent de rester là
si on ne veut pas risquer
la panne d'essence
ou
l'accident

***

J'aimerais être différente
me dis-tu
différente de quoi ?
j'aimerais ne plus avoir toutes
ces voix dans ma tête
tu ne sais toujours pas les faire partir ?
j'aimerais que tu ne te soucies
plus de moi comme ça
ne me demande pas l'impossible
j'aimerais que tu me prennes
dans tes bras
si seulement on pouvait revenir en arrière
très loin en arrière

***

Sur le Place noire
de monde
je me sens mal à
l'aise
épié
observé
ridicule
dans ma démarche
avec mon jean et
mes baskets
et ce chien invisible au bout de ma laisse
qui pisse
sur tous ces gens

***

Dehors c'est
la nuit
ici
aussi
et c'est
plus sombre
encore







La flamme de L'Ecrivain Inconnu et (quelques) autres aphorismes (d'Eric Allard)

Tous les jours, je ranime la flamme littéraire de L’Ecrivain Inconnu que je suis.

Plus d’une fois ce critique annonça ma mort. Pour qu’enfin on me lise.

Même mon chat ne me lit pas.

Ma femme lit dans mes yeux. Et c’est bien suffisant, dit-elle.

A l’intensité de ma voix, mes proches savent si j’ai bien ou mal écrit. Quand j'ai une toute petite voix plusieurs jours de suite, ils n’ont pas à redouter la parution prochaine d’un nouveau livre.

On ne parle pas assez des poètes qui tombent des nues en donnant de beaux poèmes éclatés.

Cet auteur était si content de lui qu’il écrivit un nouveau livre.

Les lecteurs n’ont pas d’imagination. Alors qu’il pourraient prendre des milliards de milliards de chemins de lecture, il vont du début à la fin sans se douter de ce qu’ils ratent.

J'ai décidé d’arrêter ma carrière littéraire en pleine gloire : la vente de cent dix-sept exemplaires de mon dernier ouvrage.

Même moi, je ne me lis pas.

5 crétineries à la volée

la tête sur l'oreiller
les doigts de pied
en éventail
je fais le tour du monde
(le plafond ressemble à l'Australie)

***

j'écris un poème qui
parle d'écrire un
poème
(ma vie ainsi résumée)

***

regarde bien mon crâne
une moto passe en trombe
humeur noire
un scooter dans l'autre sens
humeur grise
le camion des éboueurs
humeur bleue
le bus chargé de passagers
humeur rouge
tu vois j'ai l'humeur très changeante

***

tu dors profondément
et quand tu te réveilleras
tu auras ce petit sourire
(mine de rien)
qui me dira
qu'on peut se passer l'un de l'autre
finalement
(mais pas trop longtemps)

***

pas
exactement les mêmes gestes
qu'hier
pas
exactement les mêmes mots
qu'hier
pas
exactement la même tête
qu'hier
(mes cheveux sont plus gras)




un peu plus haut

Poussés par le vent
les nuages
s'étiolent
      se dispersent
              s'étirent puis
s'agglutinent un peu plus loin avec d'autres nuages en masses compactes
(c'est un peu la même chose aux heures de pointe dans le métro)

un peu plus haut
les traînées d'avion
résistent plus
longtemps
(si je n'avais pas tant le vertige, nous serions déjà partis)

un peu plus haut
un soleil
(le nôtre)
meurt encore plus lentement
(pas avant plusieurs millions d'années)

un peu plus haut
les dieux sont immortels
la grâce est un mystère
les âmes des défunts un vieux souvenir
(dommage sans doute que je n'y crois plus)

je suis assis
dans la clarté du jour
face à la fenêtre
la vie ne se bouscule pas non
la vie prend son temps
sur le mien
je suis assis
face à l'inconnu
paré à prendre de la hauteur
sans rien brusquer
je ferme les yeux


27 sept. 2013

en enfilade

ils se suivent
enchaînés
les uns aux autres
avec une pancarte où il est écrit
devant
"SANS EMPLOI"
et derrière
"JE NE SERS PLUS A RIEN"

ils traversent la place
du centre-ville
yeux baissés
vaincus parmi les
vaincus
en une lente et longue procession

des militaires armés jusqu'aux dents
les entourent
les frappent parfois
violemment
de la crosse de leur fusil d'assaut
leur enjoignant de rester bien serrés
dans les rangs
des sous-merdes

le soleil
vachard
leur fait des ombres
qui
les multiplie par deux

et je reste là sans rien faire
et j'en connais certains
jeunes vieux hommes femmes
(je les connais de vue)
et je devrais être là aussi
(j'y serai au prochain défilé)
parmi eux

dans ma tête
c'est un monde de vieux échos
persistants
étriqués
humiliés
qui surnage
de plus en plus péniblement
près du naufrage des autres


vie de famille

il y a une table
une table rectangulaire achetée pour pas cher
trois chaises autour
des chaises légères achetées pour pas cher
tu as posé les couverts sur la table

il y a un canapé
un vieux clic-clac qui grince et perd son coloris d'origine
face à la télé
j'ai mis les infos en continu
ça parle d'attentat de disparition d'enfant de crise économique
ça parle aussi de sport de météo

il y a une chambre
une seule chambre qui soit vraiment une chambre
c'est là qu'elle fait ses devoirs d'école
chaque soir

-le dîner est prêt
-62 morts putain
-papa tu connais l'oulipo ?
-le dîner est prêt !
-demain il devrait faire beau enfin c'est ce qu'ils disent
-papa ? tu connais l'oulipo ou pas ?

plus de mystère

tu te regardes dans la glace
tu grimaces
tu n'aimes pas ton reflet
moi je l'aime bien
tu penses que c'est le reflet de quelqu'un d'autre
qui appartiendrait au passé
d'une autre vie
et dont tu souhaiterais effacer
le souvenir
-ce n'est pas possible
alors tu penses que c'est le reflet de quelqu'un
qui vieillit trop vite sans
prendre vraiment part à la vie
-de quelle vie tu parles ?
alors tu éteins la lumière de la salle de bain
et comme la nuit est particulièrement sombre
tu distingues à peine à présent
ton reflet et le mien
et tu m'embrasses
-je nous trouve beaucoup plus mystérieux comme ça

dans les voitures garées

en face de chez nous
plusieurs voitures sont garées
les mêmes voitures depuis des heures
et contrairement à d'habitude
elles ne sont pas vides :
une famille entière est assise dans un monospace sombre
avec les trois gosses à l'arrière qui chahutent
un homme seul regarde une petite télé dans une Clio grise
une femme mange un pain au chocolat à l'intérieur d'une Fiat Punto bleue
un couple de vieux discute à l'avant d'une (je ne distingue pas bien la marque du véhicule)
j'ouvre la fenêtre
un regard à droite à gauche
et c'est la même chose sur toute la rue
sur toute la rue !
des voitures garées, des gens à l'intérieur
qui ne bougent pas d'un poil
-tu crois que c'est à cause de la crise ?
-c'est possible
-tu crois que ça peut nous arriver un jour ?

Objets sous le lit

sous le lit se cache
une bestiole
qui nous fuit
on veut l’attraper
l’attraper et la tuer
elle le sent
elle a peur

je suis penché d'un côté
tu es penché de l'autre
la bestiole entre nous
n'ose plus bouger
plus bouger
elle a peur
elle est cachée sous le lit
il y fait sombre et poussiéreux

je tends le bras
tu tends le bras
-j'ai trouvé quelque chose de très pointu
-moi aussi et je saigne nom d'un chien
tu retires délicatement ton objet
je retire délicatement mon objet
-c'est une baïonnette dis donc !
-et moi une épée de damoclès !



26 sept. 2013

à la fenêtre

je regarde à la fenêtre
les voitures passer
d'un côté puis de l'autre
s'arrêter au feu
quand le feu est rouge

tu me demandes pourquoi je regarde ainsi
le front collé à la vitre
passer chaque jour les voitures
d'un côté puis de l'autre
que je devrais peut-être à présent
regarder les vélos les passants les scooters
ou les oiseaux dans le ciel

je hausse les épaules
je réfléchis à ce que tu m'as dit
-tu trouves que notre vie est inutile ?
-j'ai pas dit ça, non

25 sept. 2013

derrière la porte de la salle de bain

derrière la porte de la salle de bain
on entend un claquement sec
et des petits bruits sourds
comme si quelqu'un venait
de baisser la cuvette
et de s'asseoir dessus
-on a des invités ce soir ?
-non

on reste plantés là quelques secondes
puis je frappe à la porte
plusieurs fois
du revers de l'index
tu t'accroches à moi

derrière la porte de la salle de bain
qu'on n'ose pas ouvrir
personne ne répond

pourtant on entend toujours
ces petits bruits sourds
comme si quelqu'un était en train de
tourner les pages d'un livre
sur la cuvette
-quelqu'un d'autre vit avec nous ?
-non

en haut de l'étagère

en haut de l'étagère
un objet
nous apparait soudain qui
semble avoir été posé là
sans qu'on s'en rende compte
-c'est toi qui l'a mis là ?
-non

je grimpe sur une chaise
pour le prendre
j'aperçois alors un tas d'autres
objets
les uns à côté des autres
tous plus mystérieux
tous plus poussiéreux
les uns que les autres

je redescends de la chaise
sans rien prendre

on se regarde quelques instants
sans rien dire 
et puis :
-c'est toi qui les a mis là ?
-non

20 sept. 2013

Quelques Poèmes cut-up n°3 (François-Xavier Farine)

ÇA ARRIVE PLUS SOUVENT QU'ON CROIT

LA CHUTE D'UN ENFANT DE TROIS ANS

DU SEPTIÈME ÉTAGE
LA MINISTRE DU LOGEMENT ANNONCE
DEUX MESURES PHARES
METTRE DES BARREAUX AUX FENÊTRES
ET CONSTRUIRE PLUS D'APPARTEMENTS
DE PLAIN-PIED

                          *  


DES FONCTIONNAIRES AU BORD DU CHAOS


« PARFOIS, C'EST LE CALME PLAT... ET PUIS, TOUT À COUP, ÇA S'ACCÉLÈRE,

LE TÉLÉPHONE, LES RÉUNIONS ... »

                         *


DES VACANCES DE RÊVE EN CLUB LOW COST


SAVOURER LE SILENCE

PRÈS D'UNE DÉCHARGE À CIEL OUVERT

                         *


SAGE PROCRASTINATION


MÊME AU BORD DU PRÉCIPICE

ON N'EST TOUJOURS PAS PRÊT DE SE LANCER

                          *


FUKUSHIMA PARK


LA CITÉ JAPONAISE SOUFFRE D'UN FORT DÉCLIN DU TOURISME

DEPUIS LA CATASTROPHE

                         

Le lien complet ici : http://poebzine.canalblog.com/archives/2013/09/20/28039106.html

17 sept. 2013

2 crétineries par froidure

Toux, morve, état fébrile
la trilogie
filmée au lit
de Supernaze.

**

à la fin des années 60
je suis né
après le twist le yé-yé
mais
juste avant la révolte étudiante
je vois à peu près ce que
je peux déduire
de la suite...

**

13 sept. 2013

Ciné for ever !

je passe devant
le "Jean Gabin"
et le programme ne m'intéresse pas
cette fois
c'est là que j'ai vu des films comme la maman et la putain
un balcon en forêt
les fraises sauvages

le cinéma
propose 3 ou 4 films par
semaine
il est en face du bar le plus
prisé de la place

même quand il pleut
des gens s'installent en
terrasse et boivent
un café à l'eau de pluie avec deux sucres
une vodka frappée à l'eau de pluie
un ricard sec à l'eau de pluie
et y'en a toujours un pour
dire que Gene Kelly dansait mieux sous la pluie que
Fred Astaire

la fleuriste
à la droite du cinéma
indique sur la vitrine
qu'elle peut composer des bouquets de fleurs
selon les affiches des films
qui l'inspirent
mais c'est pas souvent que ça arrive
regrette t'elle
en me voyant sur le pas de la porte
un peu comme dans la petite boutique des horreurs lui demandé-je
avant de m'éloigner

un peu plus loin dans
la rue piétonne je
croise le sosie de
Clint Eastwood
avec deux sacs Intermarché
et une femme genre Shelley Winters sur le déclin
qui l'emmerde à lui causer tout
le temps
lui le taiseux - ça se sent

puis je finis par
tourner au coin de la rue
-là où commence le désert
aride et montagneux- mais d'abord
le hall
trois étages en colimaçon
- l'escalier est glissant -
je vis dans un studio de
22 mètres carrés
orienté Nord
je fais les cent pas
je regarde à la fenêtre
je commence déjà
à trouver le temps long

j'enfile mon tee-shirt "Steve MacQueen"
et je sors deux bières du frigo
une pour lui une
pour moi
"à ta santé mec où que tu soies à présent !"

puis ma femme rentre du boulot
et me trouve
endormi comme une pelle à crotte
elle me dit que je suis un mauvais acteur de
ma propre vie..

L'invisible ennemi des premières lueurs

chaud, sans lait, sans sucre et bien corsé, c'est comme ça que je le bois, le café,
accompagné d'une clope chaque fois,
assis sur la cuvette des chiottes
qui fuit goutte à goutte sous
la tuyauterie noircie pourrie vieille de
soixante ans j'en sais trop rien
un jour, ça va nous péter complètement à la gueule
et on l'aura bien cherché

j'ai ouvert la fenêtre
au vent frais au crachin
au lent réveil d'un jour qui sera peut-être différent
de la veille de l'avant-veille
mais c'est toujours la même histoire
inlassablement réécrite avec quelques nuances
de gris de noir de couleur plus kitsch
il est quatre heures quarante-sept du matin
qu'est-ce que je fous là bon dieu ?

la nuit claque des dents
contre mon crâne
à peine remis d'un micro
sommeil déjà trop haché
j'ai pas le courage d'en chercher les raisons profondes

hier soir, jusque tard, je lisais les aventures de Max Zajack
en quête d'un boulot n'importe lequel d'argent
et j'entendais un bruit sourd régulier qui faisait résonner les murs
de la chambre
un moment j'ai eu la sensation que c'était mon coeur qui battait trop fort
ou que c'était ton rêve qui débordait par ta bouche ouverte
ou que quelqu'un quelque part tombait du lit toutes les deux minutes
j'ai vu une camionnette garée avec ses warnings
en pleine nuit
un ouvrier taper avec ses outils sur une fenêtre sur une porte défoncées

quand l'anecdotique tient lieu de souvenir
il est sans doute temps de songer à s'enfoncer dans la réalité
de ne plus la fuir à ce point
de percer à jour le secret d'une vie qui se traîne
avec les mêmes chaussettes
le même slip les mêmes reflets jaunâtres
déjà en face les premières lumières s'allument
les premières bagnoles brisent le silence
illusoire

ça a un petit quelque chose de rassérénant
d'assister immobile à la naissance
du jour
c'est comme une petite victoire sur un invisible ennemi

c'est vraiment parce qu'il faut y aller

J'ai reçu une offre d'une boîte d'intérim par
texto
"URGENT, mission d'un mois, renouvelable, conseiller téléphonique"
et je n'ai
même pas envie de postuler
parce que CA ME GONFLE
alors je fais le mort
je fais celui qui n'a besoin de RIEN
celui pour qui tout roule bordel qui paye toutes ses factures
qui fait bouffer sa famille avec autre chose que les
mêmes nouilles chinoises pâtes bon marché yaourts merdiques
de quoi remplir un caddie sans crever la dalle

je fais celui qui gesticule dans sa posture
d'écrivain en devenir dès le présent
parce que bosser hé bien ça boufferait toute mon
énergie
qui doit se tourner vers le PRINCIPAL LE GENIAL le DERNIER POEME
sorti du plus profond de l'être intime blablabla
de mon crâne tendu vers l'bjectif
qui n'a pas encore de titre
pas encore de mots
pas encore de moi
mais déjà des migraines

Je m'en veux d'ailleurs
de ne postuler que pour ce genre d'annonces
dans le télémarketing conseil client sondages
alors que je pourrais tenter autre chose
serveur, gardien de nuit, conducteur de limousine
ou me rendre utile auprès des personnes âgées des orphelins ou
des sans papiers des sans abris qui EUX crèvent réellement  la dalle dehors

Mais rien de tout ça
NON je ne change rien
à ce que je fais depuis des années et des années
installé dans un chaotique confort
d'environnement professionnel
qui me structure bien plus que je l'imaginais
c'est dire dans quel état de délabrement
intérieur
et de défaite je me trouve
sans bien m'en rendre compte sans bien me le dire face to face 

La lâcheté ordinaire a ceci de particulier
(et de plaisant à la longue)
qu'elle ne se remarque pas
facilement
et qu'on peut la cacher un temps fou aux yeux des autres
et par là-même se la cacher à soi-même
on a toujours de bonnes excuses à faire valoir

OUI mais voilà
un autre truc qui me taraude c'est la
CULPABILITE
quand je vois qu'elle se sent mal à cause de moi
(enfin j'imagine que ça en fait partie)
de ce que je suis
de ce que je ne fais pas
alors me prend l'envie subite
de relire l'annonce :
"URGENT, mission d'un mois, renouvelable, conseiller téléphonique"

et de composer le numéro :
-Oui, bonjour j'ai reçu un texto de votre part... blablabla... oui, je suis disponible dès demain matin.... blablabla... oui merci beaucoup. A demain.

et puis j'annonce fièrement que j'ai décroché un nouveau boulot

et au fond de moi je sais que
si je tiens plus d'une semaine
à répondre à des clients au téléphone
sans péter un plomb
c'est pur miracle mériterait même pèlerinage à Lourdes un de ces quatre...

10 sept. 2013

(sans titre 7)

... collecte des encombrants... le camion-benne... vers 6h du matin... ses freins crissent... son moteur lourd... le bitume tremble... la ville baille sort à peine du lit fait sa toilette boit un café pisse un coup... les nuages n'annoncent rien de bon... les volontés sont frileuses... les lignes de la main sont muettes... cette trop fidèle fatigue... pas facile de s'en défaire... t'as bien dormi mal dormi ? on s'enquiert l'un de l'autre... mal au crâne... en face de chez nous... alignées comme fusillées... des chaises moches des tables des cartons ouverts des tas de trucs... certains jours des camionnettes de gitans... sont aux aguets... s'arrêtent... pour récupérer recycler vendre...  au débit sur-consommé... la vie s'arrange... comme elle peut... entre caprices usure et besoins... 

(sans titre 6)

... sans conséquence... ils marchent... dans un but bien précis... c'est leur vie après tout... savent-ils qu'au bout... juste après le feu le pressing le trottoir... l'avenue tombe à pic... sur un espace vacant... vertigineux... c'est différent d'hier... comme s'inventer une histoire... les autres en faire-valoir... centrée sur soi... celui qui l'imagine devine s'amuse n'intervient pas... les images sont là... un peu folles... ça pourrait être beau touchant... avec un air en tête... une idée sur le grill... faire comme eux... entendre les sirènes... les cris... les premiers mots venus... impuissants... s'enrouler... se suivre machinalement... jusqu'à cet espace vacant... et puis plus rien mais... c'est sans conséquence...

(sans titre 5)

...nuit noire... c'est silence... même la rue... est-ce un signe... et pas dormir je ne dors pas... pas qu'elle s'en aille je ne veux pas... et c'est penser... trop y penser... c'est l'angoisse tremper l'angoisse... dans la faim... pas dans la fin ça ne passe pas... trop y penser à... elle à la même chose... à elle... pouvoir elle peut à tout moment... et surtout sans rien dire... à tout moment partir... et ce serait... apparemment on n'y peut rien... nuit noire... bien pis que noire...

(sans titre 4)

... les gouttes... le vent... dehors... sombres trottoirs... boutique de fringues... réverbère... un clébard attaché... nerveux... 3è étage... dedans.. la laideur... mes ongles... jusqu'au sang... la pluie... tu lis... Selby... Last exit... tu adores tu as peur To Brooklyn... les stores... pétés... fenêtres... pénombre... ombres chinoises... devant l'ordinateur... tu fais quoi ? tu demandes... j'ai mal aux yeux... des mots... histoire de dire... que j'ai fait quelque chose... et puis l'attente... qu'un ange ait dans ses poches... une boussole... 

(sans titre 3)

... tous ces papiers qui traînent... un peu partout... dans des sacs Intermarché Franprix ED... près du lit... dans une grande armoire Conforama...  vieille de dix ans... payée en 3 fois... des fiches de paie... sous l'ordinateur... des factures... des remboursements de sécu... des photocopies d'arrêts-maladies... des cartes postales de 2004... des bulletins de note de collège... par où commencer... ce bordel nous fous les jetons... et nous convient... on va attendre... que la pile atteigne le plafond... on ouvrira les fenêtres...